40 millions d’euros bloqués : ce bras de fer entre Booba et Magali Berdah que personne ne voyait venir

Depuis 2022, Booba mène une guerre ouverte contre les influenceurs. Mais cette croisade lui coûte désormais très cher. 40 millions d’euros ont été gelés sur ses comptes, à la demande de Magali Berdah. L’audience du mercredi a révélé des échanges d’une rare violence entre les deux camps — et le verdict tombera le 9 juillet.
Booba contre Berdah : comment le rap français s’est retrouvé devant un juge d’exécution
Tout part d’une croisade numérique. En 2022, Elie Yaffa, alias Booba, décide de s’attaquer frontalement aux pratiques des influenceurs qu’il surnomme les « influvoleurs ». Sa cible principale : Magali Berdah, fondatrice de Shauna Events, agence spécialisée dans le marketing d’influence créée en 2016.
Le rappeur publie des centaines de messages sur les réseaux sociaux. Il cible directement les marques partenaires de Berdah, les incitant à rompre tout lien commercial avec elle. Selon le camp Berdah, cette campagne dépasse largement quelques publications isolées : on parle de plus de 400 tweets, relayés auprès de six millions d’abonnés.
Six millions. C’est « de l’ordre de la population du Danemark », souligne Me Étienne Feildel, avocat de Magali Berdah. Un chiffre qui donne la mesure de l’onde de choc. Et la justice a fini par s’en mêler.
Sur requête de Berdah, le tribunal judiciaire de Paris a évalué « provisoirement » sa créance — et celles des sociétés Shauna Events, Sublime Talent et MB Conseil — à 40 588 572 euros. Une somme à saisir sur les droits d’auteur du rappeur auprès de la Sacem, d’Universal Music France ou encore de Deezer.
Audience sous tension : mensonges, filiale à Dubaï et parfum d’abus de biens sociaux
L’audience de mercredi a tourné au règlement de comptes. Me Edouard Mille, l’un des trois avocats de Booba, a attaqué bille en tête. Selon lui, Magali Berdah a fait preuve « d’une prodigieuse déloyauté dans la présentation des faits » devant la justice, recourant à « un cumul de mensonges par omission ».
Premier angle d’attaque : les difficultés internes de Shauna Events. « Ce que Mme Berdah a oublié de vous dire, c’est qu’elle avait des difficultés avec ses fournisseurs », dont de nombreux « influenceurs non payés », lance Me Mille. Deuxième charge : une filiale à Dubaï, financée par trois millions d’euros issus de Shauna Events.
Me Jean-Yves Le Borgne, autre conseil du rappeur, n’y va pas par quatre chemins : « Le vieux pénaliste que je suis sent le parfum de l’abus de biens sociaux. » La défense de Berdah réplique : la filiale servait uniquement à payer des influenceurs basés à Dubaï.
Puis Me Mille sort un atout. Il fait écouter un enregistrement télévisé de septembre 2022 où Berdah elle-même reconnaît que son chiffre d’affaires a été « divisé par trois ». Mais selon l’avocat, cette chute n’a rien à voir avec les tweets de Booba. C’est une conséquence directe des décisions commerciales de Berdah elle-même, qui a choisi de « filtrer les annonceurs » face à un taux de refus croissant.

9 juillet : la date qui peut tout changer pour les 40 millions de Booba
Le bras de fer judiciaire se joue aussi sur le terrain du droit. Pour les avocats de Booba, ses publications relèvent du droit de la presse — pas du dénigrement commercial. Et en matière de presse, la créance serait prescrite. Un argument qui pourrait faire voler en éclats toute la procédure.
La défense du rappeur a demandé « la rétraction de l’ordonnance » qui a permis le gel des fonds, ainsi que 280 000 euros de dommages et intérêts pour le préjudice d’image causé par ces « saisies infondées ». À ce stade, seule la Sacem a formulé une première réponse aux requérants.
Le camp Berdah maintient sa position. Si un « début de mouvement sur la question de l’éthique des influenceurs » existait avant Booba, le marché restait « en pleine expansion » en 2022. Les tweets du rappeur auraient donc bien précipité la chute. Me Mille rétorque que « des dizaines d’articles » dénonçaient déjà les pratiques des influenceurs bien avant que Booba ne s’en mêle.
Le juge d’exécution rendra sa décision le 9 juillet. D’ici là, les 40 millions restent gelés.
Quarante millions d’euros suspendus à une question de droit : les tweets d’un rappeur relèvent-ils de la liberté de la presse ou du sabotage commercial ? La réponse, le 9 juillet, pourrait redessiner les règles du jeu entre célébrités et influenceurs en France. Et vous, vous êtes plutôt team Booba ou team Berdah ?