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« Je gagne 2 000€ par mois en deux heures par jour » : quand Vinted devient un juteux business pour les jeunes

Publié par Killian Ravon le 10 Mar 2026 à 17:30

Sur Vinted, la revente de vêtements ne ressemble plus toujours à un simple tri de placard. Entre achats en lots, recherche de niches rentables, outils automatisés et promesses de revenus diffusées sur les réseaux sociaux, une partie des jeunes transforme désormais la plateforme en activité régulière, parfois très structurée. Derrière l’image du vide-dressing pratique et malin, c’est tout un écosystème de micro-business qui s’installe, avec ses opportunités, ses zones grises et ses limites.

Deux jeunes adultes préparent et mettent en ligne des vêtements de seconde main depuis chez eux, illustration du business Vinted.
La revente sur Vinted attire de plus en plus de jeunes, entre gestion de stock, mise en ligne des annonces et préparation des colis.
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Au départ, le principe reste très simple. On achète bas, on revend plus cher. Cette logique n’a rien de neuf. Elle existe dans les brocantes, les dépôts-vente et sur eBay depuis longtemps. Ce qui change aujourd’hui, c’est la facilité d’accès. Le smartphone a compressé toute la chaîne dans une seule interface : repérer une annonce, négocier, payer, publier, emballer et expédier.

Le passage du “petit complément” à l’activité quasi quotidienne devient donc beaucoup plus rapide qu’avant. Dans le même temps, la seconde main a pris une place beaucoup plus importante dans la consommation textile. Selon l’IFM, elle représentait 11,8 % des achats d’habillement en valeur au premier semestre 2025, et même 17,5 % chez les 18-34 ans. L’ADEME note aussi que 42 % des Français achètent sur des plateformes de seconde main, Vinted étant utilisée par 90 % d’entre eux.

Un basculement sociétal qui attire

Ce basculement explique en partie pourquoi Vinted attire autant. Pour une génération qui compose avec le coût du logement, l’inflation et des budgets serrés, la plateforme peut donner l’impression d’un revenu souple, accessible et immédiat. Elle permet aussi d’apprendre des réflexes très concrets : fixer un prix, comparer le marché, soigner une présentation, répondre vite, fidéliser un acheteur. Autrement dit, la revente en ligne ressemble parfois à une première école du commerce. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si des médias et des reportages télévisés montrent désormais des “super-vendeurs” ou des revendeuses qui gèrent presque un mini-stock à domicile.

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Des portants chargés de vêtements dans une friperie, symbole de l’approvisionnement en seconde main. Crédit : MAKY.OREL.

Pourquoi Vinted séduit autant les jeunes

Le succès du modèle tient d’abord à sa flexibilité. Un job étudiant impose des horaires. Vinted, lui, permet de publier une annonce dans le bus, de répondre à un message entre deux cours ou de préparer des colis le soir. Cette souplesse change beaucoup de choses pour des jeunes qui veulent gagner un peu d’argent sans signer un contrat classique. Elle alimente aussi un imaginaire très puissant : celui d’une autonomie financière construite seul, depuis sa chambre, sans patron et sans diplôme spécifique.

Les réseaux sociaux amplifient encore ce mouvement. Des vidéos montrent des ballots de vêtements ouverts à la chaîne, des marges calculées en direct, des captures de cagnottes et des conseils pour publier “au bon moment”. Le discours est efficace parce qu’il donne l’impression d’une recette simple. Pourtant, cette mise en scène masque souvent le temps passé à sourcer les pièces, l’argent immobilisé dans le stock, les frais annexes, les invendus et l’usure mentale liée à la répétition. Les reportages de TF1 sur les vendeurs très actifs insistent d’ailleurs sur la réalité logistique derrière ce business : repérage, stockage, mise en ligne, manutention, expédition et travail sur les photos.

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Ce glissement vers une activité plus professionnelle est visible jusque chez Vinted elle-même. La plateforme propose désormais Vinted Pro dans plusieurs marchés, dont la France, pour des vendeurs enregistrés comme entrepreneurs, associations ou sociétés. Ces comptes sont identifiés par un badge “Pro”, peuvent vendre en plus grande quantité et doivent afficher des informations obligatoires liées à leur statut. En parallèle, Vinted rappelle que la vente commerciale n’est pas autorisée sur les comptes ordinaires et qu’un concurrent peut être suspendu si la plateforme estime qu’il sert à une activité pro dissimulée.

Une sélection de pièces prêtes à être revendues, entre tri, sourcing et mise en ligne. Crédit : MAKY.OREL.

Vinted, entre débrouille étudiante et professionnalisation discrète

C’est là que le sujet devient plus intéressant que le simple cliché de “l’argent facile”. Dans la pratique, plusieurs profils coexistent. Il y a d’abord celui qui revend ses propres vêtements et grappille quelques dizaines ou centaines d’euros par mois. Il y a ensuite le chineur régulier, qui fréquente brocantes, friperies ou ressourceries pour dégager une marge. Enfin, il y a le revendeur beaucoup plus structuré, qui travaille presque comme un commerçant, avec sourcing, volume, stratégie de publication et parfois formation vendue à d’autres.

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Cette professionnalisation plus discrète transforme l’expérience des utilisateurs. Quand un acheteur ouvre Vinted, il ne tombe plus seulement sur des particuliers qui vident leur armoire. Il croise aussi des vendeurs très rodés, capables de mieux photographier, de mieux titrer, de mieux référencer et de publier beaucoup plus vite que le reste du marché. Sur une plateforme pensée à l’origine comme un vide-dressing entre particuliers, cela modifie forcément l’équilibre. La seconde main ne disparaît pas, mais elle adopte de plus en plus les codes du e-commerce. Des expertes de la consommation interrogées par TF1 décrivent justement cette reprise des codes classiques de l’e-commerce sur les plateformes de seconde main.

Dans ce contexte, les bots et l’automatisation cristallisent les critiques. La promesse est connue : être alerté plus vite, acheter avant les autres, repérer des mots-clés, optimiser les annonces. Le problème, c’est que ces outils accentuent encore l’écart entre l’utilisateur occasionnel et celui qui traite la plateforme comme un terrain de chasse permanent. Ils nourrissent aussi le sentiment que Vinted n’est plus tout à fait un espace de revente entre particuliers, mais un marché hybride où se mêlent débrouille, spéculation et semi-professionnalisation.

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Les marchés aux puces restent un terrain de chasse privilégié pour la revente textile. Crédit : Fons Heijnsbroek.

Les zones grises : fiscalité, statut et règles à ne pas ignorer

Le vrai point de friction, ce n’est pas seulement la morale du “resell”. C’est le cadre. Beaucoup de jeunes entendent parler d’un seuil de 2 000 euros ou de 30 ventes et pensent qu’au-delà, tout devient automatiquement imposable.

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En réalité, c’est plus nuancé. Les plateformes doivent remonter certaines informations dans le cadre de DAC7 lorsqu’un vendeur dépasse plus de 30 opérations ou 2 000 euros sur l’année. Mais ce signalement n’équivaut pas, à lui seul, à une taxation automatique. L’administration fiscale rappelle que la vente occasionnelle de biens personnels d’occasion n’est pas imposable dans la plupart des cas. Elle précise aussi qu’un bien peut devenir imposable lorsqu’il est vendu plus de 5 000 euros avec bénéfice, hors exceptions prévues par les textes.

L’importance de la nature réelle de l’activité

La différence essentielle se joue donc ailleurs : dans la nature réelle de l’activité. Revendre ponctuellement ses propres affaires n’a pas le même sens qu’acheter des produits dans le but de les revendre avec marge. À partir du moment où l’intention lucrative devient centrale, où les volumes augmentent et où l’activité ressemble à un commerce, le statut de simple particulier devient beaucoup plus fragile. C’est précisément pour cela que Vinted a ouvert un canal “Pro” et impose à ces vendeurs des obligations spécifiques d’identification et d’information.

Une autre zone grise concerne le dropshipping déguisé. Sur le papier, un vendeur peut être tenté de présenter comme “bonne affaire” ou “pièce tendance” un article sourcé ailleurs et expédié par un tiers. Or, dès qu’on entre dans cette logique commerciale, le droit de la consommation s’applique beaucoup plus nettement. La DGCCRF rappelle que le professionnel reste responsable du produit vendu, du délai de livraison, de l’information donnée au consommateur et des pratiques trompeuses. Là encore, on s’éloigne fortement du simple vide-dressing.

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L’économie circulaire du vêtement passe aussi par les échanges et la revente entre particuliers. Crédit : Neesa Rajbhandari.
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L’IA et les arnaques compliquent encore le tableau

À cette professionnalisation s’ajoute désormais une autre dérive : l’usage de l’IA pour embellir ou maquiller des annonces. En janvier 2026, TF1 expliquait que des vendeurs utilisaient des images générées ou retouchées par IA pour faire paraître un vêtement plus désirable, plus luxueux ou en meilleur état qu’il ne l’est réellement. Le reportage pointait aussi le lien entre ces pratiques et la revente d’articles issus de l’ultra fast fashion à des prix artificiellement gonflés.

Ce phénomène change la nature même de la confiance sur la plateforme. Pendant longtemps, l’acheteur regardait surtout les notes, les photos et la description. Désormais, il doit aussi se demander si l’image représente réellement le produit. L’IA n’est donc pas seulement un outil d’optimisation pour les vendeurs. Elle devient un nouvel outil de brouillage, voire de tromperie. Sur un marché déjà saturé d’offres, cette sophistication technique rend la concurrence plus rude pour les vendeurs honnêtes et augmente le risque de déception pour les acheteurs.

Cette dérive intervient au moment où la mode elle-même se recompose. L’IFM explique que le marché français est désormais travaillé en profondeur par la seconde main, l’ultra fast fashion et de nouvelles régulations. L’ADEME rappelle de son côté que l’achat de seconde main est encore largement motivé par la bonne affaire plus que par le seul réflexe écologique. Cela dit beaucoup de la tension actuelle : Vinted peut servir à prolonger la durée de vie des vêtements, mais elle peut aussi devenir un accélérateur de rotation textile, surtout quand la logique de marge prend le dessus.

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Une scène de mise en place qui rappelle la dimension presque commerciale prise par certains circuits de seconde main. Crédit : Radu Juster.

Ce que dit vraiment ce “business Vinted”

Le phénomène raconte finalement quelque chose de plus large sur la jeunesse et le travail. Beaucoup de jeunes ne voient plus la revente comme une activité marginale. Ils y voient un revenu d’appoint, un terrain d’apprentissage, parfois un tremplin entrepreneurial. Sur ce point, il serait trop simple de balayer le sujet d’un revers de main. Apprendre à acheter, vendre, négocier et gérer une petite activité peut être formateur.

Mais le miroir déforme vite la réalité. Les exemples les plus visibles ne disent pas tout. Ils montrent rarement les invendus, les comptes bloqués, les litiges, les frais, la pression des évaluations, les risques de confusion avec une activité professionnelle ou les dérives trompeuses. Vinted n’est plus seulement une appli pratique pour faire de la place. C’est devenu un espace où se rencontrent la débrouille étudiante, la logique marchande, l’industrialisation discrète de la seconde main et, parfois, la promesse un peu trop belle d’un revenu simple.

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La plateforme reste donc un outil. Elle peut aider à mieux consommer, à récupérer un peu d’argent et à apprendre des réflexes utiles. Elle peut aussi encourager une course au volume et à la marge qui finit par vider le vide-dressing de son esprit d’origine. C’est tout l’enjeu du moment : comprendre que derrière les captures d’écran séduisantes et les promesses de gains rapides, le “business Vinted” ressemble moins à un raccourci vers l’indépendance qu’à une nouvelle forme de petit commerce, avec ses règles, ses risques et ses illusions sur le cadeau le plus revendu après les fêtes.

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