Ce radar « tirelire » retiré à Paris : jusqu’à 274 millions d’euros par an, tous les PV annulés

Un radar planté au milieu d’un chantier, sur une portion du périphérique où la circulation se resserre brutalement. Depuis fin août, des milliers d’automobilistes parisiens le redoutaient sans vraiment le voir. Résultat : une avalanche de PV, une polémique qui enfle, et une décision inattendue qui vient de tomber du côté de la préfecture de police.
Un radar planté en pleine zone de chantier
Installé le 24 août dernier à hauteur de la Porte de Montreuil, ce radar limitait la vitesse à 30 km/h sur le périphérique extérieur. La zone concernée correspondait à un chantier, avec un rétrécissement de la chaussée censé justifier ce ralentissement. Sur le papier, rien d’anormal : protéger des ouvriers sur une route resserrée est une pratique courante, un peu comme ces dispositifs qui rappellent qu’un simple excès de vitesse peut coûter cher même sur autoroute.
Sauf que très vite, les automobilistes ont dénoncé un piège. La signalisation aurait manqué de lisibilité, au point de donner l’impression que le dispositif cherchait moins à protéger qu’à surprendre les conducteurs pris au dépourvu. Un radar posé là où personne ne s’y attendait vraiment, sur un axe emprunté chaque jour par des centaines de milliers de véhicules.
La suite allait démontrer que cette impression n’avait rien d’exagéré : les chiffres relevés sur place dépassaient largement ce que la simple sécurité routière pouvait expliquer.
Une machine à PV qui aurait pu rapporter des centaines de millions
C’est l’association 40 Millions d’automobilistes qui a sorti la calculatrice. En seulement 4 minutes et 39 secondes d’observation, ses membres ont recensé 18 véhicules flashés par ce seul radar. Un rythme qui, extrapolé sur une journée entière, donnerait 5 574 PV quotidiens, soit potentiellement plus de 2 millions de PV par an.
En euros, cela représenterait théoriquement 752 516 euros par jour, et jusqu’à 274 668 340 euros par an. Une somme vertigineuse pour un unique radar de chantier, presque digne d’un contrôle façon traque du fisc tant elle dépasse l’entendement pour un dispositif censé simplement sécuriser des travaux.
Pierre Chasseray, délégué général de 40 Millions d’automobilistes, n’a pas mâché ses mots. « Est-il réellement installé pour protéger les travailleurs ou sommes-nous une nouvelle fois face à un dispositif qui va surtout produire des PV ? », a-t-il lancé, avant d’ajouter que « la sécurité routière ne peut pas devenir une machine à verbaliser ». Une charge qui a visiblement porté, bien au-delà d’un simple changement de règle anodin.

La préfecture cède et annule tous les procès-verbaux
Face à la pression, la préfecture de police de Paris a fini par annoncer le retrait pur et simple du radar, ce vendredi 4 septembre, selon des informations confirmées à RTL et TF1 Info. Officiellement, la décision est justifiée par des « difficultés techniques » liées à l’emplacement de l’appareil sur une zone de chantier avec circulation modifiée.
Mais l’annonce va plus loin qu’un simple démontage. Tous les procès-verbaux dressés grâce à ce radar depuis sa mise en service seront classés sans suite. Concrètement, chaque conducteur flashé depuis le 24 août verra son amende annulée, sans avoir besoin de contester quoi que ce soit.
Un retour en arrière rare, qui prive l’État d’une recette potentiellement colossale, un peu comme lorsque le prix du carburant flambe et pèse déjà lourd sur le budget des automobilistes.
Sur les réseaux, le soulagement se mêle à la colère rétrospective. Beaucoup dénoncent un radar « piège » installé « pour ramasser de l’argent », d’autres parlent tout simplement d’« abus ». Ce qui est certain, c’est que la mobilisation d’une association et la publicité faite autour des chiffres ont suffi à faire plier une administration qui, quelques jours plus tôt, ne semblait pas prête à reculer.
Un radar posé, un radar retiré, des millions d’euros théoriques envolés en quelques jours : la preuve qu’un chiffre bien calculé peut parfois faire plus de bruit qu’une pétition. Reste à savoir si d’autres dispositifs similaires, ailleurs sur le réseau francilien, subiront le même sort avant que la polémique ne s’éteigne.