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Atteinte d’un cancer, elle est amputée de la mauvaise jambe par l’hôpital

Publié par Cassandre le 30 Sep 2026 à 7:09
Infirmière inquiète dans un couloir d'hôpital tamisé

Sharon Jacks devait perdre une jambe. Le cancer l’exigeait, l’opération était programmée, tout était prêt. Elle s’est pourtant réveillée avec la mauvaise jambe en moins. Selon la plainte déposée en Ohio, la marque du chirurgien serait restée sur la jambe saine, et deux vérifications de sécurité auraient bien eu lieu. Le détail le plus glaçant se cache dans les dossiers médicaux.

Une amputation programmée, une mauvaise jambe : ce que raconte la plainte de Sharon Jacks

Reprenons les faits. Sharon Jacks, une habitante de l’Ohio atteinte d’un cancer, devait subir le 19 septembre 2025 une amputation sous le genou de la jambe droite, à l’hôpital Selby General de Marietta. D’après une plainte de 32 pages obtenue par la chaîne WBNS, elle s’est réveillée sans sa jambe gauche.

Les médecins ont ensuite dû retirer aussi la jambe initialement prévue. La patiente est donc devenue double amputée. Elle a déposé plainte le 15 septembre contre son chirurgien, d’autres membres de l’équipe et l’établissement.

Son avocat, Brad Layne, n’a pas mâché ses mots devant le média local : « Elle est entrée au bloc, et à son réveil, on avait retiré la mauvaise jambe. » Il ajoute que cela « défie l’explication, évidemment ».

Dans un communiqué relayé par la chaîne WCHS, il estime qu’« il n’y a tout simplement aucune excuse ». Il parle d’un « échec complet et total de plusieurs professionnels de santé ». Ce genre de faute rappelle d’autres dossiers vertigineux, comme celui de cette patiente traitée onze ans pour une tumeur qui n’a jamais existé.

Mais l’erreur elle-même n’est pas le point le plus troublant du dossier. Ce sont les précautions qui, selon la plainte, avaient été prises.

La marque était sur la bonne jambe, deux vérifications avaient eu lieu… et pourtant

Avant toute intervention, une équipe chirurgicale est censée suivre un rituel précis. Le site opératoire est marqué sur le corps du patient. Puis vient le « time-out » : un temps d’arrêt au bloc pour confirmer l’identité de la personne, l’opération prévue et le côté à opérer.

Selon la plainte, ce contrôle engage tout le monde. Brad Layne insiste : « Chaque personne présente dans la salle est responsable de vérifier cela avant d’avancer. » Il cite le médecin, le personnel, les infirmiers et l’anesthésiste.

Le rôle de chacun est important, car ce type d’erreur figure dans une catégorie à part. La plainte la range parmi les accidents médicaux évitables les plus graves, ceux que le monde de la santé appelle des « never events », des événements qui ne devraient jamais arriver.

L’avocat va plus loin : « Ça ne devrait arriver dans aucune médecine, nulle part. Même pas en médecine vétérinaire. » Un cas encore plus lourd a déjà été jugé aux États-Unis : cette femme opérée d’un kyste, réveillée sans vessie, à qui la justice a accordé 17 millions de dollars.

Reste la question centrale : comment un tel enchaînement a-t-il pu passer entre les mailles ? Voici ce que les dossiers médicaux, examinés par l’avocat, montreraient.

D’abord, le chirurgien aurait bien marqué la bonne jambe avant que Sharon Jacks ne soit endormie. Ensuite, la marque serait restée en place après l’ablation de la mauvaise. « La marque était toujours sur la bonne jambe après que la mauvaise a été retirée », affirme Brad Layne.

Enfin, les dossiers indiqueraient que deux « time-outs » ont été réalisés. « Les dossiers disent que cela s’est fait deux fois, mais Mme Jacks est privée d’une jambe qui n’aurait jamais dû être retirée. »

Selon la plainte, l’équipe avait donc plusieurs occasions de repérer l’erreur et d’arrêter l’opération. Elle ne l’aurait « somehow », d’une manière ou d’une autre, jamais fait.

Bloc opératoire vide avec feutre chirurgical sur un plateau

L’hôpital admet un événement « évitable » : ce qu’il reconnaît, et ce qu’il souligne

Avant de voir la réponse de l’établissement, une remarque utile. Face à un diagnostic ou à une décision aussi lourde qu’une amputation, certains réflexes gratuits permettent de se protéger. Ils ne suppriment pas le risque, mais ils réduisent la part laissée au hasard.

Sollicité par WBNS, Selby General Hospital ne conteste pas les grandes lignes. Il confirme qu’un « événement chirurgical indésirable » s’est produit en septembre 2025. Il assure que l’équipe a « réagi immédiatement » pour répondre aux besoins médicaux de la patiente et soutenir sa famille.

L’aveu le plus net vient ensuite. Selon l’hôpital, son examen interne « a confirmé qu’il s’agissait d’un événement évitable » et que les procédures attendues au bloc opératoire n’ont pas été respectées. Les personnes concernées auraient été tenues responsables de leurs actes et ne seraient plus à leur poste.

L’établissement met aussi en avant un contrôle extérieur. Il dit avoir « pleinement coopéré » à une revue du département de la Santé de l’Ohio, qui aurait confirmé que ses protocoles chirurgicaux sont « sûrs et efficaces ». Des mesures correctives auraient été mises en place dans toute l’organisation pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise.

Les deux discours s’opposent donc sur un point précis. Pour la plaignante, le système de sécurité a échoué à plusieurs niveaux. Pour l’hôpital, le protocole est bon, mais il n’a pas été appliqué.

Le New York Post a contacté l’hôpital et l’avocat pour obtenir un commentaire supplémentaire. Et c’est maintenant à la justice de départager les versions.

Ce que la justice va devoir trancher

La plainte ne se contente pas d’une accusation générale. Elle détaille neuf chefs, dont la négligence grave, la conduite imprudente et la négligence de l’établissement lui-même. Le chirurgien, les membres de l’équipe et l’hôpital sont tous visés.

Ils sont accusés d’« un manquement complet aux règles de sécurité de base ». Il s’agit pour l’instant d’allégations : aucune décision judiciaire n’a été rendue, et la procédure ne fait que commencer.

Sharon Jacks réclame des dommages et intérêts compensatoires et punitifs. Ils couvriraient les frais médicaux passés et futurs, la souffrance, la détresse émotionnelle, le handicap permanent et la perte de plaisir de vivre. Le montant n’est pas précisé dans les éléments dont on dispose.

Son avocat, lui, insiste sur la durée du drame : « Chaque jour pour le reste de sa vie, Sharon Jacks doit vivre avec les conséquences de ces échecs. » Cette phrase résume l’enjeu, au-delà de l’argent.

D’autres histoires montrent que les erreurs d’identification ou de diagnostic peuvent bouleverser une vie entière. Cet homme réveillé d’un coma sans ses deux bras ni une jambe en est un exemple frappant. Ailleurs, dans un autre registre, des familles ont dû découvrir qu’un mauvais donneur avait été utilisé dans une clinique de fertilité.

Ce qu’il faudra surveiller ensuite : la réponse écrite des défendeurs, la place que prendront les dossiers médicaux dans les débats et l’éventuelle suite donnée par les autorités sanitaires.

Le mot de la fin appartient à un principe simple : quand tout le monde vérifie et que personne ne voit, c’est peut-être que personne ne regarde vraiment.

Et si vous pensiez qu’un bloc opératoire est le lieu le plus sûr au monde, ce qu’il a suffi de quatre minutes pour coûter à un alpiniste sur l’Everest montre à quelle vitesse tout peut basculer.

Et quand la santé dépend d’une minute, la réponse qu’a reçue cette femme enceinte en urgence vitale pose une tout autre question.

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