Selon ce neuroscientifique japonais, conduire en boîte manuelle réveille une zone du cerveau que l’automatique laisse dormir

Vous avez peut-être appris à conduire avec un levier de vitesses avant de basculer, comme tout le monde, vers l’automatique. Plus simple, plus reposant, moins de gestes à coordonner dans les bouchons. Mais un neuroscientifique japonais avance une théorie qui pourrait bien vous faire regretter votre embrayage : selon lui, cette gymnastique oubliée sollicitait une zone précise du cerveau que la boîte auto laisse totalement inactive.
Un chercheur connu de millions de joueurs de Nintendo DS relance le débat
Le nom Ryuta Kawashima ne vous dit peut-être rien, mais son visage, si. C’est lui qui a prêté ses traits à la série de jeux Dr. Kawashima’s Brain Training, ce programme d’entraînement cérébral qui a envahi les salons du monde entier il y a une vingtaine d’années sur Nintendo DS.
Derrière ce personnage devenu culte se cache un vrai chercheur, professeur à l’université de Tohoku au Japon, où il dirige un laboratoire spécialisé dans le vieillissement cérébral et les mécanismes du cancer.
C’est le magazine américain Military qui a relayé ses propos, dans un article consacré à cette hypothèse aussi simple qu’intrigante. Selon le docteur Kawashima, conduire une voiture à boîte manuelle solliciterait particulièrement le cortex préfrontal, cette région du cerveau associée à la prise de décision, à la planification et à la concentration.
Une théorie qui tombe à pic à une époque où l’on cherche partout des explications sur le fonctionnement de notre cerveau, souvent plus mystérieux qu’on ne le pense.
Le contexte n’est pas anodin non plus. Alors que les constructeurs automobiles misent de plus en plus sur l’automatisation, y compris pour des tâches qui semblaient jusque-là réservées aux gestes humains, l’idée qu’un simple levier de vitesses puisse entretenir nos capacités mentales a de quoi surprendre.
Embrayage, rapports et gestes coordonnés : la mécanique selon Kawashima
L’argument de Kawashima repose sur un constat assez intuitif. Conduire une manuelle demande de gérer simultanément plusieurs actions : appuyer sur l’embrayage, anticiper le bon moment pour changer de rapport, coordonner les mouvements du pied et de la main, tout en surveillant la route. Cette multiplication de micro-décisions, répétée à chaque trajet, solliciterait davantage le cerveau qu’une conduite automatique où l’on se contente d’accélérer et de freiner.
Le neuroscientifique estime que cette charge cognitive répétée pourrait contribuer à préserver certaines fonctions mentales sur le long terme, un peu à la manière dont on muscle un membre en le faisant travailler régulièrement. Une logique qui rappelle celle des jeux cérébraux qui ont fait sa notoriété, où la répétition d’exercices simples est censée entretenir la vivacité d’esprit.
Problème : ni l’article de Military, ni aucune autre source ne cite d’étude scientifique publiée qui viendrait étayer cette affirmation. Aucune publication ne mesure précisément l’activité du cortex préfrontal chez des conducteurs de manuelle comparés à des conducteurs d’automatique. L’hypothèse reste donc, pour l’instant, une intuition de spécialiste plutôt qu’un fait scientifique établi, un peu comme certaines découvertes contre-intuitives qui circulent avant d’être confirmées ou infirmées par la recherche.

Pendant ce temps, la boîte manuelle disparaît des concessions françaises
Ironie du calendrier : cette théorie ressurgit au moment précis où la boîte manuelle vit ses dernières heures de gloire en France. Longtemps symbole de conduite sportive et de sensations pures, elle recule année après année face à l’appétit croissant des automobilistes pour la simplicité de l’automatique.
Des modèles autrefois indissociables du levier de vitesses, comme la Volkswagen Golf GTI ou la BMW M3, sont aujourd’hui proposés de plus en plus souvent, voire exclusivement, en version automatique dans l’Hexagone.
Le paradoxe ne s’arrête pas là. Certains constructeurs ont bien compris que ce fameux plaisir de manier un levier manquait à une partie de leur clientèle, au point de le recréer artificiellement sur des voitures qui n’en ont techniquement plus besoin : les véhicules électriques. Hyundai a ainsi lancé une simulation de boîte à huit rapports sur ses modèles Ioniq 5 N, GV60 Magma et EV6 GT, avec vibrations et bruit de changement de vitesse en prime.
Honda planche sur un système similaire pour sa future Prelude, Porsche l’expérimente sur la Taycan, tandis que Toyota et Subaru ont chacun déposé des brevets pour reproduire ces sensations mécaniques disparues.
Une nostalgie industrielle qui en dit long sur l’attachement d’une partie des conducteurs à ce geste devenu presque anachronique, à l’image d’autres objets du quotidien dont l’usage a totalement changé en quelques décennies.
Reste que Kawashima, lui, ne s’intéresse pas au bruit du moteur : il parle bien de cerveau, pas de nostalgie.
Boîte manuelle ou automatique, le débat n’est donc pas près de se refermer, entre nostalgiques du levier et adeptes du confort. Une chose est sûre : la prochaine fois que vous peinerez à passer la troisième dans les embouteillages, vous pourrez toujours vous dire que votre cerveau, lui, vous remercie.