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Dans le Nord, ces 1 600 foyers vont recevoir des poules gratuitement pour une raison que personne n’imagine

Publié par Elsa Fanjul le 10 Juin 2026 à 10:00
Deux poules régionales dans un jardin du Nord

Dans le Nord, des milliers de foyers s’apprêtent à accueillir un drôle de cadeau. Pas un composteur, pas un bac de tri flambant neuf. Non : deux poules de race régionale, livrées à domicile pour dévorer vos épluchures. Derrière cette opération qui fait sourire, les chiffres donnent le vertige — et pourraient bien inspirer toute la France.

3 200 poules pour 1 600 foyers : l’opération XXL du Siaved dans le Nord

Tout est parti d’une idée simple. Le Syndicat inter-arrondissement de valorisation et d’élimination des déchets (Siaved) cherchait un moyen concret de réduire le volume de poubelles dans les agglomérations de La Porte du Hainaut, du Caudrésis-Catésis et de Valenciennes Métropole.

Leur solution ? Proposer aux habitants d’adopter deux poules pour la somme symbolique de 10 euros. Résultat : toutes les poules ont trouvé preneur en un temps record. On parle ici de 3 200 gallinacées réparties dans 1 600 foyers volontaires.

L’engouement a surpris les organisateurs eux-mêmes. Dans une époque où certains nuisibles envahissent nos jardins, accueillir des poules pondeuses ressemble presque à un acte de résistance domestique. Plusieurs distributions ont eu lieu cette semaine, notamment à Douchy-les-Mines, Rosult et Saint-Saulve.

Ce n’est pas qu’un joli coup de com’. Les déchets alimentaires représentent environ un tiers du contenu de nos poubelles. Et quand on sait que la gestion des ordures ménagères coûte chaque année des fortunes aux collectivités, on comprend vite pourquoi les dispositifs écologiques à domicile séduisent autant les élus que les habitants.

150 kg de déchets par poule et par an : le chiffre qui change tout

Voilà le cœur du sujet. Une seule poule est capable d’engloutir jusqu’à 150 kg de déchets organiques par an. Épluchures de légumes, restes de pâtes, croûtes de fromage, pain rassis : presque tout y passe. Multipliez par deux poules et par 1 600 foyers, et vous obtenez un potentiel de 480 tonnes de déchets éliminés de façon totalement naturelle.

480 tonnes. C’est l’équivalent de plusieurs dizaines de bennes à ordures qui ne feront jamais le trajet vers l’incinérateur. Le Siaved l’explique clairement : « Une poule peut manger jusqu’à 150 kg de déchets organiques par an. Les déchets alimentaires représentent environ un tiers de la poubelle d’un foyer. »

Et en bonus, ces poules pondent. Un foyer récupère donc des œufs frais chaque matin, ce qui n’est pas rien quand les prix alimentaires grimpent partout en France. L’équation est imparable : moins de déchets, moins de frais de collecte, plus d’autonomie alimentaire.

D’ailleurs, si on rapporte le coût de l’opération — 10 euros pour deux poules — au volume de déchets évités, le retour sur investissement est quasi immédiat. Difficile de trouver un investissement aussi malin à moins de 30 euros.

Épluchures de légumes et œufs frais sur un plan de travail

Coucou des Flandres, poule d’Estaires : ces races oubliées qui font leur grand retour

Ce qui rend cette opération encore plus singulière, c’est le retour aux traditions locales qu’elle incarne. Les poules distribuées ne sont pas n’importe quelles pondeuses industrielles. Ce sont des races régionales du Nord : Coucou des Flandres, poule d’Estaires, poule d’Hergnies et poule de Bourbourg.

Des noms qui sonnent comme des villages de carte postale, et pour cause. Ces races étaient autrefois présentes dans toutes les fermes de la région avant de disparaître progressivement au profit de souches standardisées. Les organisateurs précisent que les poules distribuées sont « âgées d’environ 4 mois » et « idéales pour débuter la ponte ».

En adoptant ces gallinacées patrimoniales, les habitants participent aussi à la sauvegarde d’un héritage génétique menacé. C’est un peu comme si des objets disparus de notre quotidien revenaient soudain à la vie, plumes et crête comprises.

Le Siaved mise sur l’effet boule de neige. Si les 1 600 foyers jouent le jeu, les 480 tonnes de déchets évitées pourraient convaincre d’autres collectivités de tenter l’expérience. Après tout, la France compte près de 30 millions de foyers : imaginez le potentiel si chacun avait son duo de poules au fond du jardin.

Deux poules, 10 euros, 480 tonnes de déchets en moins et des œufs frais tous les matins : le Nord vient peut-être d’inventer la meilleure opération anti-gaspi de l’année. Et vous, si votre commune le proposait demain, vous diriez oui ?

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