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Affaire Lyhanna : ces deux gendarmes mutés d’office après 5 mois d’enquête restée au point mort

Publié par Cassandre le 23 Juin 2026 à 12:00
Mort de Lyhanna : l'autopsie révèle un viol, l'ADN du suspect retrouvé sur l'enfant de 11 ans

Une plainte pour viols répétés sur une enfant. Un suspect déjà connu des fichiers. Et pourtant, 5 mois et 7 jours se sont écoulés avant que l’enquête ne démarre vraiment. Ce lundi 22 juin 2026, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a frappé fort en réclamant la mutation d’office de deux gendarmes du Gers. Le rapport d’inspection qui a conduit à cette décision révèle une succession de ratés qui glace le sang.

Affaire Lyhanna : une plainte qui s’embourbe pendant des mois dans le Gers

Tout commence en août 2025. Une maman dépose plainte contre Jérôme Barella pour des viols répétés sur sa fille, commis entre septembre 2024 et avril 2025. Des faits d’une gravité extrême. Le parquet de Toulouse réagit vite, ordonne les premiers actes d’enquête.

Mais le dossier est ensuite transmis à Auch, dans le département où réside le suspect. Et c’est là que tout déraille. Le transfert se fait par simple courrier, sans aucune alerte spécifique. Pourtant, le premier gendarme qui ouvre le dossier constate immédiatement que Barella est déjà fiché au TAJ — le fichier des antécédents judiciaires — pour des faits similaires traités en mai 2024 par la gendarmerie de Fleurance.

Sans signal d’urgence, la plainte atterrit dans la pile ordinaire du bureau d’ordre pénal du tribunal d’Auch. Une erreur de transmission supplémentaire allonge encore les délais. Ce n’est que le 22 janvier 2026 que la procédure est enfin enregistrée à la compagnie de gendarmerie de Condom. Cinq mois après le dépôt de plainte. Cinq mois pendant lesquels un homme déjà connu pour des faits similaires reste libre de ses mouvements.

Et les ratés ne s’arrêtent pas là. Un gendarme de la brigade de Lectoure se désigne lui-même directeur d’enquête. Il lit le dossier, comprend qu’il pourrait placer Barella en garde à vue immédiatement. Mais il choisit une autre voie.

« J’ai essayé de bétonner le dossier » : la phrase qui résume tout

Devant la mission d’inspection, ce gendarme s’explique. Il aurait pu agir vite. Il a préféré « voir plus loin » et « bétonner le dossier ». Le problème, c’est que pendant qu’il bétonnait, personne n’interrogeait Jérôme Barella. Pas une seule audition du suspect entre l’enregistrement du dossier en janvier et la disparition de Lyhanna fin mai.

Le 29 mai 2026, quand la petite fille est enlevée, l’enquête en est encore à réentendre la mère de la fillette qui avait porté plainte. Le suspect, lui, n’a jamais été convoqué. « J’aurais voulu avoir le temps », a lâché le directeur d’enquête à la mission d’inspection. Une phrase terrible qui résume l’engrenage des défaillances institutionnelles.

Le rapport d’inspection est sans ambiguïté : il pointe des « défaillances » dans le traitement de cette plainte. Des défaillances qui ne relèvent pas de la malchance ou du manque de moyens, mais bien de choix individuels et d’un circuit de transmission défectueux. À chaque étape, la chaîne judiciaire a failli.

Comment un homme fiché pour des faits de même nature a-t-il pu passer entre les mailles du filet aussi longtemps ? C’est précisément la question à laquelle le ministre de l’Intérieur entend répondre.

Homme en costume marchant dans un couloir administratif vide

Mutation d’office et enquête de commandement : Laurent Nuñez hausse le ton

La réaction de Laurent Nuñez ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué publié ce lundi soir, le ministre de l’Intérieur annonce trois mesures. D’abord, la mutation d’office du directeur d’enquête et du commandant de la compagnie de gendarmerie de Condom. Les deux hommes seront placés dans des emplois hors exercice de la police judiciaire.

Ensuite, le lancement d’une « enquête de commandement pour faire la lumière sur les responsabilités de chaque intervenant ». En clair, il ne s’agit pas seulement de sanctionner deux individus, mais de remonter toute la chaîne pour comprendre comment le système a pu dysfonctionner à ce point.

Car le dossier Barella concentre à lui seul tous les symptômes d’un traitement judiciaire défaillant. Un fichier consulté mais pas exploité. Un transfert par courrier sans urgence signalée. Un délai de 5 mois avant le moindre enregistrement. Un enquêteur qui temporise au lieu d’interpeller. Et au bout de cette chaîne de ratés, une enfant disparue.

Les premières conclusions de la mission d’inspection ne sont qu’un début. L’enquête de commandement devra déterminer si d’autres maillons ont failli — et si les protocoles en vigueur dans la gendarmerie du Gers étaient suffisants pour traiter ce type de plainte sensible.

Deux gendarmes mutés, une enquête interne lancée, et une question qui reste ouverte : combien de signaux d’alerte faut-il ignorer avant qu’un drame devienne inévitable ? L’affaire Lyhanna n’a pas fini de secouer la gendarmerie française — ni la conscience collective.

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