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Besançon : cet artiste a passé 20 heures sur une fresque en hommage à Lyhanna… la mairie veut tout effacer

Publié par Cassandre le 16 Juin 2026 à 8:05
Fresque murale colorée représentant la justice tenant un enfant

À Besançon, un artiste a consacré plus de vingt heures à peindre une fresque murale en hommage à Lyhanna et à tous les enfants victimes de violences. Le résultat est saisissant : une allégorie de la justice serrant un nourrisson dans ses bras, un enfant à ses côtés. Mais la mairie a décidé de faire effacer l’œuvre, faute d’autorisation. Une décision qui provoque la colère et l’incompréhension de l’artiste.

Une fresque de 20 heures dédiée aux enfants victimes de violences

Personne contemplant un mur repeint en blanc dans une rue

L’artiste Nacle n’avait pas compté ses heures. Tout son dimanche et bien au-delà, il a peint sur un mur de Besançon une œuvre monumentale dédiée à la mémoire de Lyhanna et, plus largement, à tous les enfants touchés par les violences. La fresque représente une femme aux yeux bandés, symbole de la justice, tenant un bébé contre elle tandis qu’un enfant se tient à ses côtés.

Le message est clair, universel, poignant. Nacle voulait interpeller les passants, provoquer une émotion brute chez ceux qui lèveraient les yeux vers le mur. L’artiste l’a répété : il ne cherche ni à imposer une idéologie ni à provoquer la polémique. Juste à toucher.

Mais ce lundi 16 juin, le couperet est tombé. La municipalité a annoncé que la fresque serait effacée, probablement dans les heures qui suivent. L’œuvre inachevée n’aura même pas eu le temps d’être terminée. Nacle a partagé la nouvelle sur son compte Instagram, accompagnée d’un émoji triste qui résume bien le sentiment qui l’habite.

La raison invoquée par la mairie a de quoi faire réagir bien au-delà de la Franche-Comté.

Le maire de Besançon justifie l’effacement par l’absence d’autorisation

Ludovic Fagaut, maire de Besançon, a pris la parole auprès de France 3 Franche-Comté pour expliquer la décision. Son argument tient en un mot : l’autorisation. Nacle n’en avait pas. Il a peint sur un mur qui n’était pas prévu à cet usage, et la mairie ne peut pas, selon l’élu, ouvrir la porte à ce type d’initiative.

« On ne peut pas tolérer que des artistes, quels qu’ils soient, avec toute la bonne intention qui peut être la leur, puissent utiliser des murs qui ne sont pas destinés à ces effets-là », a déclaré le maire. Pour lui, accepter cette fresque reviendrait à sortir d’un « cadre de fonctionnement » qui s’applique à tous. La règle prime, même quand le sujet bouleverse.

L’argument administratif se heurte pourtant à une réalité que Nacle pointe avec amertume. Dans les rues de Besançon, comme dans celles de toutes les villes de France, les tags et les graffitis prolifèrent sur les façades sans que personne ne s’en émeuve. Des gribouillis à la bombe, des signatures illisibles, des obscénités — tout cela reste, parfois pendant des années.

Mais une œuvre de vingt heures dédiée aux enfants victimes de violences, elle, doit disparaître dans l’après-midi. Le deux poids, deux mesures saute aux yeux. Et c’est précisément ce décalage entre le discours officiel et la réalité du terrain qui nourrit la colère de l’artiste.

« Incompréhension totale » : Nacle refuse de se résigner

Face à cette décision, l’émotion l’emporte sur la résignation. Nacle dit être dans une « incompréhension totale ». Le mot revient en boucle dans ses prises de parole. Pas de la colère noire, pas de la révolte bruyante. Plutôt une forme de stupeur froide face à ce qu’il perçoit comme une absurdité.

« Il y a des tags et des graffitis sur des murs dans la rue, qui dérangent plus les gens que ça », lâche-t-il. La comparaison est rude pour la municipalité. Elle souligne un paradoxe que beaucoup d’artistes de rue connaissent bien : l’art sans autorisation est traité de la même manière que le vandalisme, quelle que soit sa qualité ou son intention.

Sur Instagram, la communauté de Nacle s’est mobilisée. Les commentaires oscillent entre indignation et soutien. L’artiste a posté en story une image de sa fresque, accompagnée d’un message laconique annonçant que l’œuvre serait retirée « cet après-midi ou demain ». Vingt heures de travail, un hommage à des enfants brisés par la violence, et quelques coups de rouleau pour tout faire disparaître.

Pour autant, Nacle ne renie rien. « Je ne suis pas là pour imposer un dogme ou une idéologie, je suis juste là pour interpeller les gens et les faire réagir à travers leurs émotions », rappelle-t-il. La fresque n’était pas un acte de défiance. C’était un geste d’humanité, adressé à tous ceux qui passaient devant ce mur.

Effacer un tag, c’est de l’entretien urbain. Effacer une fresque en hommage à des enfants victimes de violences, c’est un message. Reste à savoir si Besançon entendra celui que Nacle essayait de faire passer — ou si d’autres murs, ailleurs, lui donneront une seconde chance.

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