Disparition de Lyhanna : le corps retrouvé sur l’ancien lieu de travail du suspect

Lyhanna, 11 ans, avait disparu le 29 mai près de Fleurance, dans le Gers. Six jours de recherches massives, 170 gendarmes déployés, des drones, un hélicoptère. Puis jeudi 4 juin, la découverte que tout le monde redoutait.
Un corps a été retrouvé dans une exploitation agricole isolée, à une quinzaine de kilomètres du bourg. Et le détail qui glace : le suspect de 41 ans avait travaillé exactement dans cette ferme. Depuis, c’est tout un système judiciaire qui vacille sous les accusations de dysfonctionnement.
Une exploitation agricole à Puycasquier, un corps et des vêtements reconnus
C’est dans un espace « écarté d’une vue directe », au sein d’une ferme proche du village de Puycasquier, que les enquêteurs ont fait la macabre découverte. Selon le procureur d’Agen Olivier Naboulet, le corps portait des vêtements similaires à ceux de Lyhanna au moment de sa disparition.
L’autopsie doit encore confirmer formellement l’identité. Elle devra aussi établir les causes de la mort et déterminer si la victime a subi des violences. Les techniciens en investigation criminelle ont procédé à des prélèvements d’ADN, d’empreintes et de traces sur les lieux.
La collégienne avait été vue pour la dernière fois montant dans la voiture du suspect, un père de deux enfants qui connaissait la fillette. Lyhanna était l’amie de sa fille. Mis en examen lundi pour enlèvement et séquestration, l’homme a été incarcéré. Devant la juge d’instruction, il n’a fait aucune déclaration, pas répondu à la moindre question.
La famille, dans un communiqué diffusé par son avocat, a exprimé « le plus grand effroi ». Le temps est désormais « au recueillement et au deuil ».
Des plaintes pour viol classées ou en cours : le profil glaçant du suspect Jérôme Barella
C’est là que l’affaire bascule du drame individuel au scandale systémique. Jérôme Barella, le suspect, avait fait l’objet de plusieurs signalements et plaintes — notamment pour viol sur mineure. Selon la procureure d’Auch Clémence Meyer, une plainte déposée en 2022 a été classée sans suite. Une seconde, déposée en 2025, était toujours en cours d’enquête au moment des faits.
Et ce n’est pas tout. Une nouvelle plainte pour viol sur mineur a été déposée mercredi matin, sans que les autorités ne précisent davantage. Un responsable agricole gersois a confirmé que le suspect avait travaillé dans l’exploitation où le corps a été retrouvé. Ce détail alourdit encore un dossier déjà accablant.
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Le maire de Fleurance, Grégory Bobbato, dénonce un « dysfonctionnement profond », un système qui néglige « la souffrance des victimes et des familles ». Lors d’un porte-à-porte mené par les gendarmes, plusieurs habitants ont partagé leur colère.
Françoise Tison, retraitée de 63 ans, résume le sentiment général : « Il y a longtemps que cet homme aurait dû avoir des problèmes. » Elle espère qu’il sera « puni ». La question qui hante désormais tout le pays : comment un individu visé par de tels signalements a-t-il pu rester libre ?

Matignon convoque une réunion d’urgence, Bardella accuse l’État d’avoir « lourdement failli »
Dès jeudi soir, Jordan Bardella a accusé l’État d’avoir « lourdement failli » et lancé sur X : « Le peuple français exige des comptes. » Une phrase qui a immédiatement enflammé les réseaux. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin s’est dit « terrifié » par un tel dysfonctionnement.
Matignon a annoncé que le Premier ministre Sébastien Lecornu réunirait dès vendredi les ministres de l’Intérieur et de la Justice. Objectif : passer au crible le traitement des plaintes pour viols qui visaient le suspect. Le ministre Laurent Nuñez avait déjà diligenté une enquête administrative dès mercredi.
Sur le terrain, au septième jour, environ 170 militaires de la gendarmerie restaient déployés autour de Fleurance. Moyens terrestres, aériens, plongeurs : le dispositif avait été massif. Un barrage de gendarmerie bloquait toujours la route menant au site jeudi soir, à 80 km à l’ouest de Toulouse.
Le maire de Fleurance a réclamé « dignité » et « respect du deuil de la famille ». Le parquet d’Agen a annoncé de nouvelles communications pour vendredi. La machine judiciaire tourne. Mais pour beaucoup de Français, elle tourne trop tard.
Une fillette de 11 ans, un suspect déjà signalé, des plaintes restées sans réponse. L’affaire Lyhanna ne pose plus seulement la question de la culpabilité d’un homme. Elle interroge un système tout entier. Et cette question-là, elle ne se refermera pas avec le dossier d’instruction.