« C’est mon propre camp qui m’attaque » : le concert de Barbara Butch stoppé par des militants LFI à Grenoble

Samedi soir, à Grenoble, une DJ de gauche est montée sur scène persuadée de jouer devant un public acquis à sa cause. Vingt minutes plus tard, elle quittait les lieux escortée par la sécurité, sous les jets de projectiles. Le plus troublant dans cette histoire, ce n’est pas qu’un concert ait mal tourné. C’est qui, précisément, se trouvait dans la foule hostile.
Un concert qui vire au chaos dès les premières minutes
Barbara Butch, tête d’affiche du festival Cabaret Frappé, était montée sur la scène du Jardin de Ville peu après 22h20. À peine le set lancé, entre 150 et 200 militants massés devant la scène se mettent à siffler et scander des slogans, selon les organisateurs et la presse locale.
Des drapeaux palestiniens surgissent, des banderoles se déploient. Certains manifestants adressent des doigts d’honneur à l’artiste, pendant que ses paroles et sa musique disparaissent sous les huées. La scène rappelle d’autres polémiques culturelles récentes, comme celle qui a entouré un magazine de mode confronté à une bronca inattendue de son propre lectorat.
La mairie affirme que des bouteilles en verre et d’autres objets ont été lancés vers la scène. Une partie des installations électriques du dispositif technique aurait même été sabotée, selon la Ville. Un climat de tension rare pour un concert programmé de longue date, et qui n’a rien d’un simple débordement isolé, comme le rappellent d’ailleurs certains dossiers sensibles où la vérité met du temps à émerger.
Après une vingtaine de minutes, la sécurité tranche
Face à l’escalade, les organisateurs et la mairie décident d’interrompre définitivement le spectacle. Barbara Butch quitte la scène sur les notes d’Imagine, de John Lennon, entourée par les équipes du festival. Vingt minutes de set pour des semaines de préparation.
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Car la venue de la DJ faisait l’objet d’un appel au boycott depuis le mois de mai, lancé notamment par l’antenne grenobloise de La France Insoumise. Les militants lui reprochent d’avoir signé une tribune soutenant une proposition de loi visant à élargir le délit d’apologie du terrorisme, un texte finalement retiré et accusé par ses détracteurs de menacer la liberté d’expression.
LFI Grenoble pointait aussi ses liens culturels avec Israël, dont une prestation donnée en 2025 dans les jardins de l’ambassadeur de France. Ses soutiens rétorquent que son engagement vise avant tout la lutte contre l’antisémitisme, pas un soutien à la politique israélienne.
Un débat qui n’est pas sans rappeler la manière dont certaines polémiques politiques s’enveniment vite quand les camps se figent. La mairie, elle, avait refusé toute déprogrammation avant le concert, au nom de la liberté de création.
Le détail qui change tout : c’est son propre camp qui l’a visée
Voilà le nœud de l’affaire, et ce qui rend cette histoire si troublante : Barbara Butch est une personnalité clairement identifiée à gauche. Ce ne sont pas des militants d’extrême droite qui l’ont prise pour cible, mais des soutiens pro-palestiniens et des sympathisants Insoumis, comme elle le reconnaît elle-même.
Au lendemain des incidents, la maire de Grenoble, Laurence Ruffin, a dénoncé des faits « d’une extrême gravité ». La Ville a annoncé porter plainte pour identifier les auteurs des violences et du sabotage présumé. L’adjoint à la culture Alexis Monge, également visé par des jets de bouteilles pendant son intervention, devrait lui aussi saisir la justice.
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a condamné « avec la plus grande fermeté » une atteinte jugée inacceptable à la liberté d’expression. La Licra dénonce quant à elle un « amalgame antisémite », qui ferait porter à une artiste juive la responsabilité de la politique de l’État d’Israël. Dimanche soir, l’avocate de Barbara Butch n’avait pas encore réagi publiquement.
Une DJ de gauche huée, insultée et privée de scène par des militants qui partagent pourtant une partie de ses convictions : voilà le paradoxe qui secoue Grenoble ce week-end. Jusqu’où le boycott culturel peut-il aller avant de se retourner contre ses propres alliés ?

- 20/07/2026 à 22:23Cela montre le haut degré d'intelligence et de discernement de ces électeurs
- 20/07/2026 à 09:53Voir une artiste de gauche prise à partie par des militants qui partagent pourtant ses convictions est un symptôme inquiétant : quand l’opposition systématique remplace le dialogue, on cristallise des camps qui ne cherchent plus à comprendre l’autre. Ce n’est pas la diversité d’opinions qui affaiblit nos sociétés, mais l’incapacité à débattre sans détruire. Les véritables ennemis de l’humanité restent les dictateurs et leurs soutiens financiers — milliardaires et dirigeants de multinationales — qui profitent de nos divisions. Ne laissons pas les querelles culturelles nous détourner de ce combat essentiel. Ne nous trompons pas de combat, ne nous laissons pas diviser.
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