Condamnés à mort, ils ont survécu à leur exécution : ce qu’est devenu l’homme à la chaise électrique ratée
Une exécution, c’est censé être irréversible. Un protocole, une heure, un point final. Pourtant, l’histoire judiciaire garde la trace de quelques condamnés que la mort a tout simplement manqués.
Le dernier épisode en date, celui de deux injections létales au Tennessee, a relancé la question. Alors, que devient-on quand on survit à son propre châtiment ? Voici des cas documentés, avec ce qu’on sait vraiment de la suite.
Quand la loi réclame une seconde chance de mourir
Avant de plonger dans les cas, une précision utile. Aux États-Unis, la Constitution interdit les « peines cruelles et inhabituelles ». Mais que faire d’un homme que la machine a raté ? C’est exactement la question qui s’est posée devant la Cour suprême en 1947.
La réponse, on la connaît : l’État a le droit d’essayer à nouveau. Et ça, c’est loin d’être le plus troublant de l’histoire qui suit.
Willie Francis, la chaise électrique qui n’a pas fonctionné

Louisiane, 3 mai 1946. Willie Francis a 17 ans. Il est condamné pour le meurtre d’un pharmacien, commis quand il était adolescent. Il s’assoit sur la chaise électrique, surnommée « Gruesome Gertie ».
Le courant passe. Mais l’installation, bricolée par un opérateur qui aurait été en état d’ébriété selon plusieurs récits, ne délivre pas la décharge prévue. Francis hurle, selon les témoignages, et aurait lancé : « Enlevez ça, vous me laissez respirer ! »
On le sort de la chaise vivant. Ses avocats saisissent la justice : le réexécuter serait une seconde peine. Le dossier remonte jusqu’à la Cour suprême américaine, qui tranche en 1947, à cinq voix contre quatre : l’accident ne change rien, l’exécution peut reprendre.
Willie Francis est exécuté le 9 mai 1947, un an après. Cette fois, la machine a fonctionné. L’affaire reste aujourd’hui l’un des cas d’école du droit pénal américain, et ce n’est pas le seul.
Joseph Samuel, vivant après la corde
Direction l’Australie, ou plutôt la Nouvelle-Galles du Sud, en 1803. Joseph Samuel, condamné pour vol, est conduit à la potence. Le nœud se rompt. La corde casse une première fois. On recommence. Elle casse encore. Troisième essai : même résultat.
Face à cette série d’échecs, la foule présente réclame sa grâce, convaincue d’assister à une forme de signe. Le gouverneur de la colonie, Philip Gidley King, commue sa peine.
Fin de l’histoire pour la corde, pas pour Samuel : il aurait ensuite été libéré. Son cas, souvent cité, illustre une autre époque, où l’échec d’une exécution pouvait être interprété comme un jugement supérieur. Mais d’autres cas ont suivi, et certains se sont mal terminés.
Romell Broom, l’homme qu’on n’a pas réussi à piquer
Changement d’époque, changement de méthode. Ohio, 15 septembre 2009. Romell Broom, condamné pour l’enlèvement, le viol et le meurtre d’une adolescente de 14 ans en 1984, est allongé sur la table d’exécution.
Les agents cherchent une veine pour la perfusion. Pendant plus de deux heures, ils tentent à répétition, au bras, à la jambe. Broom, selon ses propres déclarations rapportées, aurait même tenté d’aider l’équipe. Rien n’y fait.
Le gouverneur Ted Strickland finit par suspendre la procédure. Broom retourne dans sa cellule. Ses avocats attaquent : tenter à nouveau serait une torture. L’affaire monte jusqu’à la Cour suprême de l’Ohio, puis la Cour suprême fédérale, qui refuse de s’en saisir.
Romell Broom est mort en 2020, de causes naturelles, toujours dans le couloir de la mort, sans qu’une seconde tentative n’ait jamais eu lieu. Un sort que partage, d’une autre manière, cet homme resté 37 ans dans le couloir de la mort.
Mais il existe aussi des survivants qui n’ont pas eu à attendre la fin de leur vie pour sortir.
Les ratés de la pendaison : quand le corps ne lâche pas

La pendaison, longtemps considérée comme fiable, a ses propres ratés. Le calcul de la « chute » (la longueur de corde par rapport au poids du condamné) est délicat. Trop court, l’étranglement est lent. Trop long, la tête peut se détacher.
Plusieurs cas de pendus survivants sont rapportés dans l’histoire britannique et irlandaise, souvent à la suite d’une corde mal ajustée. Certains furent graciés, d’autres repris.
Le plus célèbre en Angleterre reste celui de John « Babbacombe » Lee, condamné en 1885 pour le meurtre de sa patronne. Trois fois de suite, la trappe de l’échafaud refuse de s’ouvrir, bien que testée juste avant. Les autorités suspendent l’exécution.
La peine de Lee est commuée en prison à perpétuité, et il est finalement libéré en 1907, après vingt-deux ans de détention. Il aurait ensuite vécu sous différents noms. Son histoire a donné lieu à des livres et à un film.
Le cas français que l’on oublie souvent
Et en France ? La guillotine a toujours eu la réputation de ne pas rater. Mais les récits d’exécutions manquées existent dans la mémoire populaire, avec des détails difficiles à vérifier.
Faute de source judiciaire solide, la prudence s’impose : la machine à trancher a rarement laissé de survivants documentés, ce qui rend les cas anglo-saxons d’autant plus frappants. Et c’est précisément cette fiabilité supposée qui a fait de la guillotine un symbole.
Pour comprendre jusqu’où peut aller l’enfermement quand la mort n’arrive pas, regardez aussi ce Français resté 21 ans dans le couloir de la mort en Chine.
Ce que le droit en a tiré

Ces survivants ont forcé les juristes à répondre à une question gênante : jusqu’où peut-on essayer ? La réponse américaine a longtemps été : tant que ce n’est pas intentionnellement cruel, oui.
Mais le débat a rebondi avec l’injection létale, dont les protocoles très techniques échouent parfois. Plusieurs exécutions ont duré des dizaines de minutes, avec des condamnés visiblement en souffrance, selon des témoins officiels.
C’est ce qui nourrit aujourd’hui une partie des recours, y compris dans l’affaire Christa Pike, première femme exécutée au Tennessee en 200 ans.
Et si l’erreur n’était pas dans la machine ?
Il y a un dernier chapitre, le plus dérangeant. Certains condamnés n’ont pas été sauvés par une panne, mais par le temps. Des années plus tard, des preuves ont montré leur innocence.
C’est le cas de cet homme innocenté après 46 ans dans le couloir de la mort, indemnisé à 89 ans. Pour lui, aucune panne : seulement une justice très lente.
Au fond, ces histoires posent toutes la même question : que vaut une peine irréversible quand tout peut rater, y compris le verdict ? À chacun de se faire son idée.