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« C’est tellement pervers » : une victime de Christian Nègre attend un procès depuis 7 ans

Publié par Cassandre le 14 Sep 2026 à 20:08
Femme assise seule près d'une fenêtre, regard grave

Un entretien d’embauche au ministère de la Culture, en 2011. Une envie pressante d’aller aux toilettes, impossible à expliquer. Et une phrase qui, huit ans plus tard, va tout faire basculer : « Connaissez-vous Christian Nègre ? » Aujourd’hui installée à Quimper, Anaïs de Vos raconte ce jour où elle est devenue, sans le savoir, l’une des 300 victimes présumées d’un ancien haut fonctionnaire.

Un entretien d’embauche qui vire au cauchemar

En juillet 2011, Anaïs de Vos a 27 ans. Elle termine un contrat au ministère des Affaires étrangères et postule au ministère de la Culture. Le 13 juillet, elle est reçue rue de Valois par le DRH de l’époque, Christian Nègre.

Un café lui est proposé. Elle n’en boit que la moitié, jugé mauvais. Puis l’entretien se poursuit dehors, au jardin des Tuileries. Sans sac à main, sans argent, la jeune femme sent soudain une envie irrépressible d’uriner l’envahir, sans explication logique.

Ce type de récit rappelle d’autres affaires où l’institution met des années à réagir, comme le montre le dossier de plusieurs plaintes déposées dans des circonstances tout aussi troublantes. Anaïs de Vos, elle, ne comprend rien sur le moment.

Elle multiplie les tentatives pour trouver des toilettes : un local sous un pont, les quais de Seine, le Louvre payant. Elle finit par se précipiter dans un bar, in extremis, avant de rentrer chez elle à Fontainebleau, bouleversée sans savoir pourquoi.

Un tableau Excel glaçant et 300 victimes recensées

Il faudra attendre 2019 pour qu’Anaïs de Vos comprenne. Un appel d’un commissariat parisien, une question directe sur Christian Nègre, et la révélation : l’ancien DRH du ministère de la Culture, devenu ensuite directeur adjoint à la Drac du Grand Est, est soupçonné d’avoir drogué des femmes entre 2009 et 2018 avec un puissant diurétique, pour les observer uriner.

Son surnom : « le photographe ». Son mode opératoire aurait été consigné dans un tableau baptisé Expériences P, où figuraient les heures d’arrivée, d’administration du produit, des premières envies, puis de la « libération ». Le témoignage d’Anaïs de Vos correspondrait, selon elle, en tout point à ce document.

« Il notait nos réflexions… C’est tellement pervers, cynique », confie-t-elle. Cette instrumentalisation glaçante rappelle d’autres affaires où un proche transforme la confiance en piège.

L’homme aurait été démasqué après avoir photographié sous la table la sous-préfète de Moselle, un incident ayant permis la découverte du tableau et de centaines de photos. Il a été suspendu, puis mis en examen en octobre 2019.

Il est aujourd’hui poursuivi pour administration de substances nuisibles, violences par personne chargée de mission de service public, atteintes à l’intimité et agressions sexuelles.

Bureau ancien avec document et lampe vintage

Sept ans d’attente et un procès toujours sans date

Sept ans. C’est le temps qu’Anaïs de Vos attend déjà une réponse judiciaire. Certaines procédures traînent en longueur pour des raisons administratives que peu de victimes anticipent, et celle-ci ne fait pas exception : selon elle, l’instruction ne devrait s’achever que fin 2027, sans date de procès à l’horizon.

Au total, près de 300 victimes ont été recensées, dont 191 parties civiles. Anaïs de Vos, défendue par une avocate de la Fondation des femmes, ne cache pas son amertume. « Nous attendons et lui mène sa vie tranquillement. Il a changé de nom et exerce dans les ressources humaines. C’est écœurant », dénonce-t-elle, un sentiment d’impunité qui n’est pas sans écho avec d’autres polémiques institutionnelles récentes.

Devenue accompagnante d’élèves en situation de handicap, elle dit s’être forgé une conscience féministe malgré elle. Son message, aujourd’hui : encourager les femmes à se faire confiance et à s’écouter, pour échapper aux mécanismes qu’elle a subis sans les comprendre sur le moment.

Un tableau Excel, trois heures de calvaire, sept ans de silence judiciaire : l’histoire d’Anaïs de Vos résume à elle seule la lenteur glaçante de la justice française face aux violences de pouvoir. Combien d’autres victimes attendent, comme elle, un procès qui ne vient jamais ?

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