« Je vais détruire une entreprise à 100 milliards » : le patron de Strategy vend du bitcoin après avoir juré de ne jamais le faire
Il avait juré, la main sur le cœur numérique, qu’il ne vendrait jamais ses bitcoins. Michael Saylor, le patron de Strategy (ex-MicroStrategy), vient pourtant de faire exactement le contraire. Et sa justification, lâchée sur scène à Prague devant des milliers de fans crypto, oscille entre le génie rhétorique et le culot monumental.
Strategy, la « baleine » bitcoin qui faisait rêver tout le marché
Pour comprendre pourquoi cette affaire secoue la planète crypto, il faut mesurer le poids de Strategy. La société détient plus de 846 000 bitcoins, ce qui en fait le plus gros détenteur institutionnel au monde. À elle seule, cette entreprise pèse davantage que certains États en réserves numériques.
Michael Saylor est devenu l’icône absolue du « HODL », cette philosophie qui consiste à ne jamais vendre ses cryptos, quoi qu’il arrive. Pendant des années, il a martelé ce message sur les réseaux sociaux, attirant l’attention du monde entier avec des formules-chocs et des apparitions médiatiques savamment orchestrées.
En février 2026, il promettait encore que Strategy ne vendrait pas ses bitcoins, assurant que sa société était devenue « très bonne » pour les conserver. La valorisation de l’entreprise avait alors franchi la barre des 100 milliards de dollars. Depuis, elle est retombée à 46 milliards.
Autant dire que lorsque, le 1er juin dernier, Strategy a révélé avoir cédé 32 bitcoins pour 2,5 millions de dollars, la communauté crypto a cru à une blague. Sauf que ce n’en était pas une. Et la raison avancée — financer les dividendes sur les actions préférentielles — n’a convaincu ni les analystes financiers ni les investisseurs particuliers.
La défense de Saylor à Prague : du cynisme ou de la lucidité ?
C’est lors du Bitcoin Prague, la semaine dernière, que Michael Saylor a choisi de répondre aux moqueries. Sur X, les internautes s’en donnaient à cœur joie, ressortant ses anciennes déclarations pour pointer la contradiction. Sa réponse a laissé la salle partagée entre rires nerveux et consternation.
« Je vais détruire une entreprise à 100 milliards de dollars pour ne pas vendre mon bitcoin », a-t-il ironisé. Avant d’ajouter, pince-sans-rire : « Je vous ai dit à vous de ne jamais vendre vos bitcoins. Je n’ai jamais dit que ma société ne vendrait pas les siens. »
La distinction est habile. Saylor sépare son discours de militant crypto — destiné aux particuliers — de sa gestion d’entreprise. Dans les rapports financiers de Strategy, la possibilité de vendre des bitcoins n’a effectivement jamais été exclue. Juridiquement, il a raison.
Mais moralement ? C’est une autre histoire. Quand un PDG dont l’entreprise incarne la conviction bitcoin dit en public « ne vendez jamais », des millions de petits porteurs prennent ça comme un engagement collectif. Pas comme un conseil à géométrie variable. Et le média spécialisé Cryptoast n’a pas manqué de rappeler sa promesse de février.

32 bitcoins aujourd’hui, combien demain ? Ce que redoutent les investisseurs
L’inquiétude des marchés ne porte pas sur 32 malheureux bitcoins. Elle porte sur le précédent. Laurent Pignot, analyste chez Zone Bourse, résume le problème en une phrase : « Le tabou qui tombe aujourd’hui sur 32 bitcoins pourra tomber plus facilement demain sur 320, 3 200 ou davantage. »
Car les « baleines » — ces gros détenteurs — exercent une pression considérable sur le cours du bitcoin quand elles vendent. Avec 846 000 BTC dans ses coffres numériques, Strategy pourrait provoquer un séisme si elle décidait de liquider une fraction significative de son portefeuille.
Saylor le sait. Et c’est peut-être ce qui rend sa sortie pragoise si dérangeante. En assumant publiquement que sa société peut vendre quand elle veut, il transforme le bitcoin en simple « source directe de liquidité », selon les mots de l’analyste. Exit le narratif du trésor intouchable. Place à la gestion financière classique.
Pour les investisseurs qui avaient misé sur Strategy précisément parce que l’entreprise incarnait la conviction absolue, le message est brutal. Le roi du « ne vendez jamais » vient de démontrer que dans le monde de la crypto, même les promesses les plus solides ont un prix — 2,5 millions de dollars, pour être exact.
Michael Saylor a peut-être raison sur le fond : un PDG ne peut pas sacrifier son entreprise pour un slogan. Mais en brisant ce tabou, il a ouvert une brèche que le marché n’est pas près de refermer. La vraie question désormais, c’est : à partir de combien de bitcoins vendus les investisseurs cesseront-ils de le croire ?