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Alinéa placée en liquidation : 1.200 salariés licenciés, les 36 magasins fermés

Publié par Elsa Fanjul le 01 Avr 2026 à 20:37

Le couperet est tombé ce mardi 31 mars 2026. Le tribunal des activités économiques de Marseille a prononcé la liquidation judiciaire d’Alinéa, faute de repreneur acceptable. C’est la fin définitive pour l’enseigne d’ameublement fondée en 1988 à Avignon.

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Près de 1.200 salariés vont se retrouver sans emploi. Les 36 magasins de l’enseigne ont déjà fermé leurs portes dimanche dernier. Une page se tourne brutalement pour une marque qui faisait partie du quotidien de millions de Français.

Une seule offre de reprise, et elle a été rejetée

Femme triste devant un magasin Alinéa fermé

Placée en redressement judiciaire en novembre 2025, Alinéa n’a reçu qu’une unique offre de reprise globale. Elle émanait d’un groupe roumain dont l’identité n’a pas été révélée publiquement.

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Mais cette proposition a été rejetée, à la fois par la direction de l’enseigne et par les représentants des salariés. Insuffisante sur le plan financier, trop floue sur les garanties d’emploi ? Les détails précis du rejet n’ont pas été communiqués. Toujours est-il qu’aucune autre offre crédible n’a émergé.

Le tribunal n’avait donc plus d’autre choix. Sans repreneur sérieux, la liquidation s’imposait comme seule issue légale. Un Conseil économique et social (CSE) est prévu jeudi pour entamer la préparation du plan de licenciement collectif.

Seuls sept franchisés pourront continuer, sous un autre nom

Salariés inquiets réunis devant un centre commercial
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Ce n’est pas une fermeture totale à 100%. Sept franchisés d’Alinéa ont obtenu la possibilité de poursuivre leur activité. Mais ils devront le faire sous un nom différent : la marque Alinéa disparaît avec la liquidation.

Pour les 29 autres magasins intégrés au réseau direct, c’est terminé. Les portes ne rouvriront pas. Les clients qui avaient des commandes en cours ou des bons cadeaux non utilisés vont se retrouver dans une situation délicate, comme c’est souvent le cas lors d’une fermeture brutale d’enseigne.

Les stocks restants seront liquidés dans le cadre de la procédure judiciaire. D’ailleurs, des soldes à -30% sur les stocks avaient déjà été signalées dans certains magasins avant la fermeture définitive.

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47 millions de pertes en 2024 : des chiffres qui donnent le vertige

Pour comprendre ce naufrage, il faut regarder les chiffres de près. Sur l’exercice 2024, Alinéa affichait 47 millions d’euros de pertes pour seulement 162 millions d’euros de chiffre d’affaires. Un ratio catastrophique.

Mais ce n’est pas un accident isolé. Entre 2021 et 2023, l’enseigne avait déjà cumulé plus de 60 millions d’euros de pertes. La descente aux enfers durait depuis plusieurs années, sans jamais trouver de remède efficace.

Ces chiffres rappellent d’autres fermetures douloureuses dans le secteur. Casa avait connu un sort similaire, ses produits finissant bradés dans des magasins de déstockage après la faillite.

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Ce n’est pas la première fois qu’Alinéa frôle la mort

Homme tenant un carton vide après licenciement

Ce qui rend cette histoire encore plus triste, c’est qu’Alinéa avait déjà failli disparaître en 2020. En pleine pandémie de Covid-19, l’enseigne avait été placée une première fois en redressement judiciaire.

Elle s’en était sortie de justesse, reprise par ses propres actionnaires de la galaxie Mulliez (Auchan, Decathlon, Leroy Merlin…). Mais cette survie avait un prix fort : 17 magasins fermés et près de 1.000 salariés perdus à l’époque.

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En 2023, l’enseigne avait même tenté de se relancer en intégrant une vingtaine de magasins Zodio, autre marque de décoration du groupe Mulliez. Une opération censée redynamiser le réseau et élargir l’offre. Elle n’aura pas suffi.

Ce deuxième redressement judiciaire, prononcé en novembre 2025, était donc le dernier recours. Et cette fois, il n’y a pas eu de sauvetage in extremis.

La concurrence d’Ikea, d’Action et de Temu : une bataille perdue d’avance ?

Pourquoi Alinéa n’a-t-elle pas réussi à se redresser malgré deux tentatives ? La réponse tient en grande partie à l’environnement concurrentiel, particulièrement brutal dans le secteur de l’ameublement et de la décoration.

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D’un côté, les géants comme Ikea ou But-Conforama disposent de parcs de magasins beaucoup plus denses sur le territoire français. Ils peuvent aussi se permettre d’être plus agressifs sur les prix grâce à leurs économies d’échelle colossales. Ikea a même transformé son modèle en développant des formats plus petits et plus accessibles en centre-ville, là où Alinéa peinait à se différencier.

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De l’autre côté, les enseignes de bazar discount comme Action (850 magasins en France) ont grignoté le marché de la décoration du quotidien à petit prix. Les promotions agressives chez des enseignes comme GiFi ont également pesé. Sans oublier l’arrivée en force du site chinois Temu, qui propose des articles de décoration à des prix défiant toute concurrence.

Tout un secteur en crise structurelle

Cliente parcourant les soldes de liquidation Alinéa

Alinéa n’est pas seule dans cette tourmente. Selon une étude de l’INSEE publiée en décembre 2025, le secteur de l’ameublement, du bricolage et de l’électroménager traverse des difficultés structurelles profondes.

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Entre 2015 et 2022, le nombre de magasins dans ce secteur a chuté d’environ 7 % en France. Une tendance lourde qui reflète les changements profonds dans les habitudes de consommation des Français, accélérés par l’inflation et le commerce en ligne.

D’autres enseignes ont déjà connu ce sort ces dernières années. Plusieurs acteurs de l’ameublement ont disparu en tentant de concurrencer les mastodontes du secteur. D’autres magasins d’ameublement très connus ont également été contraints de fermer leurs portes ces dernières années. Le mouvement semble se poursuivre.

Le pouvoir d’achat des ménages, rogné par plusieurs années d’inflation, a fait le reste. Les Français ont réduit leurs dépenses non essentielles, et l’ameublement en a subi les conséquences directement. Même des enseignes puissantes comme Auchan ont dû réduire leur voilure ces derniers temps.

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1.200 salariés dans l’incertitude totale

Derrière les chiffres financiers, il y a des visages. Près de 1.200 personnes vont perdre leur emploi dans les prochaines semaines. Des vendeurs, des logisticiens, des managers, des équipes de décoration, des profils très variés.

Le CSE prévu jeudi va lancer le processus légal de licenciement collectif. Les salariés pourront bénéficier d’un accompagnement dans le cadre d’un Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE). Mais retrouver un poste équivalent dans un secteur en contraction n’est pas chose aisée.

Certains d’entre eux avaient déjà vécu le premier redressement de 2020 et étaient restés malgré tout. Pour eux, ce second coup est particulièrement rude. La question des conditions d’indemnisation chômage sera centrale dans les semaines à venir.

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Des milliers de familles vont devoir s’adapter brutalement. Dans un contexte où France Travail intensifie ses contrôles sur les demandeurs d’emploi, la pression sur ces salariés sera réelle.

Que va-t-il rester d’Alinéa ?

Ouvrier retirant l'enseigne d'un magasin fermé

La marque Alinéa en elle-même pourrait survivre à la liquidation, si un repreneur rachète le nom et les actifs intellectuels lors de la procédure. C’est ce qui s’est passé pour d’autres enseignes disparues physiquement mais dont le nom a été racheté pour une exploitation en ligne.

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Mais rien n’est acté pour l’heure. Et même si la marque était rachetée, cela ne sauverait pas les emplois des salariés actuels, dont les contrats de travail sont directement liés aux entités juridiques en liquidation.

Les sept franchisés autorisés à continuer leurs activités vont devoir trouver rapidement un nouveau nom et construire leur propre identité commerciale. Un défi considérable pour des points de vente qui ont bâti leur réputation sous l’enseigne Alinéa pendant des années.

Pour les clients fidèles de l’enseigne, il faudra se tourner vers d’autres alternatives. De nouvelles enseignes venues d’Europe du Nord continuent d’arriver sur le marché français, promettant de concurrencer les géants déjà installés.

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Un avertissement pour tout le commerce physique français

La chute d’Alinéa est un signal fort envoyé à tout le commerce physique en France. Même des marques historiques, soutenues par des groupes industriels puissants comme Mulliez, peuvent disparaître si elles ne parviennent pas à trouver leur positionnement dans un marché en mutation rapide.

Le commerce de détail physique souffre sur de nombreux fronts simultanément : inflation, concurrence du e-commerce, changements de comportement post-Covid, montée des plateformes chinoises à bas prix. Le secteur bancaire n’est pas épargné non plus : la fermeture de centaines d’agences bancaires témoigne de la même tendance de fond.

Alinéa laisse derrière elle 38 ans d’histoire, des millions de canapés, de tables et d’étagères installés dans les foyers français. Et 1.200 salariés qui devront, eux, repartir de zéro.

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