« Celui qui a fait ça est un psychopathe » : des câbles tendus en travers d’un sentier du Doubs piègent deux ados à VTT
Samedi 18 avril, ce qui devait être une simple sortie VTT en famille dans le Haut-Doubs s’est transformé en cauchemar. Nicolas Siron roulait avec son père et ses deux fils adolescents lorsque l’aîné, 15 ans, a violemment percuté un câble tendu en travers du chemin. Son frère de 13 ans a été entraîné dans la chute. Plus loin sur le même sentier, d’autres câbles attendaient, tendus à hauteur d’homme. Le père, sous le choc, a immédiatement donné l’alerte sur les réseaux sociaux.
Une balade familiale qui vire au piège
Ce samedi-là, la météo du Haut-Doubs invitait à profiter des sentiers. Nicolas Siron, installé du côté de Morteau, avait prévu une sortie tranquille avec trois générations : son père, lui-même et ses deux garçons. Le parcours emprunte un sentier régulièrement fréquenté par les promeneurs et les vététistes, situé non loin de la commune de Villers-le-Lac.
Le groupe roule à allure normale quand l’aîné de 15 ans percute de plein fouet un câble tendu en travers du passage. La chute est brutale. Son frère cadet, âgé de 13 ans, n’a pas le temps de réagir et se retrouve lui aussi au sol. En quelques secondes, deux adolescents gisent sur le chemin, leurs VTT enchevêtrés. Le père, qui roulait juste derrière, découvre ses deux fils à terre.
Les blessures sont heureusement superficielles — éraflures, contusions. Mais la scène aurait pu être d’une tout autre gravité. Un câble tendu à hauteur de poitrine ou de cou, percuté à la vitesse d’un VTT en descente, peut provoquer des lésions cervicales gravissimes. Ce type de piège a déjà coûté la vie à des motards et des cavaliers en France ces dernières années. Et ce qui attendait quelques dizaines de mètres plus loin n’était pas plus rassurant.
Pas un câble, mais plusieurs : un dispositif délibéré
Encore sous le choc, Nicolas Siron décide de poursuivre à pied pour inspecter le reste du sentier. À peine trente mètres plus loin, il tombe sur deux autres câbles, eux aussi tendus à hauteur d’homme entre les arbres bordant le chemin. Le doute n’est plus permis : il ne s’agit pas d’un fil de clôture oublié ou d’un reste de chantier forestier.

Trois câbles disposés de cette manière, sur un sentier ouvert, relèvent d’un acte volontaire. « Celui qui a fait ça est un psychopathe », a fustigé le père de famille dans son témoignage recueilli par France 3. La localisation précise du piège, située dans un secteur boisé entre Morteau et Villers-le-Lac, a été partagée sur les réseaux sociaux pour alerter les autres pratiquants.
Nicolas Siron a toutefois précisé un détail important : le terrain est « certainement privé ». Dans le Haut-Doubs, comme dans beaucoup de massifs français, de nombreux sentiers traversent des parcelles privées sans que les usagers en aient toujours conscience. Certains propriétaires excédés par le passage de VTT recourent parfois à des méthodes radicales — mais tendre des câbles à hauteur d’homme reste un acte potentiellement mortel, et pénalement répréhensible. Ce flou sur le statut du chemin ne change rien à la gravité des faits.
Un phénomène qui se multiplie sur les sentiers français
Ce n’est malheureusement pas un cas isolé. Depuis plusieurs années, des câbles, fils de fer barbelés ou cordes sont régulièrement découverts tendus en travers de chemins forestiers un peu partout en France. Les victimes sont presque toujours les mêmes : vététistes, cavaliers, randonneurs ou motards tout-terrain.
Les motivations varient. Conflits entre propriétaires terriens et pratiquants de sports nature, hostilité envers les VTT jugés trop bruyants ou dégradants pour les chemins, voire actes purement malveillants sans mobile identifiable. Mais quelle que soit la raison, la qualification pénale est claire : tendre un piège susceptible de blesser ou tuer une personne relève de la mise en danger de la vie d’autrui, voire de tentative d’homicide involontaire selon les circonstances.
À lire aussi
En 2024, un trail-runner avait été grièvement blessé au cou par un fil de fer dans les Vosges. En 2022, un motard avait eu la gorge sectionnée par un câble dans le Var — il avait survécu de justesse. À chaque fois, l’enquête piétine faute de témoins et de caméras dans ces zones isolées. Le Haut-Doubs, avec ses vastes forêts et ses sentiers forestiers peu surveillés, n’échappe pas à cette réalité.
La publication Facebook qui a fait réagir tout le Haut-Doubs
Quelques heures après l’incident, Nicolas Siron a publié son alerte sur Facebook. Le message, rédigé à chaud — « Amis Vttistes du haut Doubs faite attention.. de personnes malveillantes mettent des câbles à travers les chemins » — a immédiatement déclenché une vague de réactions dans la communauté locale.

En quelques heures, la publication a été partagée des centaines de fois. Des dizaines de vététistes de la région ont signalé avoir déjà repéré des fils suspects sur d’autres sentiers du secteur. Le père de famille a également partagé la localisation GPS exacte des câbles pour que les autres pratiquants puissent éviter la zone — ou vérifier d’autres passages similaires. Une démarche qui, en attendant une éventuelle enquête, reste le moyen le plus efficace de protéger les usagers.
Nicolas Siron a indiqué avoir signalé les faits aux autorités compétentes. La question est maintenant de savoir si une enquête sera ouverte pour identifier le ou les auteurs de ces pièges. Dans ce type d’affaires, les gendarmes procèdent généralement à des relevés sur place et interrogent les propriétaires des parcelles concernées. Mais les chances d’aboutir restent minces sans flagrant délit ni surveillance vidéo.
Que faire si vous tombez sur un câble tendu en forêt ?
Les fédérations de VTT et de randonnée recommandent une procédure précise en cas de découverte d’un piège. D’abord, ne pas toucher au dispositif : il constitue une preuve en cas d’enquête. Ensuite, photographier la scène sous plusieurs angles en notant la localisation GPS. Puis prévenir immédiatement la gendarmerie, qui est compétente sur les zones rurales et forestières.
Il est également conseillé de signaler le piège sur les applications de cartographie collaborative utilisées par les sportifs, comme Strava ou Komoot, pour alerter les autres usagers en temps réel. Certaines associations locales de VTT organisent même des « patrouilles sentiers » avant les week-ends de forte affluence — une initiative qui pourrait s’avérer utile dans le Haut-Doubs après cet incident.
Pour les vététistes, rouler à vitesse modérée dans les zones boisées et porter des protections cervicales — un accessoire encore rare chez les pratiquants loisir — peut faire la différence entre une frayeur et un drame. Les deux adolescents de Morteau s’en sont tirés avec des égratignures. D’autres, sur des sentiers similaires, n’ont pas eu cette chance.
