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« Je n’ai personne qui va à Sète » : enceinte et en urgence vitale, elle accuse le Samu de l’avoir abandonnée

Publié par Elsa Fanjul le 17 Avr 2026 à 10:46

Le 29 mars dernier, Marie, 34 ans, enceinte et mère de deux enfants, s’effondre dans sa salle de bains à Frontignan, dans l’Hérault. Douleurs insoutenables dans le bas-ventre, malaise, vomissements. Elle appelle le Samu. Selon son témoignage, le médecin régulateur refuse d’envoyer une ambulance. Il lui aurait répondu, mot pour mot : « Je n’ai personne qui va à Sète. » Ce qui suit est un enchaînement de minutes qui auraient pu lui coûter la vie.

Un appel au secours resté sans réponse

C’est son fils qui insiste pour qu’elle décroche le téléphone. Marie souffre tellement qu’elle peine à parler. Pourtant, elle fait l’effort d’expliquer sa situation au médecin régulateur du Samu : elle est suivie pour un risque de grossesse extra-utérine, avec des contrôles toutes les 48 heures. La douleur est devenue insupportable. Elle a besoin d’aide, immédiatement.

Téléphone posé au sol dans une salle de bains la nuit

La réponse qu’elle reçoit la glace. Comme elle le raconte à Midi Libre, le médecin se montre « très froid » et lui signifie qu’aucun véhicule n’est disponible pour se rendre dans le secteur de Sète. Pas de solution de remplacement, pas de rappel prévu. Marie reste seule, à l’agonie, dans sa salle de bains.

Ce n’est malheureusement pas un cas isolé. D’autres témoignages similaires ont déjà fait surface en France, comme celui de cette femme enceinte en détresse dont le Samu avait également refusé de se déplacer. Mais dans le cas de Marie, la suite a failli tourner au drame irréversible.

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Trente minutes qui changent tout

Sans ambulance, c’est la mère de Marie qui finit par arriver, une trentaine de minutes plus tard. Elle la trouve effondrée, la descend tant bien que mal de son appartement et la conduit elle-même à l’hôpital. À l’arrivée, la tension de Marie est tombée à 8. Elle vomit de nouveau. Puis elle perd connaissance.

Les médecins de la maternité de Sète découvrent alors l’étendue des dégâts : une de ses trompes s’est rompue. C’est l’une des complications les plus dangereuses d’une grossesse extra-utérine — une hémorragie interne qui peut tuer en quelques heures si elle n’est pas traitée. Marie est opérée en urgence dans la nuit. Sa trompe lui est retirée.

Couloir d'hôpital la nuit avec un brancard en mouvement

Au total, elle perd 2,5 litres de sang. Pour donner un ordre d’idée, le corps humain en contient environ cinq. Marie a perdu la moitié de son volume sanguin avant d’être stabilisée. Elle est transfusée cinq fois. Plus de quinze jours après, comme elle le confie à France 3, elle n’a toujours pas récupéré.

La question que se pose Marie — et que beaucoup de lecteurs se poseront — est brutale : si l’ambulance était venue, aurait-elle perdu sa trompe ? Aurait-elle perdu autant de sang ? Le cas de cette femme refoulée des urgences qui avait accouché sur un parking rappelle à quel point chaque minute compte dans ces situations.

« C’est dur de se dire qu’on a perdu une partie de son corps »

Depuis l’opération, Marie ne dort presque plus. Elle n’arrive pas à manger. La perte de sa trompe, au-delà du risque vital qu’elle a traversé, représente un traumatisme profond. « C’est dur de se dire qu’on a perdu une partie de son corps. J’ai failli mourir en fait… », confie-t-elle. À 34 ans, cette amputation réduit aussi ses chances de concevoir naturellement à l’avenir.

Marie tient cependant à distinguer deux réalités. D’un côté, le personnel de la maternité de Sète, qu’elle salue pour sa réactivité et son humanité une fois qu’elle est arrivée sur place. De l’autre, la régulation du Samu ce soir-là, qu’elle juge « inadmissible ». Elle est convaincue que si les secours étaient intervenus plus tôt, les conséquences auraient été bien moins graves.

Son témoignage s’inscrit dans un contexte plus large de saturation des urgences en France, où les moyens manquent et où les choix de régulation deviennent parfois des paris sur la vie des patients. Comme ce père qui avait découvert la mort de son fils dans des circonstances hospitalières tout aussi révoltantes.

Le CHU de Montpellier botte en touche

Façade d'un CHU français au crépuscule avec ambulance

Contacté par France 3, le CHU de Montpellier — dont dépend le Samu de l’Hérault — s’est retranché derrière le secret médical. L’établissement a indiqué être « soumis aux obligations strictes de confidentialité et de secret médical, garantes du respect de la vie privée de ses usagers ». Une formule classique qui ne répond à aucune des questions posées par le témoignage de Marie.

Le CHU a toutefois ajouté qu’« une analyse approfondie est en cours avec les équipes concernées ». Ce qui signifie, en langage hospitalier, que l’appel du 29 mars sera réécouté et que la décision du médecin régulateur sera examinée. Reste à savoir si cette enquête interne débouchera sur des conclusions rendues publiques — ce qui est rarement le cas. La question du secret médical sert souvent à la fois de protection pour les patients et de bouclier pour les institutions.

Pour l’instant, Marie n’a pas indiqué si elle comptait porter plainte. Mais son témoignage, relayé par Midi Libre puis par France 3, met en lumière un dysfonctionnement que beaucoup de Français redoutent : appeler le 15 et s’entendre dire qu’il n’y a personne de disponible. Quand on sait que la prise en charge des soins fait déjà débat, ce type d’affaire ne fait que renforcer l’inquiétude.

Grossesse extra-utérine : pourquoi c’est une urgence absolue

Une grossesse extra-utérine survient quand l’embryon s’implante en dehors de l’utérus, le plus souvent dans une trompe de Fallope. L’embryon ne peut pas se développer normalement dans cet espace trop étroit, et la trompe finit par se rompre sous la pression. C’est exactement ce qui est arrivé à Marie.

Selon les données médicales, cette complication concerne environ 2 % des grossesses en France, soit environ 15 000 cas par an. La rupture de la trompe provoque une hémorragie interne massive qui peut être fatale en l’absence de chirurgie rapide. C’est pourquoi toute douleur abdominale violente chez une femme enceinte en début de grossesse est considérée comme une urgence chirurgicale jusqu’à preuve du contraire.

Marie avait pourtant donné cette information au médecin régulateur : elle était suivie pour un risque de grossesse extra-utérine. Elle bénéficiait d’un contrôle toutes les 48 heures, ce qui prouve que le risque était identifié et pris au sérieux par son gynécologue. La décision de ne pas envoyer d’ambulance, dans ce contexte précis, pose une question médicale et éthique à laquelle le CHU de Montpellier devra répondre.

En attendant, Marie continue de récupérer, entourée de ses deux enfants et de sa famille. « J’étais en train de crever dans ma salle de bains, il me fallait du secours », répète-t-elle. Une phrase qui résonne comme un avertissement pour tous ceux qui pensent que le 15, en France, répond toujours.

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