Dans les comptes de Florian, paysagiste à Angoulême à 2 150 € nets par mois
Florian a 34 ans, il est paysagiste salarié dans une entreprise d’espaces verts à Angoulême. Il touche 2 150 € nets par mois, vit en couple avec sa compagne Manon — auxiliaire de puériculture — et leur fille de 3 ans. Voici comment il répartit chaque euro, poste par poste.
Ce qui tombe chaque mois sur son compte
Le salaire de base de Florian s’élève à 1 980 € nets. En tant que paysagiste qualifié avec sept ans d’ancienneté, il a grimpé les échelons de la convention collective du paysage, mais le plafond reste bas. « On bosse dehors par tous les temps, on porte des charges lourdes, et sur la fiche de paie, ça ne se voit pas tant que ça », résume-t-il.

Ce qui fait passer la barre des 2 000 €, ce sont les heures supplémentaires. De mars à octobre, la saison haute, il en cumule une vingtaine par mois. Payées à 125 %, elles ajoutent environ 170 € nets en moyenne lissée sur l’année. Le total grimpe donc à 2 150 € nets mensuels.
Le couple perçoit aussi 140 € d’allocations familiales et 85 € d’APL. Mais Florian préfère compter uniquement sur ses revenus propres pour construire son budget. « Les allocs, c’est le matelas de Manon. On ne mélange pas, comme ça personne ne se sent redevable. » Reste à voir si ce matelas suffit quand arrivent les dépenses fixes.
Le mur des charges fixes
Le loyer absorbe la plus grosse part : 580 € pour un T3 de 68 m² dans le quartier de Ma Campagne, à dix minutes du centre-ville. C’est un peu en dessous de la moyenne charentaise pour cette surface, mais Florian le trouve encore trop élevé. « À Angoulême, les loyers ont pris 12 % en trois ans. On est loin de Paris, mais l’écart se réduit. »

Les charges locatives et l’eau représentent 65 € mensuels. L’électricité, avec un chauffage électrique vieillissant, pèse 95 € en moyenne — un poste qui grimpe à 140 € l’hiver. Comme dans les départements où les factures de chauffage explosent, la Charente n’est pas épargnée malgré un climat tempéré.
L’assurance habitation coûte 32 € par mois. La mutuelle, obligatoire via l’entreprise, est prise en charge à 50 % par l’employeur : reste à charge pour Florian, 38 €. Manon est couverte par sa propre mutuelle, leur fille rattachée à celle de Florian moyennant un surcoût de 22 €.
Côté transports, pas de transports en commun pour un paysagiste qui doit charger son matériel à 6 h 30 au dépôt. Sa Peugeot 308 diesel de 2017 lui coûte un crédit auto de 185 € par mois — encore quatorze mensualités avant d’en être libéré. L’assurance auto ajoute 62 €. Un poste comparable à celui de Rachid, ambulancier à Marseille, pour qui la voiture est aussi un outil de travail déguisé.
Les abonnements numériques restent contenus : 31 € pour la box internet, 15 € pour deux forfaits mobiles (un à 10 €, un à 5 € pour Manon), et 6 € pour un seul service de streaming. « Netflix, on l’a viré l’an dernier. On garde juste Disney+ pour la petite. »
Dernier poste fixe : la cantine de leur fille à la crèche municipale, facturée 115 € par mois en fonction des revenus du foyer. Au total, les dépenses contraintes de Florian atteignent 1 246 €, soit 58 % de ses revenus nets. Il reste 904 € pour vivre, épargner et souffler. Mais ce chiffre est trompeur.
Là où l’argent file sans prévenir
Les courses alimentaires constituent le deuxième poste le plus lourd après le loyer. Le couple dépense 420 € par mois pour trois personnes. Florian fait ses courses chez Leclerc le samedi matin et complète en semaine chez un maraîcher local. « On mange bien, on cuisine beaucoup. C’est le seul poste où je refuse de rogner. »
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Ce montant reste proche de la moyenne française — environ 400 € par mois pour un couple avec un enfant selon l’INSEE — mais Florian reconnaît qu’il a augmenté de 60 € en deux ans. Un phénomène visible dans l’évolution du prix des dépenses du quotidien sur la dernière décennie.
L’essence représente 130 € mensuels. Le trajet domicile-dépôt fait 14 km aller, et les chantiers se trouvent parfois à 40 km d’Angoulême. L’entreprise rembourse une partie des frais de déplacement en zone, mais pas le trajet domicile-travail. La prime carburant de 100 € annoncée par le gouvernement l’aidera un peu, à condition de remplir le formulaire à temps.
Les sorties et loisirs sont calibrés au minimum : 80 € par mois. Un restaurant avec Manon tous les deux mois (55 € à deux), un McDo familial de temps en temps, une bière entre collègues le vendredi. Florian joue aussi au rugby en loisir — licence à 120 € l’an, soit 10 € par mois.
Le budget vêtements et équipement personnel tourne autour de 50 € mensuels lissés, en comptant les chaussures de sécurité qu’il doit renouveler deux fois par an (l’entreprise fournit une paire, la seconde est à sa charge). Les dépenses pour leur fille — couches, vêtements, jouets — ajoutent 70 € supplémentaires.
Quant aux vacances, le couple part une semaine par an chez les parents de Manon à Oléron et s’offre un week-end en gîte à l’automne. Budget annuel lissé : 75 € par mois. « On ne part pas à l’autre bout du monde, mais au moins on décroche. » Mais une fois tous ces postes additionnés, la marge restante a de quoi surprendre.
Ce qu’il reste quand tout est payé
Faisons le calcul. Les dépenses variables totalisent 825 € par mois. Ajoutées aux charges fixes de 1 246 €, on arrive à 2 071 € de dépenses totales. Il reste donc 79 € en fin de mois.
Soixante-dix-neuf euros. Pas de quoi fanfaronner, et Florian le sait. « Certains mois, on est à zéro. Une facture de garagiste, un anniversaire, et c’est fini. » Le couple possède un Livret A avec 2 800 € dessus — un filet de sécurité qu’ils essaient de ne pas toucher. Manon, de son côté, met 50 € par mois de ses propres revenus sur un PEL pour préparer un éventuel achat immobilier.
Le crédit auto, qui s’achèvera dans quatorze mois, libérera 185 € mensuels. C’est l’horizon que Florian attend avec impatience. « Le jour où je n’ai plus cette mensualité, je mets tout sur le Livret A. On vise 6 000 € de matelas avant de penser à acheter. » Un objectif modeste comparé au montant nécessaire pour vivre dignement selon les études récentes, mais réaliste à son échelle.
Pas de crédit conso, pas de découvert bancaire — c’est la règle absolue du couple. « Mon père était tout le temps à découvert. J’ai grandi avec cette angoisse. Même si on est serrés, on ne dépasse jamais. » Une discipline qui ressemble à celle d’autres profils modestes comme Sonia, coiffeuse à Perpignan, ou Nora, assistante maternelle à Besançon, qui naviguent chaque mois au centime près.
Pour contexte, le salaire médian en France tourne autour de 2 100 € nets mensuels. Florian se situe pile dans cette zone, celle où l’on n’est ni pauvre ni à l’aise — juste en équilibre. « On fait partie de ceux qui bossent dur sans jamais se sentir riches. Mais on a un toit, on mange bien, et notre fille ne manque de rien. C’est déjà pas mal, non ? »