Dans les comptes de Sonia, coiffeuse à Perpignan à 1 710 € nets par mois
Sonia a 38 ans, deux enfants de 7 et 11 ans, et elle coiffe depuis quinze ans dans le même salon de Perpignan. Son salaire net mensuel : 1 710 €. Pas de pension alimentaire, pas de compagnon sous le même toit depuis deux ans. Chaque euro a une destination précise. Voici comment elle s’organise — et ce qui coince en fin de mois.
Ce qui tombe sur le compte chaque mois
Son contrat affiche 35 heures par semaine, coefficient 170 de la convention collective de la coiffure. Le salaire brut tourne autour de 2 130 €, ce qui donne environ 1 710 € nets après prélèvement à la source. « Je suis non imposable grâce aux parts fiscales des enfants, donc le prélèvement à la source est à zéro », précise-t-elle.

À ce salaire fixe s’ajoutent quelques variables. Les pourboires représentent en moyenne 60 € par mois — « surtout l’été, avec les touristes ». Sonia perçoit aussi 376 € d’allocations familiales et d’APL combinées. Total des revenus réels : environ 2 146 € par mois. Un chiffre qui la place sous le salaire médian français, actuellement autour de 2 100 € nets pour un temps plein.
La prime de Noël versée par la CAF et un treizième mois partiel négocié avec son patron ajoutent environ 900 € répartis sur l’année, mais elle préfère ne pas les compter : « Ce sont des jokers, pas du budget courant. » Reste à voir comment ces 2 146 € mensuels se ventilent — et le premier poste va donner le ton.
Les charges fixes qui partent avant même d’y penser
Le loyer absorbe la plus grosse part. Sonia occupe un T3 de 58 m² dans le quartier Saint-Assiscle, à Perpignan. Loyer charges comprises : 620 €. Avec l’APL de 146 €, le reste à charge descend à 474 €. « Perpignan est moins cher que Montpellier ou Toulouse, c’est pour ça que je reste », dit-elle. Dans les villes où les loyers sont les plus bas, Perpignan figure régulièrement dans le top 10.

L’assurance habitation lui coûte 28 € par mois. La mutuelle, obligatoire via l’employeur, est prélevée directement sur la fiche de paie (déjà déduite des 1 710 €). Pour les enfants, elle complète avec une surcomplémentaire à 35 € par mois — « les lunettes du grand, c’est tous les ans ».
Côté transports, pas de crédit auto. Sa Clio de 2016 est payée depuis longtemps, mais l’assurance revient à 52 € par mois. Le forfait téléphone : 15,99 € chez un opérateur low-cost. Internet fixe : 19,99 €. Un seul abonnement streaming, Netflix standard avec pub, à 5,99 €. Comme Spotify a encore augmenté, elle a résilié il y a six mois.
L’électricité, dans un appartement tout électrique avec des radiateurs qui datent, monte à 95 € par mois en moyenne lissée sur l’année — « l’hiver, c’est plutôt 130 € ». L’eau : 32 €. La cantine des deux enfants : 87 € par mois au tarif le plus bas de la grille municipale. Total des dépenses fixes : environ 845 €. Il reste donc 1 301 € pour tout le reste. Mais « tout le reste », c’est là que ça se complique.
Courses, essence et les petits extras qui grimpent vite
Le poste alimentation est celui que Sonia surveille le plus. Elle fait ses courses principales le samedi matin au Lidl du quartier, complétées par un passage en milieu de semaine pour le frais. Budget mensuel : 420 €. « Avant je faisais Intermarché, mais j’ai gagné 60 € par mois en changeant d’enseigne. » Les magasins de déstockage alimentaire l’ont aussi tentée, mais il n’y en a pas assez près de chez elle.
L’essence représente 110 € par mois. Le salon est à huit kilomètres du domicile, et il faut compter les trajets école-périscolaire-maison. Elle a calculé : environ 900 km par mois. Avec le dispositif d’aide carburant, elle espère grappiller 50 € supplémentaires cette année.
Les sorties sont rares mais pas inexistantes. Un fast-food avec les enfants deux fois par mois : 35 €. Un café entre collègues le vendredi soir, une à deux fois par mois : 15 €. Le cinéma, une fois par mois avec les petits au tarif réduit : 16 €. Total loisirs et sorties : environ 66 € par mois. « On fait beaucoup de parcs gratuits, de plage l’été. Les enfants ne se plaignent pas — enfin, pas encore. »
Les vêtements, c’est Vinted presque exclusivement. Budget moyen : 40 € par mois pour les trois. Quelques personnes sur la plateforme en ont même fait un vrai business, mais Sonia reste côté acheteuse. Les dépenses de santé non remboursées (pharmacie, ostéopathe une fois par trimestre) tournent autour de 25 € mensuels lissés.
Le budget vacances est le poste fantôme. Sonia lisse 80 € par mois sur un sous-compte dédié, ce qui lui permet une semaine en camping l’été — « l’an dernier, c’était Argelès, à 45 minutes de la maison, mais les enfants avaient la piscine et le mini-club ». Total des dépenses variables : environ 741 €. Le calcul final approche, et c’est là qu’on voit si le mois tient debout.
Ce qu’il reste quand tout est payé
Revenus : 2 146 €. Dépenses fixes : 845 €. Dépenses variables : 741 €. Reste théorique : 560 €. Mais Sonia tempère immédiatement : « 560 €, c’est sur le papier. Dans la vraie vie, il y a toujours un truc. La machine à laver qui lâche, la sortie scolaire à 45 €, le cadeau d’anniversaire d’un copain des enfants. »
En réalité, elle estime mettre de côté entre 150 et 250 € selon les mois. L’épargne va sur un Livret A qui affiche actuellement 3 400 €. Pas de crédit à la consommation en cours. « J’ai eu un crédit revolving il y a cinq ans, j’ai mis deux ans à m’en sortir. Plus jamais. »
Son projet à moyen terme : passer le BP coiffure pour pouvoir, un jour, ouvrir son propre salon ou au moins devenir manager avec une revalorisation salariale. « En tant que coiffeuse qualifiée sans BP, je suis bloquée. Avec le BP, je pourrais viser 2 000 € nets. » Elle regarde aussi du côté des aides à la formation pour les salariés — son compte CPF affiche 2 100 €.
En attendant, chaque mois se joue au même rythme. Les 300 € d’écart entre ce qui rentre et ce qui sort ne laissent aucune place à l’imprévu coûteux. Le moindre pépin mécanique ou dentaire fait vaciller l’équilibre. Comme Ambre, aide-soignante à Rouen avec un salaire comparable, Sonia connaît cette frontière fine entre « ça passe » et « ça coince ».
« Je ne me plains pas, il y a pire. Mais quand on me demande pourquoi une coupe coûte 45 €, j’ai envie de répondre : regardez mon compte en banque, vous comprendrez que ce n’est pas la coiffeuse qui s’enrichit. » Le salaire médian français, à environ 2 100 € nets, reste 390 € au-dessus de ce que Sonia touche chaque mois. Quinze ans de métier, deux enfants, et la certitude que chaque euro compte — littéralement.