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Il achète un Ferrari V12 pour 20 000 € : la facture finale de remise en état donne le vertige

Publié par Elsa Lepic le 04 Mai 2026 à 8:24

Un Ferrari à 20 000 euros. Oui, vous avez bien lu. Pas une miniature, pas un poster, un vrai V12 de 540 chevaux. Un mécanicien français de 31 ans a tenté le coup. Mais entre le prix d’achat et la réalité du garage, l’addition a pris une tournure que personne n’imaginait vraiment.

Un V12 italien pour le prix d’une citadine

Lucien Cupif a 31 ans et dirige sa propre carrosserie près de Saint-Étienne. Quand il tombe sur une annonce pour un Ferrari 612 Scaglietti à 20 000 euros, il ne réfléchit pas longtemps. Sur sa chaîne YouTube — où il se fait appeler Vigneau et cumule 1,9 million d’abonnés — il résume la philosophie du moment : « Acheté, comme vu. »

Mécanicien français devant son Ferrari 612 Scaglietti en atelier

Pour comprendre pourquoi ce prix fait tiquer, il faut savoir ce qu’est réellement ce modèle. Le 612 Scaglietti, c’est un grand tourisme produit par Ferrari entre 2004 et 2011. À peine plus de 3 000 exemplaires sont sortis de l’usine de Maranello. Neuf, il coûtait plus de 250 000 euros. En vente aux enchères, les modèles en bon état partent aujourd’hui entre 70 000 et 90 000 euros.

Celui que Lucien vient d’acquérir a vingt ans d’âge, 90 000 kilomètres au compteur et a passé « plusieurs années » à l’arrêt. Pour un Ferrari, l’immobilité prolongée, c’est un poison. Chaque joint, chaque durite, chaque fluide vieillit mal quand la mécanique ne tourne pas. Et Lucien le sait. Mais à ce tarif-là, le risque semblait calculé.

Restait à savoir ce que cachait vraiment la carrosserie repeinte et le cuir encore présentable du cockpit.

Le moteur démarre — mais le tableau de bord s’affole

Premier soulagement : le V12 s’allume. Douze cylindres en V qui ronronnent, c’est déjà un bon signe. Sauf que l’euphorie dure exactement le temps de baisser les yeux vers le tableau de bord. Les voyants s’allument en cascade. Ordinateur de bord en erreur. Système de contrôle de pression des pneus défaillant. Airbag signalé en panne.

Tableau de bord du Ferrari 612 avec voyants d'alerte allumés

Sur la route, Lucien teste la boîte de vitesses et le passage des rapports. Là, ça fonctionne. L’embrayage est même quasi neuf — à peine 1 000 kilomètres d’usure. Un détail qui n’a rien d’anodin : remplacer un embrayage sur ce modèle peut coûter jusqu’à 15 000 euros. C’est le genre de pièce qui, à elle seule, peut transformer une bonne affaire en gouffre financier — un piège que connaissent bien les acheteurs de sportives d’occasion.

Mais la liste des problèmes ne s’arrête pas là. Un bruit de claquement remonte de l’essieu arrière. Les freins ne répondent pas comme ils le devraient. Les pneus sont craquelés. Les amortisseurs sont morts. Les rotules ont du jeu. Le diagnostic est sans appel : cette voiture a besoin d’une remise à niveau complète avant de pouvoir rouler en toute sécurité.

Et ce n’est même pas le pire. Sous la peinture, le 612 raconte une autre histoire.

Sous la peinture, l’ancien propriétaire avait caché quelque chose

Le Ferrari avait été repeint. Jusque-là, rien de scandaleux — beaucoup de voitures de cet âge passent par la case carrosserie. Sauf qu’en inspectant de près, Lucien découvre que la couleur d’origine était jaune. À plusieurs endroits, l’ancien vernis réapparaît sous la couche actuelle. C’est le genre de détail qui, sur le marché de la collection, peut sérieusement affecter la valeur.

Mais le vrai souci se situe autour du pare-brise. L’aluminium de la carrosserie — oui, le 612 Scaglietti est construit en alu, une prouesse technique de l’époque — s’est fortement corrodé à cet endroit. La jonction entre la vitre et le châssis montre des traces d’oxydation avancée. Sur une voiture en acier, on parle de rouille. Sur un Ferrari en aluminium, on parle de corrosion galvanique, un phénomène plus vicieux et plus coûteux à traiter.

À ce stade, la conclusion est limpide : il faut tout reprendre. Moteur, freins, train roulant, carrosserie. La question n’est plus « est-ce une bonne affaire ? » mais « combien ça va coûter au total ? ».

La note finale : chaque euro dépensé en détail

Le V12 a eu droit au programme complet. Vidange moteur, remplacement de tous les filtres (air, huile, habitacle), liquide de refroidissement neuf, purge du circuit de freinage, nouvelles bougies d’allumage, huile de boîte de vitesses changée. Sur un moteur de cette complexité, chaque intervention est plus longue et plus technique que sur une mécanique classique. Les pièces détachées Ferrari ne sont pas non plus réputées pour leur accessibilité tarifaire — un constat que partagent d’ailleurs les propriétaires de Bugatti.

Moteur V12 du Ferrari 612 Scaglietti en cours de révision

Côté train roulant : nouveaux pneus, disques et plaquettes de frein, rotules, amortisseurs. Le tout multiplié par quatre roues, sur un véhicule dont les dimensions et le poids n’ont rien d’une citadine.

La facture de remise en état s’élève à 17 500 euros. Ajoutez les 20 000 euros du prix d’achat, et Lucien arrive à un total d’environ 37 500 euros pour un Ferrari V12 de 540 chevaux, en état de marche.

Le verdict : coup de génie ou folie douce ?

Faisons le calcul. Un Ferrari 612 Scaglietti en bon état, avec un kilométrage comparable, se négocie entre 70 000 et 90 000 euros sur le marché de l’occasion. Lucien a déboursé moins de 40 000 euros au total. Même en comptant les heures de travail qu’il a pu réaliser lui-même dans son atelier — un avantage considérable par rapport à un acheteur lambda — l’opération reste largement bénéficiaire.

C’est d’ailleurs tout l’intérêt de ce type d’achat : quand on a les compétences mécaniques et l’outillage, les voitures d’occasion délaissées deviennent de véritables opportunités. Le 612 Scaglietti fait partie de ces modèles qui n’ont pas encore atteint le statut de « classique coté » mais qui s’en approchent. Production limitée, moteur V12 atmosphérique, design signé Pininfarina : tous les ingrédients sont réunis pour une prise de valeur dans les années à venir.

Évidemment, tout le monde ne peut pas se permettre ce genre de pari. Sans garage, sans compétences et sans le réseau de fournisseurs de pièces, la même opération en passant par un concessionnaire aurait facilement doublé, voire triplé la facture de remise en état. Les mauvaises surprises sur le marché de l’occasion ne manquent pas, quel que soit le constructeur.

Ce que cette histoire dit du marché des sportives d’occasion

Le cas de Lucien n’est pas isolé. Depuis quelques années, les GT italiennes des années 2000-2010 connaissent un creux de cote qui attire les passionnés avertis. Les Ferrari 612, les Maserati GranTurismo, certaines Lamborghini Gallardo se trouvent à des prix impensables il y a dix ans. La raison ? L’entretien fait fuir les acheteurs classiques. Un V12 Ferrari, ce n’est pas une voiture qu’on emmène chez Midas. Les coûts de maintenance effraient, et les vendeurs baissent leurs prix pour trouver preneur.

C’est exactement le même mécanisme qui a permis à certains collectionneurs de faire de très belles affaires sur des modèles américains oubliés. Le principe reste le même : acheter ce que personne ne veut, au moment où personne n’en veut, et attendre que le marché se retourne.

Pour Lucien, le pari est déjà gagné. Son Ferrari 612 Scaglietti roule, rugit et vaut potentiellement le double de ce qu’il a investi. Pas mal, pour une voiture que tout le monde considérait comme un problème sur quatre roues. Comme quoi, parfois, les coups les plus fous sont aussi les plus rentables.

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