« C’est un vrai bonheur de dire au revoir » : la lettre de suicide présumée d’Epstein rendue publique
Un document manuscrit de quelques lignes, resté sous scellé pendant près de six ans, vient d’être rendu public par un juge fédéral américain. Il s’agirait de la note de suicide de Jeffrey Epstein, le pédocriminel retrouvé mort dans sa cellule new-yorkaise le 10 août 2019. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que son contenu ne va pas calmer les théories du complot.

Une note découverte après une première tentative ratée
C’est le mercredi 6 mai 2026 que le document a été déclassifié, à la demande du New York Times. Selon le quotidien américain, un ancien codétenu de Jeffrey Epstein serait tombé sur ces quelques mots en juillet 2019. Le contexte : quelques semaines avant sa mort, l’ancien magnat de la finance avait été retrouvé inconscient dans sa cellule, un vêtement enroulé autour du cou. Une première tentative de suicide qui avait mis la prison en alerte — sans pour autant empêcher la suite.
Ce codétenu affirme avoir lu cette note avant qu’elle ne soit placée sous scellé par les autorités. Le document est ensuite resté dans les archives judiciaires, inaccessible au public, pendant six longues années. Six années durant lesquelles l’affaire Epstein n’a cessé de prendre de l’ampleur, éclaboussant des personnalités du monde entier — de Trump à Clinton, du Prince Andrew à Jack Lang.
Le mois suivant la découverte de la note, en août 2019, Epstein était retrouvé mort dans sa cellule du Metropolitan Correctional Center de Manhattan. Sa mort a été officiellement classée comme un suicide par pendaison. Mais ce que contient cette lettre jette un éclairage troublant sur l’état d’esprit du pédocriminel dans ses dernières semaines.
« Ils n’ont RIEN TROUVÉ !!! » : les mots glaçants d’un homme acculé
Le texte, manuscrit et attribué à Epstein, tient en quelques phrases. Mais chacune d’elles donne le vertige. « Ils ont enquêté sur moi pendant des mois – N’ONT RIEN TROUVÉ !!! », peut-on lire en ouverture. Des mots écrits en lettres capitales, rageurs, qui tranchent avec l’image calculée du financier habituellement maître de lui-même.

Puis vient une phrase d’une froideur sidérante : « C’est un vrai bonheur de pouvoir choisir le moment où l’on dit au revoir. » Pas de regrets, pas d’excuses envers ses victimes. Juste une affirmation de contrôle, jusque dans la mort. La note se termine par ce qui ressemble à un défi lancé à ceux qui le traquaient : « Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Que je me mette à pleurer ?! PAS DRÔLE. NE VAUT PAS LA PEINE. »
Aucune mention de ses victimes. Aucun nom. Aucune allusion au réseau tentaculaire de trafic sexuel qu’il avait bâti pendant des décennies. Pour les associations de victimes, cette absence est aussi révélatrice que le texte lui-même. La parole des victimes, elle, continue de résonner bien au-delà de ces quelques lignes griffonnées.
Reste une question centrale : ces mots sont-ils réellement ceux d’Epstein ? Et c’est là que les choses se compliquent sérieusement.
Un document toujours pas authentifié
Point crucial, que le juge fédéral a lui-même souligné lors de la déclassification : cette lettre n’a pas été formellement authentifiée. Autrement dit, personne ne peut certifier à 100 % qu’elle a bien été écrite de la main de Jeffrey Epstein. L’écriture correspond, selon les premières analyses, mais aucune expertise graphologique officielle n’a été rendue publique à ce jour.
Cette zone d’ombre alimente un feu qui n’avait pas besoin de combustible supplémentaire. Depuis la mort d’Epstein, de nombreuses théories affirment qu’il aurait été assassiné pour protéger des personnalités puissantes impliquées dans son réseau. Certains documents évoquent même un « faux corps », relançant les interrogations à chaque nouvelle révélation.
Pour les partisans de la thèse du meurtre, cette note serait trop commode : un texte « prêt à l’emploi » qui accréditerait la version du suicide. Pour les enquêteurs officiels, elle confirme au contraire l’état psychologique d’un homme qui se savait piégé et avait déjà tenté de mettre fin à ses jours. Les deux camps restent irréconciliables — et ce document ne change rien à l’équation.
Mais cette note n’est qu’une pièce parmi des milliers d’autres. Et c’est du côté de la Maison Blanche que les regards se tournent désormais.
L’administration Trump accusée de jouer un double jeu
En décembre 2025, l’administration Trump avait annoncé la diffusion de milliers de photos, vidéos et documents issus de l’enquête tentaculaire sur Epstein. Un geste présenté comme un acte de transparence. Sauf que depuis, les critiques pleuvent de toutes parts.

La Maison Blanche est accusée d’avoir publié les pièces au compte-goutte, de manière sélective. Des photos auraient été caviardées, des textes partiellement censurés. Surtout, l’intégralité du dossier n’a jamais été rendue publique, malgré les promesses initiales. Des documents manquants concernant Trump ont notamment semé le doute sur les véritables intentions de cette opération de déclassification.
Le gouvernement américain a bien publié une partie des documents, mais les observateurs et journalistes d’investigation estiment qu’il reste encore des zones d’ombre majeures. Les commandes troublantes d’Epstein sur Amazon, révélées récemment, ont par exemple montré que chaque nouvelle pièce du puzzle soulevait davantage de questions qu’elle n’apportait de réponses.
Pendant ce temps, l’enquête dépasse largement les frontières américaines. La police norvégienne a signé un accord de coopération avec la France, preuve que le réseau d’Epstein avait des ramifications bien au-delà de Manhattan et de ses îles privées. Côté français, un second politique a été cité dans les dossiers, tandis qu’Emmanuel Macron a appelé la justice à agir.
Ce que cette lettre ne dit pas — et c’est le plus troublant
Reprenons. Un homme accusé d’avoir organisé un réseau de trafic sexuel de mineures pendant des décennies. Un homme dont le carnet d’adresses contenait les noms des plus puissants de la planète. Un homme dont la fortune était estimée à 288 millions de dollars. Et sa dernière note parle de lui, uniquement de lui.
Pas un mot sur les dizaines de victimes. Pas une allusion au réseau de médecins complices qui l’ont aidé à contrôler ses proies. Pas une mention de Ghislaine Maxwell, sa partenaire de toujours. Juste un homme qui se plaint d’avoir été enquêté et qui se félicite de pouvoir « choisir le moment de dire au revoir ».
Pour les psychologues forensiques interrogés par la presse américaine, ce profil narcissique est justement cohérent avec tout ce que l’on sait d’Epstein : un prédateur qui ne s’est jamais perçu comme coupable. Pour d’autres analystes, l’absence totale de contenu compromettant dans cette note est précisément ce qui la rend suspecte. Un homme qui sait qu’il va mourir ne laisse-t-il pas davantage derrière lui ?
Six ans après sa mort, Jeffrey Epstein continue de semer le chaos depuis sa tombe. Cette lettre — qu’elle soit authentique ou non — ne referme aucune porte. Elle en ouvre de nouvelles. Et les noms qui émergent encore des dossiers déclassifiés prouvent une chose : cette affaire est loin, très loin, d’être terminée.