Cet agriculteur breton a planté 23 km de haies pour sauver ses vaches et chauffer sa maison

En Bretagne, la sécheresse n’est plus une menace lointaine : elle frappe aussi les fermes laitières du Finistère. Face à ça, certains agriculteurs ont choisi de replanter ce que leurs grands-parents avaient arraché. C’est le pari fou, mais terriblement efficace, d’une exploitation familiale près de Brest : découvrez comment 23 kilomètres de haies changent tout.
Une ferme familiale au cœur du Finistère
À Kergavarec, sur la commune de Guipavas, la famille Abily gère une exploitation laitière pas comme les autres. Laurent Abily travaille avec ses frères Jacques et Olivier sur deux sites, à Guipavas et à Plabennec.
Leur cheptel compte 140 vaches laitières et 20 vaches allaitantes, un troupeau conséquent qui dépend directement des conditions climatiques. Comme beaucoup d’exploitations en Bretagne, la ferme fait face à des étés de plus en plus secs.
Pour tenir, les trois frères ont fait un choix qui détonne : miser sur l’arbre plutôt que sur l’irrigation classique.
Une décision qui les place aujourd’hui en lice pour un concours local, celui de l’agroforesterie, organisé par le syndicat de bassin de l’Élorn et l’Établissement public d’aménagement et de gestion du bassin-versant de l’Aulne.
Ce concours récompense les exploitations qui réussissent à marier arbres et élevage sans sacrifier la production. Une philosophie qui séduit de plus en plus, alors que la question de la résilience économique des filières agricoles s’invite dans tous les débats.
23 kilomètres de haies pour tout changer
Le chiffre impressionne : les deux sites d’exploitation cumulent aujourd’hui plus de 23 km de haies. Un travail patient, mené sur plusieurs années, qui transforme littéralement le paysage de la ferme.
Ces haies ne sont pas de simples clôtures végétales. Elles jouent un rôle d’ombrage direct pour les vaches, un abri précieux quand le thermomètre grimpe. Elles retiennent aussi l’humidité du sol, freinent le vent et limitent l’érosion des terres agricoles. Un système proche de ce que défendent certains experts en adaptation climatique pour les exploitations rurales.
Mais le bénéfice ne s’arrête pas aux champs. Une partie du bois issu de l’entretien des haies sert directement à chauffer la maison familiale. Une boucle vertueuse où l’arbre nourrit à la fois les animaux, protège les sols et alimente le foyer, sans dépendre des énergies fossiles. De quoi rappeler que certaines pratiques ancestrales, longtemps délaissées au profit du remembrement, reviennent aujourd’hui par nécessité climatique.

Un modèle qui pourrait inspirer toute une filière
Ce qui distingue la ferme de Kergavarec, c’est la cohérence globale du système. L’agroforesterie ne se résume pas ici à quelques arbres décoratifs en bordure de champ : elle structure toute l’organisation de l’exploitation, du pâturage jusqu’au chauffage domestique.
Le concours organisé par l’Epaga et le syndicat de bassin de l’Élorn met justement en lumière ce type de démarche intégrée. L’objectif dépasse la simple récompense symbolique : il s’agit de montrer aux autres exploitants du secteur qu’un modèle alternatif existe, et qu’il fonctionne concrètement face à la sécheresse.
Les frères Abily ne sont sans doute pas les seuls à avoir fait ce pari en Bretagne, mais leur exemple illustre une tendance de fond. Face à des sécheresses de plus en plus fréquentes, replanter des haies n’est plus un geste militant isolé : c’est devenu, pour certains, une stratégie de survie économique et climatique. Un argument que même les plus sceptiques peinent aujourd’hui à ignorer.
Vingt-trois kilomètres de haies, trois frères, un objectif commun : tenir face au climat qui change. À Kergavarec, l’arbre n’est plus un décor de campagne, c’est un outil de travail à part entière. Et si la solution la plus efficace contre la sécheresse était sous nos yeux depuis toujours ?