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Cette forêt près de Rouen sera interdite à tout le monde pendant 30 ans, et la raison va vous surprendre

Publié par Elsa Fanjul le 02 Juil 2026 à 10:17
Cette forêt près de Rouen sera interdite à tout le monde pendant 30 ans, et la raison va vous surprendre

Tu connais peut-être ces coins de forêt où plus personne ne met les pieds depuis des années. À Elbeuf, en Seine-Maritime, ça va devenir une règle, pas un hasard. La ville a décidé de sacraliser une immense parcelle boisée pour trois décennies entières. Interdiction totale d’y entrer, randonneurs compris. Le but ? Une expérience scientifique qui pourrait bien changer notre regard sur la nature sauvage.

Une forêt entière mise sous cloche près de Rouen

Imagine une zone grande comme dix fois un champ de foire, en pleine forêt, où plus aucune main humaine ne touchera un arbre pendant 30 ans. C’est exactement ce qui attend une parcelle de près de 180 000 m² dans le bois qui borde le quartier du Mont Duve, à Elbeuf. La municipalité a validé ce projet inédit, qui s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’épuisement des ressources naturelles en France.

Ce choix ne sort pas de nulle part. Chaque année, la France perd des dizaines de millions d’arbres, souvent sans qu’on comprenne vraiment les mécanismes à l’œuvre derrière ce phénomène. Alors, plutôt que de subir les changements sans les analyser, la ville a choisi une autre voie : observer ce qui se passe quand on laisse totalement faire la nature, sans aucune intervention.

Le vrai objectif derrière cette interdiction totale

Derrière cette décision se cache un dispositif régional baptisé Programme régional d’espaces en libre évolution, ou Prele. Il est piloté par le Conservatoire d’espaces naturels de Normandie, un organisme spécialisé dans la préservation des milieux fragiles. Sa philosophie tient en une phrase simple : ne rien faire, volontairement.

Dans sa documentation officielle, le Conservatoire précise que cet espace doit évoluer librement, sans usage particulier pour l’homme, peu importe son passé agricole, forestier ou industriel. Autrement dit, on efface l’ardoise et on regarde ce qui repousse.

Pour Béatrice Lefel, première adjointe au maire d’Elbeuf, l’enjeu dépasse le simple jardinage écologique. « L’idée, c’est de pouvoir faire des recherches pour comprendre le dérèglement climatique et voir comment ça évolue sans intervention humaine », explique-t-elle. Une manière concrète d’étudier des sujets qui touchent aussi les débats sur les épisodes de canicule et les bouleversements climatiques à venir.

Le maire, Djoudé Merabet, voit même plus loin. Il espère que de nouvelles espèces pourraient apparaître dans cette zone livrée à elle-même, un peu comme un laboratoire à ciel ouvert où la biodiversité écrirait son propre scénario, loin des arbres habituellement plantés pour des besoins précis.

Sentier forestier envahi par la végétation et la mousse

Comment la ville va faire respecter l’interdiction

Reste un détail pratique qui n’a rien d’anodin : comment empêcher concrètement les gens d’entrer dans cette zone naturelle sans dépenser une fortune ? Le maire a d’ores et déjà écarté l’option d’une clôture, jugée « trop coûteuse » pour encercler près de 20 hectares de forêt.

La solution retenue mise plutôt sur la pédagogie et le bon sens collectif. « Il va falloir sensibiliser un petit peu les habitants, mais surtout les clubs de randonnée », prévoit Béatrice Lefel. Un pari sur la responsabilité citoyenne, dans une région où les balades en forêt restent une activité populaire, un peu comme les balades naturelles qui attirent du monde ailleurs en France.

Pour l’instant, aucune date précise n’a été fixée pour le lancement effectif de cette expérimentation. Le projet est déjà dans les tuyaux depuis plusieurs mois, mais il doit encore franchir quelques étapes administratives avant que la forêt du Mont Duve ne devienne officiellement un terrain interdit d’accès. Une chose est sûre : pendant que d’autres villes s’interrogent sur leur gestion des ressources, Elbeuf a choisi de tester une approche radicalement différente de la protection environnementale.

Trente ans sans un pas humain, c’est le pari fou d’Elbeuf pour comprendre ce que la nature ferait si on la laissait vraiment tranquille. Reste à savoir si les habitants et les randonneurs joueront le jeu jusqu’au bout. Et toi, tu la respecterais, cette interdiction ?

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