Louis Vuitton, Apple Store, Decathlon… : à Bordeaux, la marche contre la vie chère dérape en pillage

Samedi 17 octobre, Bordeaux devait voir défiler une manifestation contre la vie chère. Quelques heures plus tard, la rue Sainte-Catherine ressemblait à un champ de ruines commerciales, des grandes enseignes aux boutiques de luxe. Des casseurs ont été filmés en train de ressortir des magasins les bras chargés. Mais comment la journée a-t-elle basculé, et qui était visé en premier ? Tout se joue autour de 14h.
Une matinée calme, puis la rue Sainte-Catherine en première ligne
Rien, au départ, ne laissait présager un tel scénario. Selon Actu, la matinée a été plutôt calme en Gironde, malgré des semaines d’appels à manifester contre la vie chère.
Ces appels réclamaient une convergence des luttes : mouvement lycéen, gilets jaunes et syndicats dans la même rue, le même jour. Sur le papier, un grand rendez-vous social comme la France en connaît régulièrement.
Quelques actions ont bien eu lieu, notamment le blocage du pont Chaban-Delmas. Mais les grosses opérations annoncées sur la rocade ou aux différents péages, elles, n’ont pas eu lieu, toujours d’après le média.
Autrement dit, la mobilisation du matin n’avait rien de spectaculaire. C’est ailleurs, et plus tard, que l’histoire de la journée s’est écrite. Le même climat de tension traversait d’ailleurs d’autres villes ce jour-là, comme le racontait notre suivi des premiers incidents place de la République, à Paris, dès le matin.
À Bordeaux, le point de bascule est précis : juste avant 14h, au moment du rassemblement déclaré place de la Bourse. C’est là que la situation aurait dégénéré, selon Actu.
Quelques minutes ont suffi pour que l’ambiance change. Et les images qui ont ensuite circulé ne montraient plus du tout une manifestation classique. Que s’est-il passé, magasin après magasin ?
Des vitrines de luxe aux enseignes du quotidien : la liste qui fait froid dans le dos
Les images tournées sur place montrent des commerces ravagés et pillés dans la rue Sainte-Catherine, grande artère commerçante de Bordeaux. Des casseurs y sont filmés en train de ressortir des boutiques, les mains pleines de produits.
Le choix des cibles n’a rien d’anodin. Selon la source, ce sont d’abord des lieux symboliques du capitalisme qui ont été visés : Starbucks et l’Apple Store. Des vitrines que tout le monde reconnaît, même de loin.
Le luxe n’a pas été épargné non plus. Louis Vuitton et les Galeries Lafayette figurent parmi les adresses touchées. Une vidéo publiée sur le réseau social X, partagée avec le hashtag #17octobre, montrait le pillage de la boutique Louis Vuitton.
Mais le pillage ne s’est pas arrêté aux enseignes de prestige. Les boutiques de Nocibé, de Decathlon et de Jack & Jones ont elles aussi été pillées, d’après Actu. Le titre de la source cite en outre Free parmi les commerces concernés.
Ce mélange interroge : luxe, sport, beauté, mode, téléphonie. Impossible de lire une logique unique dans cette liste, et la source ne s’avance pas sur les motivations des casseurs. Le même contraste entre mot d’ordre social et débordements s’observait ailleurs, avec cette fac en feu à Rouen et ces 10 000 policiers mobilisés dès l’ouverture de la journée.
Reste la question que tout le monde se pose : combien de commerces ont réellement été touchés ? La réponse, à la fin de la journée, était la plus inconfortable de toutes.

Un bilan impossible à chiffrer, et des casseurs encore actifs en fin de journée
Pour comprendre l’ampleur des dégâts, il faut regarder ce que la source reconnaît elle-même ne pas savoir. Le nombre exact de commerces touchés n’est pas connu, selon Actu, pour une raison très simple : des casseurs agissaient encore en fin de journée.
Impossible, donc, de dresser un bilan définitif. Les commerçants n’avaient pas pu évaluer les pertes, et la rue vivait encore ses heures les plus agitées. Un décompte précis, avec le détail des vols et des dégradations, ne pouvait venir qu’après.
Avant même ce décompte, un autre élément a pesé : la résidence de la préfète a été dégradée. Ce fait, signalé par le média, donne une idée de l’intensité des débordements, qui ne se sont pas limités aux vitrines.
Face à cette situation, le Raid, unité d’élite de la police, a été déployé à Bordeaux. Un renfort qu’on n’associe pas, d’ordinaire, à une simple manifestation contre la vie chère.
Dans les jours précédents, certains appels à la mobilisation avaient déjà fait réagir les autorités. On pense notamment à ces appels à « la guerre » signalés à la justice par le préfet de police de Paris. Rien, dans la source, ne relie ces appels aux événements bordelais, et il serait faux de le suggérer.
Ce que la journée a montré est donc surtout un décalage. D’un côté, un mot d’ordre social porté par des lycéens, des gilets jaunes et des syndicats. De l’autre, des casseurs qui ont profité du rassemblement pour piller.
La suite dira si ce bilan s’alourdit. Mais une chose est déjà claire : pour beaucoup de commerçants bordelais, la journée du 17 octobre restera longtemps dans les mémoires.
Ce que cette journée change pour Bordeaux et pour la suite de la mobilisation
Le premier enjeu, pour les prochains jours, sera de mesurer les dégâts. Combien de magasins ont été pillés, pour quelle valeur, et combien de temps faudra-t-il pour rouvrir ? La source n’apporte aucun chiffre, il faudra donc attendre les bilans officiels.
Le deuxième enjeu concerne le mouvement lui-même. Les appels à manifester contre la vie chère demandaient la convergence des luttes. Les images de pillage risquent de brouiller ce message et de dominer le récit de la journée, au détriment des revendications d’origine.
D’autres initiatives ont d’ailleurs tenté de calmer le jeu avant le 17 octobre. C’est le cas de ce streameur qui, après avoir croisé un policier, a renoncé à son projet de blocus. Une anecdote qui rappelle que la mobilisation n’a jamais été un bloc homogène.
Elle attirait même au-delà des frontières. Certains appels visaient directement un public étranger, comme ces Anglais invités à manifester en France ce jour-là.
Reste enfin la question de la suite judiciaire. Aucune interpellation n’est mentionnée dans la source, et aucun auteur n’est identifié. Il serait donc prématuré de désigner des responsables.
Ce qui est sûr, c’est que la rue Sainte-Catherine a connu un samedi hors norme. Et que les prochains jours diront si cette journée marque un tournant pour le mouvement ou reste un épisode isolé.
Bordeaux a vu défiler une colère contre la vie chère, et des commerces s’en sont retrouvés vidés. Entre les deux, quelques minutes et un rassemblement place de la Bourse. Et pendant que les rues s’enflammaient, une autre scène se jouait à Paris : où se trouvait le couple présidentiel la veille des manifestations ?
Quant à ceux qui s’inquiètent du coût de la vie, cette hausse silencieuse que des millions d’épargnants n’ont toujours pas vue passer pourrait bien les concerner.