Equipement auto : la radio va-t-elle devenir obligatoire ?

Vous montez dans votre voiture, vous cherchez le bouton radio sur l’écran tactile… et il n’y est plus. Ce scénario, de plus en plus de conducteurs le vivent sans trop y prêter attention, persuadés que Spotify ou Deezer suffisent largement.
Sauf que Radio France, les radios privées et les radios associatives viennent de sonner l’alarme ensemble. Leur argument ne parle pas de playlists ni de confort d’écoute, mais d’un scénario bien plus grave : celui où plus rien ne fonctionne autour de vous.
Pourquoi de plus en plus de voitures n’ont plus de radio

Depuis fin 2020, un règlement européen impose bien une chose : si une voiture ou un utilitaire léger dispose d’un récepteur radio, celui-ci doit capter le DAB ou DAB+, la radio numérique terrestre, en plus ou à la place de la FM. Mais il y a un vide juridique énorme derrière ce texte.
Aucune loi n’oblige un constructeur à installer un récepteur radio à bord. Résultat : certains modèles s’en passent totalement, notamment les Dacia en finition Essential, où tout repose sur le smartphone du conducteur via le système Media Control, ou encore les Porsche badgées RS, pour lesquelles la radio n’est proposée qu’en option gratuite.
La raison est simple : coût réduit d’un côté, gain de poids de l’autre. Et pendant ce temps, Android Auto et Apple CarPlay se généralisent, permettant d’accéder à Spotify, Deezer ou Apple Music directement sur l’écran tactile. Une évolution qui séduit les conducteurs, comme le prouve le succès des accessoires CarPlay sans fil vendus à prix accessible.
Mais si le streaming remplace la radio hertzienne dans l’habitacle, un problème se pose dès que la connexion coupe. Et c’est précisément ce point que les diffuseurs veulent mettre sur la table.
Le vrai enjeu que les radios pointent du doigt
Dans un communiqué commun, Radio France, l’Alliance de la Radio et Les Locales rappellent une chose que l’on oublie vite : « La radio hertzienne est le seul média gratuit, anonyme et résilient en situation de crise majeure. »
Leur exemple ne sort pas de nulle part. Comme l’a souligné Le Monde, les incendies survenus en Gironde ont révélé à quel point les infrastructures de télécommunication peuvent flancher lors d’événements climatiques majeurs.
Autre exemple cité par les diffuseurs, encore plus parlant : lors de la panne électrique en Espagne en avril 2025, les antennes relais des réseaux mobiles ont cessé d’émettre en majorité au bout d’une vingtaine de minutes, une fois leurs batteries de secours épuisées. Les téléphones, eux, ne pouvaient plus recharger. Seule la diffusion hertzienne a continué d’acheminer l’information ce jour-là.
Un système Android Auto qui dépend d’Internet et du réseau mobile devient alors muet au pire moment. C’est là que la voiture, selon les diffuseurs, redevient ce qu’était autrefois le poste à pile. Comme d’autres outils embarqués pensés pour informer les conducteurs en temps réel, la radio hertzienne n’a besoin ni de 4G, ni d’électricité stable pour fonctionner.
Et c’est précisément sur ce terrain-là que les diffuseurs veulent faire bouger la loi, avec une formule qui résume tout leur combat.
Ce que Radio France demande concrètement au législateur
Comme d’autres équipements récemment rendus obligatoires dans les voitures neuves en Europe, l’autoradio pourrait rejoindre la liste des dispositifs imposés par la loi. C’est exactement ce que réclament Radio France et ses partenaires, à travers les mots de sa présidente Sibyle Veil : « Une voiture sans récepteur est un angle mort de la sécurité civile. »
Concrètement, les organisations demandent que le futur règlement européen sur le Digital Networks Act, ainsi que la proposition de loi française portée par le sénateur Laurent Lafon sur la modernisation de la radio, inscrivent noir sur blanc l’installation obligatoire d’un récepteur radio à bord de toutes les voitures et utilitaires légers neufs.
Constance Benqué, présidente de l’Alliance de la Radio, va plus loin encore : « L’accès des Français à la radio ne peut pas dépendre d’un accord commercial entre un constructeur automobile et une plateforme de streaming. C’est au législateur de le garantir, pas au marché. »
La demande formelle est claire : garantir un accès direct et gratuit à la radio hertzienne, en FM comme en DAB+, dans tous les véhicules. Une revendication qui dépasse largement la simple nostalgie du poste de radio et qui touche à la manière dont on s’informe en cas de crise.
Ce que ça pourrait changer dans les voitures neuves
Si le texte européen ou la proposition de loi française aboutit, les constructeurs n’auraient plus le choix : chaque modèle neuf, y compris les entrées de gamme comme certains modèles vendus à petit prix, devrait embarquer un vrai récepteur radio. Un changement qui rebattrait les cartes pour les marques ayant fait le pari du tout-streaming.
Les radios associatives, elles, ont un intérêt tout aussi vital dans ce combat. « La radio associative, c’est de la communication sociale de proximité et un maillage territorial que rien d’autre ne remplace », soulignent Sylvain Delfau et Jean-Marc Courrèges Cénac, co-présidents des Locales. Sans obligation légale, ces petites stations risquent de disparaître des voitures au profit des seules grosses plateformes de streaming.
Reste maintenant à savoir comment les parlementaires français et les instances européennes vont trancher ce dossier, entre logique de marché et impératif de sécurité civile. La proposition de loi de Laurent Lafon suit son parcours au Parlement, et le Digital Networks Act européen est encore en construction. D’autres alternatives françaises aux géants américains émergent d’ailleurs sur des terrains voisins, preuve que le débat sur la souveraineté numérique dans l’habitacle ne fait que commencer.
Une chose est sûre : les diffuseurs ne comptent pas lâcher le morceau, et le Gouvernement va devoir se positionner clairement sur ce dossier dans les mois qui viennent.
Une voiture sans radio, c’est peut-être un détail par beau temps, mais un vrai danger le jour où plus rien ne fonctionne. Et si cette bataille sur l’autoradio vous a donné envie de mieux équiper votre propre véhicule, certains écrans compatibles CarPlay à moins de 50 euros valent clairement le détour. Et si vous conduisez encore avec votre smartphone posé sur les genoux pour suivre votre GPS, l’addition peut vite grimper très haut.