« Ça devenait ingérable » : blattes dans les cuisines et la salle, ce Buffalo Grill de Besançon fermé après l’alerte des salariés

Un steak, des frites, une grande table de famille en zone commerciale. Rien de plus banal qu’un repas dans un Buffalo Grill. Sauf que, à Besançon, les cuisines d’un restaurant de l’enseigne ont fini par ressembler à tout autre chose. La préfecture du Doubs vient de tirer le rideau, et les mots d’un salarié disent l’essentiel. Reste à savoir ce que les inspecteurs ont écrit noir sur blanc.
Un contrôle inopiné, puis le rideau baissé à Châteaufarine
Tout commence jeudi 8 octobre 2026. Des inspecteurs de la DDETSPP (Direction départementale de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations) se présentent sans prévenir dans un restaurant Buffalo Grill de la zone commerciale de Châteaufarine, à Besançon.
Le lendemain, vendredi 9 octobre, l’établissement ferme ses portes. Entre les deux, un constat jugé suffisamment grave pour justifier une fermeture administrative. Le délai est court, et il en dit long sur ce que les agents ont vu.
Selon La Dépêche du Midi, les contrôleurs ont relevé de graves manquements à l’hygiène et la présence d’insectes nuisibles. Pas dans un recoin oublié : la salle de restauration, les réserves et les cuisines auraient toutes été touchées. Autrement dit, là où l’on mange, là où l’on stocke et là où l’on cuisine.
Ce type de décision ne tombe pas par hasard. Elle s’appuie sur un texte officiel, l’arrêté préfectoral, qui détaille les reproches un par un. Et l’une de ses phrases est particulièrement dure, comme on le verra plus loin. Mais avant cela, une question : qui avait donné l’alerte bien avant les inspecteurs ?
Des mois d’alertes et un personnel à bout
La réponse est simple : les salariés eux-mêmes. D’après France 3 Bourgogne Franche-Comté, la situation était devenue difficile pour la trentaine de membres du personnel.
Certains redoutaient de ramener les nuisibles chez eux. Un employé résume : « Ça durait depuis des mois. Ça devenait ingérable. » Une phrase simple, qui pèse plus lourd qu’un communiqué.
Selon nos confrères, une cliente aurait même récemment trouvé un cafard dans son plat. Ce détail reste rapporté au conditionnel, mais il montre que le problème ne se limitait plus aux coulisses. Un traitement contre les nuisibles avait pourtant été réalisé ces dernières semaines.
Il n’a pas suffi à éradiquer les insectes. C’est ce que retient l’administration : malgré une intervention, l’infestation persistait. Ce genre de scénario rappelle ce restaurant breton fermé d’urgence pour cafards et moisissures, où le même mot revenait sans cesse : ingérable.
Alors, que dit exactement le texte qui a scellé le sort du restaurant ? C’est là que le dossier prend une tournure plus froide, et plus précise.

Ce que l’arrêté préfectoral reproche noir sur blanc
Avant le détail, un point de méthode : les fermetures préfectorales après contrôle sanitaire suivent toujours le même chemin, un constat puis un arrêté motivé. Ici, le texte est limpide.
L’arrêté, consultable dans le recueil des actes administratifs du Doubs, indique que « les denrées alimentaires sont manipulées dans des locaux malaisés à nettoyer et à désinfecter dont les revêtements sont souillés et comportant une source d’insalubrité ».
Le document ajoute que cette situation constitue « une source de contamination grave par les germes pathogènes ». C’est la clé du dossier : ce n’est pas seulement la vue des blattes qui motive la fermeture, c’est le risque de contamination des aliments.
Concrètement, les revêtements souillés et difficiles à désinfecter empêchent un nettoyage correct. Les insectes trouvent alors un terrain idéal, et les denrées manipulées sont exposées. Voilà pourquoi la préfecture parle de danger, et non de simple désagrément.
Reste la question que tout le monde se pose : le restaurant rouvrira-t-il, et à quelles conditions ? La préfecture a fixé une feuille de route précise.
Réouverture : ce que la direction doit encore prouver
La préfecture du Doubs impose à la direction un nettoyage profond, des travaux de réfection et un plan de lutte efficace contre les nuisibles. Tous les personnels devront aussi suivre une formation aux règles d’hygiène.
Rien ne rouvrira sans feu vert : la réouverture reste conditionnée à une nouvelle visite de contrôle. Pendant la fermeture, les employés conservent leur rémunération, un point rassurant pour la trentaine de salariés concernés.
Buffalo Grill affirme de son côté que « l’hygiène de nos locaux est notre priorité absolue pour assurer la meilleure expérience à nos clients ». La direction dit ne pas avoir attendu la fermeture administrative pour prendre de nouvelles mesures.
Elle ajoute que « le restaurant devrait rouvrir ses portes très prochainement ». Cette échéance relève de l’enseigne : tout dépendra du verdict de la prochaine inspection. Et d’ici là, d’autres dossiers du même genre montrent que le scénario n’a rien d’isolé, y compris pour un fast-food de youtubeur à Paris.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochains jours
Le premier rendez-vous est la contre-visite. Elle dira si le nettoyage, les travaux et le plan antinuisibles tiennent la route. Tant qu’elle n’a pas eu lieu, aucune date de réouverture ne peut être garantie, malgré l’optimisme affiché par l’enseigne.
Le second point concerne les salariés. Leur salaire est maintenu, mais ils devront passer par la case formation à l’hygiène. Ce sont eux qui ont tiré la sonnette d’alarme, et c’est à eux que reviendra l’application quotidienne des nouvelles règles.
Un autre enseignement vaut pour tous les clients : l’alerte des équipes précède souvent celle des autorités. Dans ce dossier, l’infestation durait « depuis des mois » selon un employé, alors que le contrôle n’a duré qu’une journée avant la fermeture.
Ce n’est pas la seule enseigne à devoir rendre des comptes sur la propreté de ses locaux. Du côté de la distribution, des magasins Aldi sont aussi sous pression pour des rats et une rupture de la chaîne du froid.
Quant à l’enjeu pour Buffalo Grill, il tient en une image : un restaurant fermé en zone commerciale, des tables vides, et une réputation à reconstruire repas après repas. Les prochains jours diront si la promesse d’une réouverture rapide se concrétise.
Un cafard dans l’assiette et des salariés qui n’en pouvaient plus : voilà ce qui a fait tomber le couperet, bien avant l’arrêté. Et si vous vous demandez jusqu’où peut aller une fermeture, le plus grand food-court halal de France fermé pour « risque grave » vous réserve une surprise. Et si l’on vous refuse un geste simple au restaurant, ce que la loi impose depuis 2021 pour le doggy bag pourrait vous faire changer de table.