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« Pour moi, c’était l’espoir » : elle croyait partir pour ses fiançailles, la Peugeot cachait 200 kg de cannabis

Publié par Cassandre Jolivet le 29 Oct 2026 à 18:04
Femme en pull noir en larmes dans une salle d'audience

Un péage, une Peugeot de location, un voyage censé finir en fiançailles. Sauf qu’à l’arrière du véhicule, des douaniers ont trouvé de quoi remplir un petit camion de cannabis. À l’audience, elle pleure et clame sa relaxe, lui reste de marbre. Deux versions, une même excuse, et un tribunal qui a fini par trancher, avec une peine que l’on découvre plus bas.

Sur l’A66, un péage et une Peugeot 2008 bien trop chargée

Le 21 octobre 2026, une Peugeot 2008 s’approche du péage de Mazères, sur l’A66, en Ariège. Les douaniers de la brigade de surveillance intérieure de Frouzins l’attendent, ou en tout cas la contrôlent. À bord, deux Espagnols qui vivent de l’autre côté des Pyrénées.

Dans le coffre et à l’arrière, les agents découvrent 186,45 kg de résine de cannabis et 16,4 kg d’herbe. Selon La Dépêche du Midi, la cargaison est estimée à 617 750 euros. Elle avait été chargée en Espagne, et la destination était l’Italie.

Quelques mois plus tard, à l’audience, la scène frappe par son contraste. Mélanie, 30 ans, de nationalités espagnole et colombienne, pleure, supplie, ponctue ses sanglots de grands gestes. Roberto, 34 ans, son compagnon depuis un an, reste impassible.

Dès le début, la défense de Mélanie demande une audition séparée et le huis clos. Elle redoute des représailles, et aussi que Roberto garde son emprise sur sa compagne. Le tribunal refuse, mais impose une règle : leurs regards ne devront jamais se croiser.

Ce genre de saisie sur les routes du sud n’a rien d’unique. On a déjà vu un père voyager avec sa fille et son chien sur un chargement de cocaïne. Mais ici, c’est la version des fiançailles qui intrigue. Et elle est étonnante.

Des fiançailles, un homme surgi sur la route et un traceur caché

Avec l’aide d’une interprète, Mélanie remonte le fil. L’Italie, assure-t-elle entre deux sanglots, devait être la destination de leurs fiançailles. Une façon, pour Roberto, de se faire pardonner.

Quelques jours plus tôt, il lui aurait « mordu l’oreille », cassé son téléphone et perdu son alliance lors d’une scène de violences. Elle dit aussi avoir dû changer son emploi du temps à l’hôpital pour faire ce voyage. Selon elle, son compagnon ne lui aurait jamais dit ce qui se tramait.

Elle affirme avoir découvert le pot aux roses à l’arrivée d’un troisième personnage, Augustin. Au volant d’une voiture grise, il aurait « surgi au milieu de la route ». C’est lui qui, avec la complicité de Roberto, l’aurait contrainte à louer la Peugeot à l’aéroport de Pau.

Toujours selon elle, c’est encore lui qui aurait installé un dispositif de géolocalisation destiné aux animaux domestiques. Et c’est lui qui aurait servi de voiture ouvreuse. Un montage digne d’un film, mais qu’aucun détail ne permet de vérifier dans le récit d’audience.

Cette dimension de pression et d’emprise rappelle d’autres dossiers, comme cette femme arrêtée avec 100 kg d’héroïne dont le mari clame son innocence. Ici, pourtant, les deux versions ne se recoupent pas tout à fait.

Roberto confirme que les fiançailles devaient bien servir de prétexte. Mais il nie avoir menacé sa compagne. Et il reconnaît quelque chose que Mélanie n’avait pas dit : il a accepté une proposition d’argent.

Voiture au coffre ouvert chargée de ballots à un péage

Ce que le tribunal a répondu à une histoire de menaces

Avant de voir le verdict, il faut regarder de près l’argument qui a tout fait vaciller. Car une voiture saisie à un trafiquant peut finir dans le parc des gendarmes, mais ici, c’est la crédibilité de deux conducteurs qui était en jeu.

Roberto a donc reconnu avoir accepté 2 000 euros pour transporter « quelque chose » jusqu’en Italie. La proposition venait d’Augustin, un homme qu’il n’avait rencontré qu’à de très rares occasions, dans le restaurant où il travaillait. Il dit avoir regretté son choix en se retrouvant, à son tour, pris au piège et menacé.

Le président reste perplexe. « À votre avis, qu’est-ce qu’on allait vous demander de transporter ? », insiste-t-il. « Rien de bon », concède le prévenu par l’intermédiaire de l’interprète.

La substitut du procureur ne croit guère à cette histoire. « Est-ce qu’on donne une cargaison d’une telle valeur à quelqu’un qu’on a vu deux fois, seul au volant avec sa compagne ? », demande-t-elle. À ses yeux, Roberto est « le cerveau » du couple.

L’avocate de Mélanie, Me Marchetti, va plus loin. Elle décrit une femme « victime de violences physiques et psychologiques, embarquée dans ce périple criminel par peur de voir ses enfants tués ». Menacée, dit-elle, par l’homme avec qui elle se voyait faire sa vie.

Le tribunal reconnaît finalement les deux prévenus coupables de détention, transport et importation de stupéfiants. Roberto est condamné à quatre ans d’emprisonnement avec maintien en détention. Mélanie écope de trois ans, dont deux avec sursis, avec maintien en détention pour la partie ferme.

Interdiction du territoire et 617 750 euros à payer : l’addition continue

La peine ne s’arrête pas à la prison. Roberto écope de dix ans d’interdiction du territoire français, Mélanie de cinq ans. Tous deux devront aussi payer solidairement la valeur de leur butin : 617 750 euros.

Le tribunal ne s’est donc pas laissé convaincre par toutes leurs explications. Les juges n’ont pas suivi l’idée d’un duo totalement contraint, ni celle d’un voyage de fiançailles innocent. Mais la différence de peine montre que les deux profils n’ont pas été jugés de la même façon.

Autre élément du dossier : en France, aucun des deux n’avait jusqu’ici eu affaire à la justice. En Espagne, leur passé judiciaire reste limité. Mélanie a une condamnation pour possession de deux grammes de haschich dans sa jeunesse. Roberto en a une pour des violences domestiques commises à l’âge de 18 ans.

Reste Augustin. Dans le récit de l’audience, il demeure une silhouette : un homme croisé au restaurant, une voiture grise, un traceur. Aucun élément ne précise ce qu’il est devenu, et c’est sans doute le plus gros trou du dossier.

La justice a l’habitude de ces récits de menaces, et elle les pèse au cas par cas, comme dans l’affaire de ce marin-pêcheur positif à la cocaïne renvoyé en correctionnelle. Reste à voir si l’un des deux condamnés contestera la décision. La source ne le dit pas.

Sur la route, chaque contrôle peut aussi révéler autre chose. C’est ce qu’a découvert ce conducteur flashé à 249 km/h sur l’A10 sans permis.

Fiançailles ou pas, une cargaison de plus de 200 kg ne passe pas inaperçue, et deux versions ne font pas une preuve. Et si la route réservait d’autres surprises, cet expert qui rend sa voiture invisible aux radars et aux caméras IA mérite le détour. Quant à l’homme de 23 ans que la vente de chaussettes d’occasion a rendu riche, sa méthode, elle, est totalement légale.

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