Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Faits divers

Ivres, ils battent à mort celui qu’ils prennent pour un intrus… c’était leur propre frère

Publié par Cassandre le 12 Juin 2026 à 10:32
Cuisine ancienne faiblement éclairée avec chaise renversée

Janvier 2023. Trois frères se retrouvent dans la maison familiale de Cancale, en Ille-et-Vilaine, pour préparer les obsèques de leur père. La soirée s’annonce chargée en souvenirs. Elle va basculer dans l’horreur. Au petit matin, l’un d’eux gît dans son sang sur le sol de la cuisine, méconnaissable. Ses agresseurs ? Ses propres frères, trop ivres pour le reconnaître.

Une soirée de retrouvailles qui vire au cauchemar à Cancale

Thierry aurait dû fêter ses 61 ans le 9 janvier 2023. Il est mort cinq jours plus tôt, dans la maison de ses parents. Trois jours seulement après le décès de son père. Une temporalité cruelle, presque irréelle.

Quelques heures avant le drame, il avait confié à une voisine être heureux d’avoir retrouvé ses deux frères, Éric et Laurent. Il se réjouissait de la soirée à venir. Les trois hommes devaient organiser les funérailles paternelles. Leur quatrième frère n’avait pas fait le déplacement ce jour-là.

Ensemble, ils avaient évoqué leur enfance, partagé des souvenirs. Et beaucoup bu. Énormément bu. Ce qui s’est passé ensuite, aucun des deux survivants ne prétend s’en souvenir clairement. Mais le corps de Thierry, lui, raconte une tout autre histoire.

Peu avant 3 heures du matin, pompiers et gendarmes découvrent la scène. Thierry gît au sol, couvert de sang. Son chien, tétanisé, tremble à côté de lui. Les deux frères, eux, tiennent à peine debout. Ils parlent d’un « grand brun » qui serait venu « foutre le bordel ». Laurent a même appelé les secours pour signaler cet « inconnu » tombé dans son propre sang.

La caméra-piéton des gendarmes filmera Laurent en train d’invectiver et d’injurier l’homme à terre. Puis, la stupeur. L’intrus n’en était pas un. C’était Thierry, leur cadet, sorti promener le chien quelques instants plus tôt.

Un acharnement sous emprise d’alcool : ce que l’enquête a révélé

Thierry est décédé le 4 janvier à 19h19, des suites d’un « polytraumatisme encéphalique et cervicofacial, thoracique et abdominal ». Autrement dit, il a été frappé partout. Au visage, au crâne, au torse, à l’abdomen. Avec une violence rare.

Entendu par les enquêteurs, Laurent a eu « du mal à se remémorer la soirée ». Mais certains fragments sont remontés. Il se souvient avoir frappé « à coups de poing », « peut-être de coups de tête », celui qu’il pensait être un intrus. Et cette phrase glaçante : « J’ai souvenir d’un acharnement de ma part lorsqu’il était à terre. »

Éric, lui, se dit « totalement inconscient » au moment des faits. Laurent raconte pourtant que son aîné « hurlait », « injuriait » l’homme au sol et lui avait « porté des coups de pied à la tête ». Vers 5h15 du matin, Éric affichait encore plus de 1,2 g d’alcool dans le sang. Laurent, contrôlé à 9 heures, dépassait également ce seuil. L’alcool a tout obscurci.

Une voisine a confié que les trois frères « ne s’entendaient pas ». La compagne de Thierry, elle, n’a pas confirmé cette version. Le flou persiste sur la dynamique familiale. Mais une chose est certaine : la violence de cette nuit dépasse tout ce qu’un simple différend peut expliquer.

Homme menotté escorté dans un couloir de tribunal

Confrontations houleuses et procès en juin 2026 : ils risquent 20 ans

Le dossier judiciaire a connu deux confrontations marquantes. En mai 2025, Éric et Laurent, tous deux mis en examen pour meurtre, confirment « ne pas avoir reconnu leur frère au sol ». Mais la séance tourne court : Laurent devient agressif et profère des menaces envers le juge d’instruction.

En juillet 2025, Éric — remis en liberté un an plus tôt — maintient n’avoir « pas le souvenir d’avoir porté des coups ». Laurent, toujours détenu, nuance. Il « suppose » qu’ils se sont « mutuellement attrapés au niveau du cou ». Il reconnaît avoir frappé au visage et vu des coups de pied portés au torse de Thierry.

Au terme de l’instruction, le juge a décidé de renvoyer les deux frères devant la cour criminelle départementale d’Ille-et-Vilaine pour « violence ayant entraîné la mort sans intention de la donner, commise en état d’ivresse manifeste ». Pas un meurtre au sens juridique, mais un crime passible de 20 ans de réclusion. Le procès se tiendra du 15 au 17 juin 2026.

L’un est libre sous contrôle judiciaire. L’autre attend derrière les barreaux depuis plus de trois ans. Tous deux devront expliquer comment on peut battre à mort son propre frère sans le reconnaître.

Thierry voulait juste passer une bonne soirée avec ses frères. Il n’a jamais vu son 61e anniversaire. Trois jours après avoir perdu leur père, Éric et Laurent ont perdu leur cadet — de leurs propres mains. Ce procès à Rennes devra répondre à une question que personne dans cette famille ne pourra plus éviter : l’alcool explique-t-il tout, ou masque-t-il autre chose ?

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *