Affaire du petit Grégory : pourquoi un avocat demande désormais d’arrêter l’enquête
L’affaire du petit Grégory hante la France depuis 1984. Quarante ans d’enquêtes, de rebondissements, de pistes avortées. Et voilà qu’un avocat de la défense brise un tabou en réclamant purement et simplement l’arrêt des investigations. Ses mots, rapportés par Le Parisien, résonnent comme un coup de tonnerre dans l’un des dossiers criminels les plus douloureux du pays.

Pourquoi l’avocat de Jacqueline Jacob parle d’enquête « pourrie »
Maître Frédéric Berna n’a pas choisi ses mots au hasard. Pour lui, l’enquête sur le meurtre du petit Grégory Villemin a été « pourrie dès le départ » et reste « totalement irrécupérable ». Le terme fait mal, mais il pointe une réalité que beaucoup de spécialistes reconnaissent à demi-mot : les premiers pas de l’investigation, en 1984 dans les Vosges, ont été entachés d’erreurs. Scellés mal conservés, témoignages contradictoires, pistes brûlées trop vite.
L’avocat dénonce aussi une « gabegie financière monstrueuse ». Des expertises facturées plusieurs millions d’euros qui, selon lui, n’ont « absolument rien apporté » de décisif. Il est difficile de ne pas penser aux affaires judiciaires interminables où la vérité semble s’éloigner un peu plus à chaque nouvelle procédure. Quarante ans d’errance, résume Berna. Et la justice qui s’acharne à rattraper le temps perdu.
Mais derrière cette charge violente, il y a un calendrier très concret. Ce mercredi, la défense de Jacqueline Jacob conteste sa mise en examen devant la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Dijon.
Jacqueline Jacob, « corbeau » présumé depuis des décennies
La grand-tante du petit Grégory traîne cette ombre depuis des années. Les enquêteurs la soupçonnent d’être l’un des fameux « corbeaux » qui ont terrorisé la famille Villemin par des appels téléphoniques et des lettres de menace. En 2021, un expert suisse en écriture lui a attribué trois lettres anonymes datées de 1983 et une quatrième, glaçante, envoyée en 1984 après le crime : « Voilà ma vengeance. Pauvre con. »
Jacqueline Jacob avait déjà été mise en examen en 2017 pour « enlèvement et séquestration suivie de mort ». Poursuites annulées en mai 2018 pour un vice de forme. Puis, le 24 octobre dernier, nouvelle mise en examen, cette fois pour « association de malfaiteurs ». Un va-et-vient judiciaire usant qui, selon ses avocats, illustre l’impasse totale du dossier. Leur ligne de défense repose d’ailleurs sur la prescription des faits, sans même contester le fond.
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Le problème, c’est que les expertises graphologiques ont désigné au fil du temps « plus d’une vingtaine » de corbeaux potentiels. Difficile, dans ces conditions, de pointer un seul coupable avec certitude.

« On espère qu’elle va décéder » : la phrase choc de la défense
Des affaires qui s’éternisent, la France en connaît d’autres. Mais Maître Berna va plus loin avec une accusation frontale : selon lui, la justice chercherait un « bouc émissaire ». Sa phrase résonne durement : « J’ai le sentiment qu’on espère qu’elle va décéder et qu’on puisse dire : c’était elle, on a résolu l’affaire. »
L’avocat demande donc que l’enquête soit purement et simplement « arrêtée ». Pas suspendue. Arrêtée. Une position radicale, presque inédite dans un dossier criminel aussi médiatisé. L’argument financier pèse aussi : des décennies de procédures sans résultat concret, financées par le contribuable, pour un dénouement qui semble chaque année un peu plus improbable.
La stratégie est claire : la défense mise tout sur la prescription. Si la chambre de l’instruction de Dijon suit ce raisonnement, Jacqueline Jacob pourrait voir sa mise en examen annulée. Pas blanchie, pas innocentée. Simplement libérée par le temps qui passe.
Quarante ans après la mort du petit Grégory Villemin dans la Vologne, cette affaire reste une blessure ouverte pour la France entière. Peut-on accepter qu’un meurtre d’enfant ne soit jamais résolu ? Ou faut-il, comme le demande cet avocat, admettre que certaines vérités resteront à jamais enfouies ? C’est peut-être la question la plus douloureuse de toutes.