Après les Galeries Lafayette, Printemps ferme un magasin historique : 229 postes supprimés
Le secteur des grands magasins français encaisse un nouveau coup dur. Après les turbulences traversées par les Galeries Lafayette, c’est au tour du groupe Printemps d’annoncer la fermeture d’un de ses magasins historiques, en activité depuis plus d’un demi-siècle. Au total, 229 postes sont menacés dans l’Hexagone, et sur place, ni les salariés ni les élus n’avaient vu venir la décision.
Un plan de réorganisation qui frappe fort
La nouvelle est tombée le mardi 7 avril, directement communiquée par la direction du groupe Printemps. Dans le cadre d’un vaste plan de réorganisation, l’enseigne fondée en 1865 a décidé de supprimer 229 postes sur le territoire français. Une annonce qui s’inscrit dans un contexte difficile pour le commerce physique, où les centres-villes se vident face à la montée du e-commerce et à l’évolution des habitudes de consommation.
Ce plan ne se limite pas à quelques ajustements de postes dans les bureaux parisiens. Il implique la fermeture pure et simple d’un point de vente emblématique, situé dans le centre commercial Alma, à Rennes. Le rideau tombera d’ici fin 2026 ou début 2027, mettant un terme à plus de cinquante années de présence dans la capitale bretonne. Pour une enseigne qui a traversé trois siècles d’histoire du commerce français, chaque fermeture résonne comme un signal d’alarme.
Et Printemps n’est pas un cas isolé. Ces derniers mois, plusieurs enseignes historiques ont été contraintes de baisser le rideau, dessinant une tendance lourde qui touche autant la mode que l’ameublement ou l’alimentaire. Mais ce qui rend cette annonce particulièrement brutale, c’est le nombre de personnes directement touchées à Rennes.
115 emplois menacés dans la seule ville de Rennes
Sur les 229 suppressions de postes annoncées au niveau national, le magasin rennais concentre à lui seul une part considérable de l’impact social. Cinquante-et-un salariés directement employés par Printemps sont concernés. Mais le bilan ne s’arrête pas là : 64 prestataires extérieurs — agents de sécurité, personnel d’entretien, démonstrateurs de marques — perdront également leur activité sur ce site.

Au total, ce sont donc 115 personnes qui voient leur emploi directement menacé par cette seule fermeture. Un chiffre qui donne la mesure du poids économique d’un grand magasin dans le tissu local, bien au-delà de ce que les clients perçoivent en parcourant les allées. Derrière chaque rayon, chaque vitrine, ce sont des dizaines de métiers différents qui font tourner la machine.
Ce type de restructuration rappelle d’autres séismes récents dans le commerce français, comme la liquidation d’Alinéa et ses 1 200 licenciements, ou encore la mise en vente de 91 supermarchés Auchan. Le schéma se répète : annonce soudaine, sidération des équipes, puis course contre la montre pour limiter la casse sociale. Sauf qu’à Rennes, les salariés de Printemps ont découvert la nouvelle dans des conditions bien particulières.
« On est encore dans l’émotion » : le choc des salariés
Dans les allées du magasin, le quotidien continue presque normalement. Les clients déambulent entre les rayons, les vendeurs conseillent avec le sourire habituel. Mais derrière cette façade, le choc est profond. Les équipes n’avaient tout simplement rien vu venir.
« Pour l’instant, on est encore dans l’émotion et dans le réconfort des salariés qui seront directement impactés par ces suppressions de postes », confie Gilles Biguer, délégué syndical central CGT Printemps. Des mots qui traduisent un état de sidération collective, loin des communiqués lisses de la direction. Le syndicat promet d’accompagner chaque salarié lors des négociations à venir, avec un objectif clair : limiter au maximum les conséquences sociales.
Cette situation n’est pas sans rappeler les témoignages de salariés d’autres enseignes en difficulté. Quand une ex-employée de Lidl racontait les cadences infernales, elle décrivait un autre visage du commerce en crise — celui où les humains sont la variable d’ajustement. Chez Printemps, la brutalité est différente : pas d’usure progressive, mais une coupure nette après des décennies de présence.
Les salariés concernés n’ont pas encore de visibilité sur leur avenir. Reclassement interne dans d’autres magasins du groupe ? Plan de départs volontaires ? Licenciements secs ? À ce stade, aucune précision n’a filtré sur les modalités exactes. Et du côté des élus locaux, la surprise est tout aussi grande.
Les élus rennais pris de court par la direction
Sébastien Sémeril, élu rennais, n’a pas mâché ses mots en réagissant à l’annonce. « Nous avons été surpris, c’est la stupéfaction », a-t-il déclaré, précisant avoir été informé dans des conditions précipitées. Une manière polie de dire que la direction de Printemps n’a pas pris la peine de préparer le terrain avec les acteurs locaux.
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Ce qui rend l’incompréhension encore plus vive, c’est que l’activité commerciale rennaise reste dynamique. Rennes n’est pas une ville sinistrée économiquement. La métropole bretonne continue d’attirer de nouveaux habitants, ses zones commerciales fonctionnent, et le centre-ville conserve une fréquentation correcte malgré les mutations du secteur. Alors pourquoi fermer ici ?
La réponse se trouve probablement dans la stratégie globale du groupe, qui cherche à recentrer ses activités sur les emplacements les plus rentables — souvent les flagships parisiens et les magasins premium. Un modèle qui sacrifie les implantations régionales au nom de la rentabilité par mètre carré, même quand l’activité locale n’est pas en berne.
« Notre première action, ça sera de s’assurer que ces employés retrouvent un travail et soient le mieux respectés dans cette situation que nous subissons collectivement », a ajouté Sébastien Sémeril. L’urgence est clairement sociale : trouver des solutions concrètes pour 115 personnes dans un bassin d’emploi où le commerce est déjà sous pression. Et comme souvent dans ces cas-là, ce sont aussi les clients qui expriment un sentiment de perte.
Cinquante ans d’histoire qui s’effacent
Pour de nombreux Rennais, la fermeture de Printemps au centre commercial Alma marque la fin d’une époque. Le magasin fait partie du paysage depuis plus d’un demi-siècle — certains clients y venaient déjà avec leurs parents. Ces habitudes d’achat, ces rituels du samedi après-midi, ces repères dans la ville : tout cela va disparaître.
Parmi les réactions recueillies sur place, deux sentiments dominent. La nostalgie d’abord, chez ceux qui ont vu l’enseigne traverser les décennies et qui associent Printemps à une certaine idée du grand magasin à la française — l’élégance, le conseil, l’expérience physique. Quand on voit comment les supermarchés français ont changé en 50 ans, on mesure à quel point ces lieux de commerce sont des marqueurs de leur époque.

Puis le réalisme, chez d’autres, qui reconnaissent que l’offre Printemps n’était plus toujours en phase avec les budgets et les attentes actuels. Le positionnement haut de gamme de l’enseigne, avec des prix souvent élevés pour des produits accessibles ailleurs en ligne, a fini par creuser un écart avec une partie de la clientèle. C’est d’ailleurs un phénomène que l’on observe dans tout le commerce physique : certains consommateurs se tournent vers Shein et Temu, pendant que les enseignes traditionnelles peinent à justifier leurs tarifs.
Le commerce physique français face à une vague de fermetures
La fermeture du Printemps de Rennes ne tombe pas du ciel. Elle s’inscrit dans une série noire qui touche le commerce physique français depuis plusieurs années, et qui s’accélère en 2025-2026. Galeries Lafayette, Camaïeu, Naf Naf, IKKS, des enseignes parisiennes en redressement… La liste s’allonge trimestre après trimestre.
Même les géants ne sont pas épargnés. Decathlon a dû fermer des entrepôts, Gamm Vert ferme dans plusieurs grandes villes, et le Crédit Agricole lui-même n’échappe pas aux restructurations. Le modèle du grand magasin physique, avec ses charges immobilières colossales, ses effectifs importants et sa concurrence frontale avec le digital, est en train de se réinventer — parfois dans la douleur.
Certaines enseignes tentent de s’adapter. Ikea abandonne ses hangars géants pour des formats plus compacts en centre-ville. Lidl annonce 30 ouvertures en France en misant sur la proximité et les petits prix. D’autres, comme Gifi remplacé par Grand Frais dans 32 villes, voient leur espace physique récupéré par des concepts jugés plus en phase avec la demande.
Pour Printemps, la question est désormais de savoir si cette fermeture rennaise n’est que la première d’une série plus longue. Le plan de réorganisation national, avec ses 229 suppressions de postes, laisse penser que d’autres ajustements pourraient suivre dans les mois à venir. En attendant, à Rennes, 115 personnes attendent de savoir ce que l’avenir leur réserve — et un magasin de plus de cinquante ans s’apprête à éteindre la lumière.
