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« Il m’a dit qu’il m’aimait » : écrasé au travail, il appelle sa femme pour un dernier adieu

Publié par Gabrielle Nourry le 19 Avr 2026 à 6:35

Angel Rojas avait 24 ans, un petit garçon de bientôt 4 ans et un boulot physique dans un cimetière de Dallas. Le 20 octobre dernier, un caveau en béton de plusieurs centaines de kilos lui est tombé dessus pendant qu’il travaillait seul. Coincé de la taille jusqu’aux pieds, incapable de se dégager, il a fait la seule chose qu’il pouvait encore faire : attraper son téléphone. D’abord pour appeler à l’aide. Puis pour laisser un message vocal à sa femme Natalie. Un message qu’elle n’a découvert que plus tard.

Un message vocal que personne ne devrait avoir à écouter

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Quand Angel Rojas a compris qu’il ne s’en sortirait pas seul, il a d’abord composé un numéro pour demander du secours. Puis, presque immédiatement, il a appelé Natalie. Elle n’a pas décroché. Le téléphone a basculé sur la messagerie vocale.

« Il m’a dit qu’il voulait rentrer à la maison », a raconté Natalie Rojas à WLBT. « Il m’a dit qu’il m’aimait et qu’il voulait rentrer à la maison. » Ces mots, elle ne les a entendus qu’après coup, en écoutant son répondeur. Trop tard pour lui répondre. Trop tard pour quoi que ce soit.

Angel travaillait au Restland Funeral Home, Cemetery and Crematory, un complexe funéraire situé à Dallas, au Texas. Sa mission ce jour-là : déplacer des caveaux en béton — ces structures massives qui protègent les cercueils une fois en terre. L’un d’eux a basculé et l’a plaqué au sol. Les secours ont mis plus de 45 minutes à le libérer, en utilisant des écarteurs hydrauliques et des coussins pneumatiques, du matériel normalement réservé au désincarcération lors d’accidents de voiture.

Transporté d’urgence à l’hôpital, Angel Rojas est décédé dans la journée. Mais ce qui rend cette histoire encore plus difficile à encaisser, c’est ce que sa famille a découvert sur les conditions dans lesquelles il travaillait.

Seul face à des blocs de béton de plusieurs centaines de kilos

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Angel Rojas n’était pas accompagné au moment de l’accident. Personne à ses côtés pour l’aider à manipuler ces structures colossales. Personne non plus pour réagir immédiatement quand le caveau lui est tombé dessus. C’est un point sur lequel la famille insiste avec force.

« Il n’y a aucune raison sur terre pour que cet homme ait eu à manipuler cette machine seul », a déclaré Matthew Graham, l’avocat de la famille, à WLBT. « Il n’aurait pas dû travailler seul. Il n’aurait pas dû déplacer des charges de ce poids sans aide. » Des déclarations qui laissent entrevoir une procédure judiciaire imminente. La famille accuse le complexe funéraire de négligence grave et envisage de porter plainte.

Un caveau funéraire en béton pèse généralement entre 800 et 1 400 kilos selon les modèles. Les déplacer nécessite normalement un engin mécanique adapté et, surtout, la présence d’au moins un autre opérateur pour sécuriser la manœuvre. Ce jour-là, Angel était seul. À 24 ans. Sans filet.

Un père qui bossait pour nourrir sa famille

Si Angel Rojas avait accepté ce poste au cimetière, c’est pour une raison simple : faire vivre les siens. Sa femme Natalie et leur fils, Angel Noel, qui fêtera ses 4 ans le mois prochain. Un anniversaire que son père ne verra jamais.

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Ce genre de métier — manutention lourde dans le secteur funéraire — fait rarement la une. Les conditions de travail y sont pourtant souvent difficiles : horaires décalés, charges physiques intenses, effectifs réduits. Dans certains établissements, la pression pour réduire les coûts pousse à faire tourner les équipes au minimum. Parfois, comme ici, avec un seul employé pour des tâches qui en nécessitent au moins deux.

L’affaire rappelle d’autres drames liés à des conditions de travail dangereuses où les employeurs sont pointés du doigt pour avoir fait l’économie de la sécurité. Aux États-Unis, l’Occupational Safety and Health Administration (OSHA) — l’équivalent de l’inspection du travail — est chargée d’enquêter sur ce type d’accident mortel. On ignore encore si une enquête fédérale a été ouverte dans le cas d’Angel Rojas.

La famille prépare sa riposte juridique

Complexe funéraire de Dallas avec matériel de secours au sol

Natalie Rojas se retrouve veuve à un âge où la plupart des couples construisent encore leur avenir. Son fils grandira sans son père. Et le dernier souvenir qu’elle a de lui, c’est cette voix sur un répondeur, coincée sous des tonnes de béton, qui lui dit qu’il l’aime et qu’il veut rentrer.

L’avocat Matthew Graham n’a pas encore confirmé le dépôt formel d’une plainte, mais ses déclarations ne laissent guère de place au doute. Le mot « négligence grave » revient comme un marteau. Le Restland Funeral Home n’a, pour l’heure, fait aucune déclaration publique sur les circonstances exactes de l’accident ni sur les protocoles de sécurité en vigueur dans l’établissement.

Au Texas, les poursuites pour décès au travail lié à la négligence d’un employeur peuvent donner lieu à des indemnités considérables, notamment si la famille parvient à démontrer que les règles de sécurité de base n’étaient pas respectées. L’absence d’un collègue sur le terrain, l’absence d’un système de blocage pour les caveaux en transit, l’absence de formation adéquate — chaque manquement potentiel pèsera dans la balance.

Un dernier « je t’aime » que rien n’effacera

Ce qui restera de cette histoire, au-delà des questions de responsabilité et des procédures légales, c’est ce message vocal. Un homme de 24 ans, piégé, souffrant, qui choisit d’utiliser ses dernières forces pour dire à sa femme qu’il l’aime. Pas pour crier. Pas pour accuser. Pour lui dire de rentrer à la maison.

Natalie Rojas a confié qu’elle ne supporte plus de l’écouter. Mais qu’elle ne l’effacera jamais. Ce message est tout ce qui reste de la voix d’Angel. Et il dit, en quelques secondes, tout ce que des milliers de mots ne pourraient pas exprimer : un père aimait sa famille et faisait un métier dangereux pour elle.

L’affaire, encore méconnue en dehors du Texas, commence à circuler sur les réseaux sociaux américains. Beaucoup y voient le symbole d’un système qui broie les travailleurs les plus précaires. D’autres y lisent simplement l’histoire d’un homme qui méritait mieux. Les deux lectures sont vraies. Et la justice, si elle est saisie, devra trancher sur ce que valait réellement la vie d’Angel Rojas aux yeux de son employeur.

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