Dans les comptes de Nora, assistante maternelle à Besançon à 1 580 € nets par mois
Nora, 38 ans, assistante maternelle agréée à Besançon, gagne 1 580 € nets par mois. Mère de deux enfants, elle accueille trois petits chez elle, du lundi au vendredi. Un salaire modeste, une organisation millimétrée, et quelques arbitrages qui surprennent. Voici comment elle répartit chaque euro.

Un salaire sous-estimé, mais pas si simple à calculer
Le salaire d’une assistante maternelle ne ressemble à aucun autre. Nora est employée par trois familles distinctes, ce qui signifie trois contrats, trois fiches de paie, trois employeurs différents. Au total, elle perçoit 1 580 € nets par mois pour l’accueil de trois enfants à temps plein.
À cela s’ajoutent les indemnités d’entretien — ces petites sommes versées par les parents pour couvrir les repas et les couches — qui représentent environ 180 € supplémentaires par mois. Ces indemnités sont exonérées d’impôt, ce qui n’est pas négligeable. Nora est donc à 1 760 € de revenus réels, mais elle base son budget sur les 1 580 € nets, les indemnités servant à couvrir les dépenses liées directement aux enfants accueillis.
Elle ne touche aucune prime, aucun treizième mois, et ses congés sont soumis aux vacances des familles employeuses. Certains mois d’été, quand une famille part trois semaines, le manque à gagner est immédiat. « En août, je peux tomber à 900 €. Je le sais à l’avance, alors j’anticipe en mars », explique-t-elle.
Des charges fixes qui laissent peu de marge
Nora vit en appartement de 80 m² à Besançon, dans le quartier des Chaprais. Son loyer charges comprises atteint 680 € par mois — raisonnable pour une ville où le marché locatif reste accessible, bien en dessous des grandes métropoles. Elle perçoit 120 € d’APL, ce qui ramène son reste à charge à 560 € effectifs.
Viennent ensuite les charges incompressibles, détail par détail :
- Électricité + gaz : 95 € (chauffage collectif, mais eau chaude individuelle)
- Assurance habitation + responsabilité civile professionnelle : 42 €
- Mutuelle santé (elle et ses deux enfants) : 68 €
- Forfait mobile : 12 €
- Abonnement internet : 28 €
- Netflix : 13,49 €
- Cantine scolaire des enfants : 48 €
Total charges fixes hors loyer : 306,49 €. Ajoutées au loyer net d’APL, ses dépenses contraintes atteignent déjà 866 € sur 1 580 €. Il reste donc 714 € pour tout le reste — courses, transports, enfants, loisirs, et ce qu’elle réussit à mettre de côté. Ce qui l’oblige à des choix que tout le monde ne ferait pas forcément.

Ce que mange réellement son budget au quotidien
Les courses représentent le poste le plus difficile à maîtriser. Nora fait ses achats au Lidl du quartier et complète chez Leclerc. Pour elle et ses deux fils de 8 et 11 ans, elle dépense en moyenne 280 € par mois en alimentation. Elle cuisine tous les soirs, les plats préparés sont rares. « Je fais des économies comme ça, mais ça prend du temps. Heureusement, mon travail est à domicile », reconnaît-elle.
Les repas des enfants accueillis sont financés par les indemnités d’entretien et ne pèsent pas sur son budget personnel.
Côté transports, Nora n’a pas de voiture. Elle utilise l’abonnement de bus urbain Ginko à 30 €/mois, et loue occasionnellement une voiture pour les week-ends familiaux, ce qui lui coûte environ 25 € lissés sur le mois. Sans voiture à entretenir, elle évite un poste qui grignote souvent plusieurs centaines d’euros dans d’autres budgets.
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Les loisirs sont comptés : 40 € par mois environ, entre une sortie ciné ou bowling avec les enfants, des livres d’occasion, et les activités scolaires. Les vacances, elles, sont financées à l’avance sur un compte dédié. Ce fonctionnement, Nora l’a mis en place après une année difficile. Mais ce n’est pas la seule surprise que réserve son bilan mensuel.

L’épargne : le pari difficile des fins de mois serrées
Après toutes ses dépenses, il reste à Nora entre 60 et 90 € en fin de mois. Un matelas très fin. Elle a pourtant mis en place une discipline stricte : un virement automatique de 50 € vers son Livret A le 5 de chaque mois, avant même de regarder son solde. « Si je ne le fais pas en automatique, je ne le fais pas », dit-elle simplement.
Son Livret A affiche aujourd’hui 3 200 € — un an et demi d’efforts. Elle n’a pas de PEL, pas d’assurance-vie, pas de plan épargne retraite. « Je sais que je devrais faire mieux sur la retraite, mais pour l’instant je survie au mois. » Son dossier de retraite l’inquiète : le régime des assistantes maternelles calcule les droits sur le salaire net, ce qui donne des pensions historiquement faibles.
Elle n’a aucun crédit à la consommation en cours — une fierté. Son seul engagement financier long terme est son loyer. Pas d’achat immobilier en vue : avec un revenu de 1 580 €, aucune banque ne lui accorderait un prêt seule, même pour un petit studio. L’indépendance financière reste un horizon lointain.
Le mois de décembre est le pire : cadeaux de Noël pour ses fils (budget fixé à 120 € au total, tenu bon an mal an), école, sortie en famille. Elle puise dans les 50 € économisés en octobre et novembre pour absorber le choc.

Ce que ce budget dit vraiment du métier
Pour contextualiser : le salaire médian en France est d’environ 2 000 € nets par mois selon l’INSEE. Nora gagne 420 € de moins — soit plus de 20 % en dessous de la médiane. Pourtant, elle travaille 45 heures par semaine, assume une responsabilité légale sur des enfants en bas âge, et passe sa certification de renouvellement d’agrément tous les cinq ans.
Son budget total mensuel se décompose ainsi :
- Loyer net d’APL : 560 €
- Charges courantes (énergie, assurances, mutuelle, abonnements) : 306 €
- Alimentation : 280 €
- Transports : 55 €
- Enfants / cantine / activités : 88 €
- Loisirs : 40 €
- Épargne : 50 €
- Reste disponible : environ 80 €
À titre de comparaison, Ambre, aide-soignante à Rouen, perçoit 1 720 € avec un poste alimentation similaire mais un loyer plus élevé. Nathalie, secrétaire médicale à Reims, à 1 840 €, dispose d’une marge mensuelle presque double. L’écart entre ces métiers du quotidien — tous indispensables — raconte quelque chose sur le pouvoir d’achat réel des classes populaires.
Nora résume son rapport à l’argent en une phrase : « Je ne suis pas dans le rouge, mais je ne suis jamais à l’aise. Y’a un mot pour ça, non ? »