Ce vice-procureur luttait contre le narcotrafic le jour et pratiquait le chemsex la nuit

Il dirigeait la lutte contre les stupéfiants dans l’un des tribunaux les plus durs de France. Derrière la robe, pourtant, ce magistrat de 48 ans menait une double vie que personne ne soupçonnait. Méthamphétamine, soirées chemsex, fatigue suspecte au bureau… Son histoire, révélée devant le Conseil supérieur de la magistrature, embarrasse tout le barreau français.
Un magistrat en première ligne à Bobigny, sous une pression colossale
Le parquet de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, est connu pour être l’un des plus chargés de France. Criminalité organisée, trafics de grande ampleur, homicides : la division des affaires criminelles y tourne à plein régime. C’est précisément cette division que le vice-procureur pilotait, supervisant aussi la lutte contre les stupéfiants. Une ironie glaçante quand on connaît la suite.
Selon Le Parisien et 20 Minutes, l’homme consommait environ trois grammes de méthamphétamine par mois, pour un budget d’environ 500 euros. Le week-end uniquement, assurait-il, lors de soirées chemsex — ces rendez-vous où drogues de synthèse et sexe s’entremêlent pour décupler les sensations. Sauf que la frontière entre vie privée et vie professionnelle est devenue de plus en plus poreuse. Son état de fatigue persistait plusieurs jours après chaque soirée, affectant visiblement son travail.
Une enquête pour homicide involontaire qui fait tout basculer
En 2024, la police enquête sur un décès par overdose survenu lors d’une soirée chemsex. Le vice-procureur n’était pas présent ce soir-là, mais les enquêteurs remontent la piste d’un travailleur du sexe qu’il fréquentait, ainsi que du dealer de ce dernier. Le magistrat est alors interrogé. Il reconnaît sa consommation.
La police judiciaire locale alerte immédiatement sa hiérarchie. Côté judiciaire, le parquet de Paris classe le dossier avec une simple injonction thérapeutique. Pas de poursuites pénales, donc. Mais l’institution, elle, ne compte pas en rester là. Le vice-procureur a comparu ce mardi devant le Conseil supérieur de la magistrature. Initialement prévue à huis clos, l’audience s’est finalement tenue à portes ouvertes dans un souci de transparence. Un geste rare, qui dit beaucoup de l’embarras que cette affaire provoque au sommet de la justice française.

Syndrome de l’imposteur et ascenseur social : les mots du magistrat face à ses pairs
Face à ses pairs, le vice-procureur a livré un récit étonnamment intime. Il a évoqué une profonde solitude et un syndrome de l’imposteur tenace. Issu d’un milieu modeste, premier de sa famille à faire des études supérieures, il disait ressentir un décalage permanent. « L’ascenseur social a fonctionné à plein pour moi », a-t-il confié, comme pour expliquer la pression qui l’a poussé vers les drogues de synthèse.
Aujourd’hui, il occupe toujours un poste à Bobigny mais a été réaffecté à la division des affaires civiles. Il souhaite devenir juge des enfants et quitter la Seine-Saint-Denis. Le ministère de la Justice, lui, a réclamé sa mutation pure et simple, estimant que sa consommation de méthamphétamine est incompatible avec ses fonctions. La décision tombera dans les prochaines semaines.
Un magistrat anti-drogue accro à la drogue : l’affaire ressemble à un scénario de série, sauf qu’elle est bien réelle. Elle pose une question que la justice française ne peut plus esquiver : qui surveille la santé mentale de ceux qui nous protègent ? Si cette histoire t’a interpellé, elle mérite d’être partagée — ne serait-ce que pour ouvrir le débat.