Après les incendies en Gironde, ces arbres restent debout : la vraie raison surprend les chercheurs

Les images font le tour des réseaux sociaux depuis plusieurs jours. Des maisons calcinées, des voitures fondues, une forêt entière réduite en cendres… et au milieu de ce paysage apocalyptique, des arbres toujours debout, encore verts. En Gironde et dans les Landes, où 42 000 hectares sont déjà partis en fumée, cette scène intrigue des milliers d’internautes.
Sur X, une utilisatrice s’étonne en commentant des photos aériennes du village du Porge, ravagé par les flammes : comment ces troncs ont-ils pu échapper au désastre ? La réponse tient en un mot que peu connaissent : le liège.
Pourquoi la forêt de Gironde brûle autant depuis des semaines
La zone touchée est principalement composée de pins maritimes, une essence caractéristique du massif landais. Contrairement à d’autres arbres, ce pin a une architecture particulière qui va jouer un rôle décisif dans sa survie face au feu.
Sylvain Delzon, directeur de recherche à l’INRAE au sein de l’unité Biodiversité, Gènes et Communautés, l’explique simplement : les branches basses n’existent quasiment pas chez les sujets adultes. Elles démarrent au-dessus de 15 mètres de hauteur.
Ce détail change tout. Lors des incendies dévastateurs de 2022 dans la même région, les arbres les plus matures avaient déjà mieux résisté grâce à cette configuration. Les flammes, qui progressent souvent au ras du sol dans les sous-bois, ont moins de prise sur un tronc dénudé sur une telle hauteur.
Mais le contexte de cette année aggrave tout. Le sol sableux du massif landais ne retient pas l’eau, une caractéristique géologique qui, combinée à une sécheresse sévère depuis la mi-juin, a plongé la végétation dans un stress hydrique extrême. Un terrain parfaitement propice à la propagation du feu, un peu comme les conditions qui alimentent la crise écologique observée ailleurs en France cette année.
Le rôle méconnu de l’écorce dans la résistance au feu
Si les flammes viennent malgré tout lécher le tronc, l’arbre n’est pas condamné pour autant. Tout dépend de l’écorce, ce fameux liège que Sylvain Delzon décrit comme un bouclier naturel.
« L’écorce est un tissu extérieur constitué de cellules mortes », détaille le chercheur. Concrètement, cette couche protège le cœur vivant de l’arbre comme une armure. Si la chaleur ne dépasse pas un certain seuil et que le tronc n’est pas transpercé, les cellules vivantes situées en dessous continuent leur activité normalement.
C’est exactement ce mécanisme qui explique pourquoi certains pins photographiés en Gironde semblent avoir traversé l’enfer sans dommage apparent. En 2022 déjà, les chercheurs avaient observé que ce sont surtout les sous-bois qui subissaient les dégâts les plus lourds, même si des feux de canopée avaient touché la cime des arbres à la Teste-de-Buch, à plus de 20 mètres de hauteur.
Un phénomène qui rappelle, à une tout autre échelle, comment certaines infrastructures résistent mieux que d’autres à des épisodes climatiques extrêmes, selon la nature du terrain et des matériaux exposés.

L’illusion trompeuse des arbres encore verts
Un arbre qui garde ses aiguilles vertes n’est pourtant pas toujours sauvé. C’est là que se cache le vrai twist de cette histoire, et il est glaçant : certains pins condamnés à mourir semblent parfaitement sains à l’œil nu.
Sylvain Delzon rappelle qu’en 2022, des feux de sous-sol ont été documentés dans la région. « Le feu se consume dans le sol et ça tue les racines de l’arbre », explique-t-il. L’arbre continue d’afficher un feuillage vert, mais il ne peut plus s’alimenter en eau ni en nutriments. Sa mort est alors seulement différée de quelques semaines ou mois.
Pour les arbres situés près des habitations, d’autres facteurs entrent en jeu et expliquent pourquoi deux pins voisins peuvent connaître un sort radicalement différent. L’irrigation du terrain, l’intervention des pompiers pour défendre une maison, ou même un simple changement de direction du vent peuvent faire toute la différence entre un arbre sauvé et un arbre perdu à quelques mètres de distance seulement.
Il est encore trop tôt pour dresser un bilan précis des dégâts. L’équipe de l’INRAE n’a même pas pu accéder à sa propre station de recherche, située en zone sinistrée. Le chercheur alerte : même si le feu était maîtrisé dans les prochains jours, le million d’hectares de forêt landaise resterait extrêmement vulnérable tant qu’aucune pluie abondante ne viendrait réhydrater ce sol sableux à bout de forces.
Un arbre vert après un incendie n’est donc jamais une garantie de survie, seulement un sursis. La vraie bataille se joue désormais sous l’écorce, invisible à nos yeux, et se poursuivra bien après l’extinction des dernières flammes. Combien de ces pins encore debout aujourd’hui tiendront encore l’année prochaine ?