Sa voiture confisquée par la police en 2019 : elle reçoit 3 000 € d’amendes… pour des infractions commises par des policiers

Imaginez recevoir des amendes pendant sept ans pour une voiture que vous ne conduisez plus. C’est le cauchemar administratif que vit Jenny S. depuis 2019 : sa Renault Clio, saisie par la justice et confiée à la police, continue de générer des contraventions à son nom. Le pire ? Ce sont des policiers qui roulent avec, et personne n’a jamais changé la carte grise.
Une Clio offerte, un compagnon sous enquête et une saisie qui change tout
L’histoire démarre en 2019. Le petit ami de Jenny S. lui offre une Renault Clio. Geste sympa, sauf que le cadeau est empoisonné. La carte grise est au nom de Jenny, mais le véhicule appartient en réalité à son compagnon.
Problème : ce dernier est visé par une enquête de la justice pour trafic de stupéfiants. La Clio est saisie dans le cadre de l’instruction. Le 21 janvier 2019, Jenny remet les clés, la carte grise et le véhicule au commissariat de Bobigny.
Elle ne reverra jamais la voiture. Ni son compagnon. L’affaire aurait pu s’arrêter là. Mais quelques mois plus tard, les premières amendes atterrissent dans sa boîte aux lettres. Jenny se rend au commissariat, explique la situation. Les PV sont annulés sur-le-champ.
Un soulagement de courte durée. Car les contraventions, elles, ne s’arrêtent pas. Au contraire. Excès de vitesse, stationnements gênants, circulation dans un couloir de bus… Une vingtaine d’amendes s’accumulent au fil des années, toutes pour des infractions commises en Île-de-France.
Et la mécanique infernale ne s’est jamais grippée depuis.
Sept ans d’infractions fantômes : qui roule avec la Clio de Jenny ?
C’est l’enquête de Mediapart qui lève le voile sur cette aberration. En mars dernier, le parquet de Bobigny confirme à Jenny que sa Clio « a fait l’objet, le 11 juin 2019, d’une ordonnance de remise aux domaines pour attribution aux services d’enquête ».
Traduction : le véhicule a été confié à des policiers pour leur usage professionnel. Ils roulent avec de manière « légitime » depuis sept ans. Sauf que personne — ni la justice, ni la police — n’a jamais fait changer le nom sur la carte grise.
Résultat : chaque flash radar, chaque PV de stationnement revient automatiquement à Jenny S. Dernière amende en date, 35 euros pour un stationnement en double file à Vitry-sur-Seine fin mai 2026. Un mois avant, un excès de vitesse sur le périphérique parisien : 135 euros. Un autre dans le XVIIIe arrondissement : encore 135 euros.
Au total, la facture dépasse les 3 000 euros. Des contraventions qui, faute de contestation individuelle dans les délais, ont été majorées. Et qui lui ont fait perdre tous ses points de permis de conduire.
Le pire dans cette histoire, c’est que Jenny n’a jamais conduit cette voiture depuis 2019. Pas un seul kilomètre.

« Je me retrouve à découvert à cause d’eux » : le combat d’une femme au RSA contre l’absurdité administrative
Jenny S. touche le RSA. Elle n’a pas les moyens de régler 3 000 euros d’amendes qu’elle n’a pas commises. Sa banque lui a envoyé une dizaine de courriers annonçant des saisies sur son compte. La quasi-totalité ont échoué, faute de fonds.
« Je me retrouve à découvert à cause d’eux, alors que je n’ai jamais vécu au-dessus de mes moyens », confie-t-elle. « C’est du stress et de l’angoisse au quotidien. » Avant cette affaire, Jenny n’avait jamais eu le moindre souci avec la justice, ni d’amendes impayées.
Le commissariat de Bobigny, lorsqu’elle s’y est présentée à nouveau, lui a simplement suggéré de contester chaque amende individuellement. Une procédure que toute personne confrontée à l’inertie administrative connaît : longue, complexe, décourageante.
En février 2024, elle a déposé une main courante. Sans effet. Malgré plusieurs courriers adressés directement à la justice et aux services publics, rien n’a bougé. Début mai 2026, Jenny a finalement déposé plainte pour usurpation d’identité auprès du parquet de Bobigny.
Ce dernier indique désormais qu’il tente d’éclaircir pourquoi « la carte grise n’a pas été actualisée depuis le jugement » rendu en janvier 2022. Quatre ans plus tard.
Une femme au RSA, un permis perdu, 3 000 euros réclamés pour des PV qu’elle n’a jamais générés, et en face : le silence d’une administration qui sait, mais ne corrige pas. Si même la justice reconnaît que cette Clio est entre les mains de la police, combien de temps faudra-t-il encore pour que quelqu’un mette à jour une simple carte grise ?