Ex-membre de l’Isis, il faisait ses courses à côté du château de Windsor : le dossier qui embarrasse Londres

Un supermarché Co-op, une rue tranquille, un château royal en toile de fond. Rien d’anormal, sauf que l’homme qui y faisait ses courses aurait appartenu à l’Isis, selon le Mail on Sunday. Condamné en Allemagne, puis au Royaume-Uni, il aurait déposé une nouvelle demande pour rester dans le pays. Et la facture promet d’être salée.
Un Co-op, un bracelet électronique et le château de Windsor : la scène qui met Londres en ébullition
Le Mail on Sunday affirme avoir repéré la semaine dernière Mohammed Yaseen, un Irakien, en train de faire ses courses dans un Co-op tout proche du château de Windsor. L’homme était hébergé dans un foyer sous contrôle judiciaire de la ville. Il venait de sortir de prison.
Sa peine ? Deux ans pour être entré illégalement au Royaume-Uni à bord d’un petit bateau traversant la Manche. Il n’en aurait purgé que six mois. Un tribunal britannique aurait pourtant entendu qu’il « posait un danger pour tout le Royaume-Uni ».
D’après le journal, il pouvait circuler en ville à condition de porter son bracelet électronique et de respecter un couvre-feu de 18 h à 6 h. En revanche, rien ne semblait lui interdire de se rendre dans le Windsor Great Park, ni aux abords du château.
Le contexte rend l’affaire plus explosive encore. Le roi Charles doit recevoir jeudi le sultan d’Oman pour un banquet d’État, et la famille du prince et de la princesse de Galles, avec leurs enfants, vit à proximité. Le duc et la duchesse d’Édimbourg résident eux aussi dans les environs.
Les élus ont réagi avec fureur. La question de la menace n’a rien d’anodin quand certains titres évoquent déjà une guerre totale imminente. Mais ici, c’est surtout le passé de l’homme qui glace, et il remonte à ses 16 ans.
Des bombes dès l’adolescence, des exécutions publiques : le passé que la justice allemande a exhumé
Mohammed Yaseen a grandi à Ar-Rutbah, dans l’ouest de l’Irak, un fief d’Al-Qaïda après l’invasion américaine de 2003. En 2006, à 16 ans, il aurait rejoint l’État islamique d’Irak, une émanation d’Al-Qaïda. Cette organisation était dirigée par Abu Musab Al-Zarqawi, qui décapitait des otages occidentaux devant les caméras.
Parmi eux, le Britannique Ken Bigley, ingénieur de Liverpool de 62 ans, exécuté en 2004. Selon le tribunal de Düsseldorf, Yaseen aurait posé au moins 13 bombes sur les routes autour d’Ar-Rutbah, alors qu’il était encore adolescent. En 2020, la même cour aurait aussi entendu qu’il était impliqué dans des attentats à la bombe qui ont tué des soldats américains.
Les documents du procès le décrivent ensuite comme un cadre local de l’Isis. Il aurait servi de garde lors d’exécutions en plein air, armé d’une kalachnikov. Un couple accusé d’« adultère » aurait été lapidé, Yaseen étant chargé de contenir la foule venue assister à la scène.
Les procureurs allemands ajoutent qu’il aurait gardé deux exécutions de masse, dont certaines victimes étaient des enfants. Il a été reconnu coupable d’appartenance à l’Isis et condamné à quatre ans et neuf mois de prison.
Son itinéraire jusqu’en Angleterre intrigue autant. Arrivé en Allemagne en 2015, il avait demandé l’asile sans que les autorités connaissent son passé, et travaillait comme coiffeur à Bottrop. Une dénonciation a conduit à son arrestation en 2018, avec trois compatriotes.
À sa sortie de prison, Berlin a voulu l’expulser vers l’Irak. Un juge s’y est opposé : il existait un risque réel qu’il y soit maltraité, voire exécuté. Yaseen a alors tenté la Manche, l’une des 80 personnes interceptées par la Border Force en décembre. Il aurait donné un faux nom, avant que des contrôles biométriques de routine ne révèlent sa véritable identité.
Selon le journal, il aurait dit être venu parce que le Royaume-Uni « accepte tout le monde ». Il a désormais redéposé une demande pour rester, ce qui a stoppé les démarches d’expulsion du Home Office. Le Foreign Office aurait lui-même fait part de ses craintes qu’il subisse des « mauvais traitements » en Irak à cause de son passé. C’est le droit qui bloque, et ce n’est pas le plus cher à payer.

Aide juridictionnelle, hébergement, surveillance : l’addition qui fait bondir les élus
Dans un climat où les alertes sécuritaires se multiplient, comme lorsque des F-16 marocains ont stoppé un Airbus français en plein ciel, les parlementaires britanniques se sont focalisés sur le coût. Des experts juridiques cités par le Mail on Sunday estiment que Yaseen bénéficierait de l’aide juridictionnelle pour sa demande.
S’il allait jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme, la facture pour le contribuable pourrait atteindre 500 000 £. Et ce n’est qu’une partie de l’addition.
D’autres spécialistes soulignent qu’il faudrait le loger aux frais de l’État, lui verser une allocation alimentaire et le surveiller. Le coût annuel de son maintien au Royaume-Uni pourrait ainsi grimper jusqu’à 85 000 £.
Le député conservateur Chris Philp, ministre de l’Intérieur du cabinet fantôme, n’a pas mâché ses mots. « Nous payons une fortune pour nourrir, habiller et loger des individus qui représentent une menace évidente », a-t-il déclaré au journal. Il a ajouté que si Andy Burnham prenait le sujet au sérieux, il expulserait cet homme sur-le-champ.
Le procureur du procès de Winchester, Steven Molloy, avait de son côté évoqué une implication « profonde et prolongée » de Yaseen dans le terrorisme et l’idéologie extrémiste islamiste. Le paradoxe tient en une phrase : le pays voudrait le renvoyer, mais le risque qu’il soit maltraité en Irak l’en empêche pour l’instant.
Renvoyé en prison quelques heures après les questions du journal : l’affaire est loin d’être close
Dernier rebondissement : selon des sources gouvernementales, Yaseen a été remis en détention quelques heures après que le Mail on Sunday a contacté le Home Office. Une source du ministère de la Justice explique qu’il aurait enfreint son obligation de « bonne conduite » au foyer d’hébergement. Elle a ajouté : « Il n’est plus à Windsor. »
Le journal ne précise pas ce qui lui est reproché, ni combien de temps il restera derrière les barreaux. Sa demande pour rester au Royaume-Uni demeure en cours, et son expulsion reste suspendue. Rien n’indique, à ce stade, que le dilemme juridique soit tranché.
Reste la question politique. Pourquoi un homme présenté comme un danger pour tout le pays se promenait-il librement, avec pour seules limites un bracelet et un couvre-feu ? Les élus réclament des comptes, et le fait que son retour en cellule soit intervenu juste après l’appel du journal alimente leur colère.
Ce genre de dossier rappelle d’autres interpellations très médiatisées, où l’opinion s’enflamme avant même que la justice ait tout dit. Le contexte tient aussi au calendrier : un banquet d’État jeudi, une demande d’asile en suspens et des questions sur la surveillance. Parfois, une seule décision politique pèse bien plus lourd qu’elle n’en a l’air sur le moment.
Un homme jugé dangereux, un droit qui interdit de le renvoyer et une addition qui s’allonge : le dossier Yaseen résume le casse-tête de Londres. Il a été renvoyé en cellule, mais la demande pour rester reste ouverte.
Quand une rumeur ou une information s’emballe, on se demande toujours où est la vérité, et cette marche de 14 cm dont on accusait le maire d’Orléans en offre un autre exemple surprenant.
Quant aux affirmations qui ne résistent pas à l’examen, ce discours où Donald Trump a enchaîné les erreurs médicales mérite le détour.