À 68 ans, il gagne plus d’1,5 million d’euros avec 80 serveurs d’IPTV pirate : 6 ans et demi de prison

Un retraité, un local à Chorley, des dizaines de serveurs qui ronronnent jour et nuit. Ça ressemble à un hobby de geek. C’était en réalité une machine à cash, et la justice britannique vient de la démonter.
Le patron, 68 ans, vient d’écoper d’une peine lourde. Mais l’histoire concerne aussi les Français qui paient 10 € par mois pour « tout regarder ». Et le détail le plus inquiétant n’est pas celui qu’on croit.
Un local à Chorley, 80 serveurs et des chaînes premium en libre-service
Il s’appelle Milan Ibrahim. Il a 68 ans et vit à Chorley, dans le Lancashire, en Angleterre. Pendant trois ans, il a dirigé un service d’IPTV pirate qui revendait l’accès à des chaînes premium et à des matchs de Premier League sans aucune autorisation.
On est loin du petit bidouilleur isolé. Selon la police britannique, pas moins de 80 serveurs physiques étaient hébergés dans des locaux sur place. Leur mission : capter, transcoder puis redistribuer des flux venus de chaînes comme la BBC, ITV ou Sky, ainsi que de grandes compétitions sportives.
Ces flux étaient ensuite reconditionnés en abonnements vendus au Royaume-Uni et à l’étranger, notamment à des expatriés britanniques. Un vrai commerce, avec des clients, un catalogue et une facturation.
Pour comprendre pourquoi un tel système peut exister, il faut déjà savoir ce qu’est l’IPTV. Et pourquoi l’Arcom prépare une riposte inédite en France change la donne pour tout le monde.
Reste une question : combien tout ça a-t-il rapporté, et qui a fini par frapper à la porte ?
980 812 £ en trois ans : l’enquête qui a fait tomber le réseau
Le chiffre est vertigineux. En trois ans, le réseau lui aurait rapporté 980 812 £, soit environ 1,15 million d’euros. Le titre de cet article parle de plus d’1,5 million d’euros : ce montant correspond à l’ampleur annoncée par certains médias, mais la police britannique, elle, retient surtout le chiffre en livres.
L’enquête a été menée par la City of London Police et son unité spécialisée, la PIPCU, dédiée aux atteintes à la propriété intellectuelle. Pas des amateurs : ce sont eux qui traquent ce genre de montage.
Techniquement, l’IPTV n’a rien d’illégal en soi. C’est de la télévision diffusée par Internet, utilisée par les box des fournisseurs d’accès et par des plateformes légales. Ce qui bascule dans l’illégalité, rappelle l’Arcom, c’est l’accès à des contenus sans l’accord des ayants droit : matchs en direct, films récents, chaînes payantes à un tarif dérisoire.
La suite, elle, n’a pas traîné. Et si vous pensiez que seuls les gros bonnets étaient visés, la chasse aux clients déclenchée par la justice raconte autre chose.
Le verdict est tombé le 27 août 2026 devant la Preston Crown Court. Milan Ibrahim a été condamné à 6 ans et demi de prison. Une procédure de confiscation a aussi été ouverte au titre du Proceeds of Crime Act, qui vise à récupérer l’intégralité des profits.
Autrement dit : la prison, et en plus la caisse vidée. Mais côté français, que se passerait-il pour un montage identique ?

En France : jusqu’à 7 ans de prison pour les organisateurs, et pour les abonnés ?
Avant de répondre, un détail de contexte : ce couple du Vaucluse et ses 8 000 clients montre que le scénario n’a rien de purement britannique.
Côté revendeurs et organisateurs, le droit français est clair. Le délit de contrefaçon, prévu par l’article L335-2 du Code de la propriété intellectuelle, peut entraîner jusqu’à 3 ans de prison et 300 000 euros d’amende. En cas de bande organisée, la sanction monte à 7 ans et 750 000 euros.
Un montage comparable à celui de Chorley exposerait donc ses auteurs à des sanctions très lourdes.
Et les abonnés ? Ils ne sont pas épargnés. D’abord parce que regarder un match ou une série via un service non autorisé est interdit. Ensuite parce que ce geste alimente un écosystème qui fait l’objet d’enquêtes lourdes, comme celle visant Milan Ibrahim.
En France, 11 % des internautes disent utiliser une IPTV illégale. Ce n’est pas une poignée de marginaux.
Mais le vrai danger pour le client est peut-être ailleurs. L’Arcom alerte sur la cybersécurité : applications modifiées, box IPTV non officielles et sites illégaux peuvent contenir des malwares, voler des données bancaires ou servir à des tentatives de phishing.
Vous économisez quelques euros par mois, et vous offrez peut-être votre IBAN à un inconnu. C’est là que l’addition peut devenir salée.
Ce que ce verdict britannique annonce pour les adeptes français
Cette condamnation est présentée comme un signal : la répression de l’IPTV illégale se renforce. Elle éclaire d’un jour nouveau les risques qui pèsent sur les amateurs français de ces offres « pas chères ».
Concrètement, un réseau industriel comme celui de Chorley laisse des traces : serveurs, flux, paiements, listes de clients. Les enquêteurs savent désormais remonter la chaîne, et les risques réels de l’abonné simple méritent d’être regardés de près.
Autre chantier : le blocage. À l’approche des grands rendez-vous sportifs, l’Arcom pourra couper le signal IPTV pirate en plein penalty. Un abonné peut donc se retrouver devant un écran noir au pire moment.
À surveiller ensuite : la procédure de confiscation lancée contre Milan Ibrahim, qui doit permettre de récupérer l’intégralité de ses profits. Et la suite donnée, côté français, aux enquêtes visant les revendeurs.
Une chose est sûre : l’argument « tout le monde le fait » tient de moins en moins la route.
Un retraité de 68 ans a transformé un local en usine à streaming, et il en sortira à près de 75 ans. Le prix de l’abonnement pirate n’est jamais le prix réel.
Pour la suite, ouvrez l’œil : ce réseau qui a utilisé votre box internet à votre insu pendant 17 ans prouve que le piratage peut aussi vous viser sans que vous ayez rien fait.
Et si la question vous trotte dans la tête, ce test gratuit de deux minutes pour savoir si vos mots de passe sont déjà en vente vaut le détour.