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Licencié pour avoir déposé des enfants devant chez eux : ce chauffeur scolaire perd aux prud’hommes après 17 ans de service

Publié par Cassandre le 08 Juin 2026 à 19:31
Chauffeur de car scolaire résigné devant son bus sur une route rurale

En Haute-Vienne, un chauffeur de car scolaire a été licencié pour une raison qui défie le bon sens : il déposait des collégiens devant chez eux plutôt qu’aux arrêts officiels. Le conseil de prud’hommes de Limoges vient de confirmer la faute grave. Pourtant, derrière cette décision, c’est toute une communauté rurale qui s’est mobilisée — et un débat bien plus large qui se pose.

Damien Tabard, 17 ans de route et un licenciement pour « arrêts sauvages »

Damien Tabard conduisait des enfants sur les routes de Haute-Vienne depuis dix-sept ans. Chaque matin et chaque soir, il parcourait les petites communes autour des Billanges, un village rural où les trottoirs n’existent pas et où l’éclairage public se fait rare.

Sa pratique était simple : plutôt que de laisser des collégiens descendre à des arrêts parfois éloignés de leur domicile, il les déposait directement devant leur porte. Pour lui, c’était une question de sécurité élémentaire. Pour la mère de Chandani, 12 ans, ce geste évitait à sa fille de marcher 650 mètres dans le noir, sur une route départementale sans aucune protection piétonne.

Pendant des années, personne n’y a trouvé à redire. Le précédent transporteur tolérait ces ajustements, bien conscient des réalités du terrain. Mais en 2022, le contrat change de mains. Et avec lui, la philosophie de l’entreprise. Comme l’a révélé Le Parisien, l’affaire a pris une tournure inattendue.

Le nouveau prestataire, Europ Voyages, ne partage pas cette tolérance. Les détours de Damien Tabard sont qualifiés de « nombreux arrêts sauvages ». Des arrêts non prévus par la réglementation régionale. Le ton monte entre le chauffeur et sa direction. Et la situation va basculer.

Un licenciement pour faute grave qui divise toute la Haute-Vienne

L’entreprise ne reproche pas seulement les écarts d’itinéraire. Elle accuse également Damien Tabard d’insubordination, affirmant qu’il se serait montré insultant face aux rappels à l’ordre. Le chauffeur, lui, défend ce qu’il appelle une « lecture humaine des règles ». Deux visions irréconciliables de ce que signifie faire son métier.

Le licenciement tombe. Faute grave. Damien Tabard perd son emploi, ses indemnités, et dix-sept ans de carrière s’effacent d’un trait. Difficile de ne pas penser à d’autres affaires où la rigidité d’un système broie ceux qui tentent de bien faire.

En janvier 2026, l’affaire arrive devant le conseil de prud’hommes de Limoges. Une vingtaine de parents font le déplacement pour soutenir le chauffeur. Des familles qui témoignent de l’importance de ces « arrêts sauvages » pour la sécurité de leurs enfants. L’image est forte : des mères et des pères, debout devant un tribunal, pour défendre un homme qui ramenait leurs gamins à la maison.

Mais la mobilisation ne suffit pas. Les juges tranchent : le non-respect des consignes de l’employeur constitue bien une faute grave. Peu importe les motivations. Peu importe le contexte rural. La règle, c’est la règle. Et quand on lit le verdict, on comprend que le fossé entre le terrain et les institutions ne cesse de se creuser.

Route de campagne sans éclairage avec un arrêt de bus isolé

Pas d’appel, mais une victoire inattendue pour les familles des Billanges

Damien Tabard a annoncé qu’il ne ferait pas appel de la décision. Après des mois de procédure, l’ancien chauffeur tourne la page. Une résignation qui en dit long sur l’épuisement d’un homme face à la machine judiciaire.

Pourtant, l’histoire ne s’arrête pas sur cette note amère. Car l’affaire a eu un effet concret, et pas des moindres. Face à la médiatisation et à la colère des parents, les arrêts de car scolaire ont finalement été revus sur le secteur des Billanges. Les itinéraires ont été adaptés pour sécuriser le parcours des enfants.

Autrement dit, ce que Damien Tabard faisait depuis des années par bon sens, la région Nouvelle-Aquitaine a fini par l’officialiser. Il aura fallu un licenciement, un procès et une mobilisation citoyenne pour que des arrêts de bus soient rapprochés de quelques centaines de mètres.

Le chauffeur a perdu son emploi. Les enfants, eux, ont gagné des arrêts plus sûrs. C’est peut-être la conclusion la plus cruelle de cette affaire : Damien Tabard avait raison, mais il l’a payé au prix fort.

Un homme viré pour avoir trop bien fait son travail. Ça ressemble à une mauvaise blague, et pourtant c’est un jugement prud’homal. La prochaine fois qu’un chauffeur hésitera entre le règlement et le bon sens, il y a fort à parier qu’il choisira le règlement. Et ça, c’est peut-être le vrai drame de cette histoire.

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