Cette « ville solaire » construite dans le désert marocain alimente déjà plus d’un million de personnes

Dans le désert marocain, là où la chaleur écrase tout, une cité entière de miroirs a poussé en quelques années. On l’appelle parfois la « ville solaire » d’Ouarzazate, un projet si vaste qu’il se voit depuis l’espace. Mais derrière cette image spectaculaire se cache une prouesse technique bien plus discrète, capable de produire de l’électricité même la nuit tombée.
Un désert transformé en centrale géante
À une douzaine de kilomètres de la ville de Ouarzazate, le complexe Noor Ouarzazate s’étend sur plus de 2 500 hectares, soit 25 kilomètres carrés de sable et de miroirs. Le site a été choisi pour une raison précise : il bénéficie de l’un des ensoleillements les plus élevés au monde, une ressource que le Maroc a décidé d’exploiter à grande échelle.
Le projet, présenté par SolarPaces, s’est construit en quatre phases distinctes baptisées Noor I, II, III et IV. Chacune ajoute sa propre technologie, dans une logique de montée en puissance progressive plutôt qu’un chantier unique livré d’un coup.
Aujourd’hui, en 2026, l’ensemble affiche une puissance installée de 580 mégawatts, assez pour alimenter plus d’un million de Marocains en électricité continue. Mais comment un site solaire peut-il fournir du courant après le coucher du soleil ? La réponse tient dans une technologie encore peu connue du grand public.
Des miroirs et une tour qui font fondre du sel
La majeure partie du complexe repose sur l’énergie solaire concentrée, ou CSP. Contrairement aux panneaux photovoltaïques classiques que l’on voit sur les toits, cette technologie ne transforme pas directement la lumière en électricité : elle concentre la chaleur du soleil pour produire de la vapeur.
Noor I et Noor II utilisent des milliers de miroirs paraboliques qui concentrent la lumière sur des tubes récepteurs remplis d’un fluide caloporteur. Un principe déjà impressionnant, mais qui reste modeste face à la pièce maîtresse du site.
Car Noor III abrite une tour de 243 mètres de haut, devenue la plus haute d’Afrique, entourée d’un immense champ d’héliostats. Ces miroirs plans suivent la course du soleil pour projeter sa chaleur vers le sommet de la tour, un peu comme si tout le désert pointait vers un seul point du ciel. Comme le rappelle un article du Tribunal du Net sur la puissance solaire reçue par la Terre, cette énergie gratuite reste largement sous-exploitée à l’échelle mondiale.
Cette concentration extrême permet d’atteindre des températures allant jusqu’à 565 °C, de quoi transformer de l’eau en vapeur et actionner une turbine. Mais le vrai tour de force de Noor Ouarzazate se joue une fois le soleil couché : c’est là qu’intervient un mélange de sels fondus, capable de stocker cette chaleur intense comme une gigantesque batterie thermique.

Le secret d’une centrale qui ne s’arrête jamais
Comme l’explique l’AFD, cette réserve de sels fondus agit comme une batterie géante d’énergie héliothermique. Concrètement, la chaleur accumulée en journée continue de produire de l’électricité bien après le coucher du soleil.
Noor I peut ainsi générer du courant pendant trois heures supplémentaires une fois la nuit tombée. Noor II et Noor III font encore mieux : leur stockage prolonge la production jusqu’à sept heures de plus, soit largement de quoi couvrir la soirée entière.
Cette capacité change tout par rapport aux énergies renouvelables classiques. Un panneau photovoltaïque ou une éolienne dépendent directement des conditions du moment : pas de soleil, pas de vent, pas de courant. Noor Ouarzazate, lui, peut alimenter le réseau national marocain jusque dans les heures de pointe du soir, quand la demande explose et que les autres sources intermittentes ne suffisent plus. C’est précisément cette stabilité, rare pour une centrale solaire, qui a fait de ce complexe une référence étudiée bien au-delà des frontières marocaines.
Ce que le Maroc vise pour 2030
Noor Ouarzazate n’est pas un simple prototype isolé : il constitue le pilier central de la stratégie énergétique du Maroc, qui vise 52 % d’électricité renouvelable d’ici 2030. Un objectif ambitieux pour un pays qui importait encore massivement ses combustibles fossiles il y a une décennie.
Le complexe évite déjà l’émission de près d’un million de tonnes de CO2 chaque année, tout en réduisant la dépendance du royaume aux importations d’énergie. Un argument économique autant qu’écologique, dans un contexte mondial où la question énergétique redevient centrale, comme le montre cette relance des mines en France après 20 ans de silence.
D’autres pays du Sud observent désormais Ouarzazate comme un modèle réplicable, à condition de disposer du même ensoleillement et des mêmes investissements. Reste à savoir si cette prouesse technique inspirera d’autres géants du désert, ou si elle restera une exception marocaine soigneusement entretenue.
Une tour de 243 mètres qui capture le soleil pour éclairer des foyers bien après la nuit tombée : voilà le genre de paradoxe technique qui mérite d’être raconté. Si les innovations qui défient le bon sens vous intriguent, cette étude sur l’avenir de l’humanité risque de vous laisser sans voix. Et pour changer totalement de registre, ce projet fou autour de la Tour Eiffel mérite le détour.