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Accusé d’avoir violé 89 enfants dans 11 pays entre 1967 et 2022, Jacques Leveugle meurt en détention à 79 ans

Publié par Cassandre le 22 Sep 2026 à 11:39

Il aura fallu des mémoires personnels retrouvés par hasard pour faire tomber un homme resté insoupçonnable pendant plus de cinquante ans. Enseignant, éducateur sportif, homme de confiance dans plusieurs pays : Jacques Leveugle avait construit sa vie entière autour de son accès aux enfants.

Il est mort samedi en détention provisoire, a confirmé le parquet de Grenoble à BFMTV ce lundi 21 septembre. Il avait 79 ans et n’aura jamais été jugé.

Silhouette dans un couloir d'école vide et sombre

Un neveu qui tombe sur des mémoires compromettants

Banc de tribunal vide baigné de lumière dorée

Tout commence par une découverte familiale, presque banale en apparence. Le neveu de Jacques Leveugle met la main sur des écrits personnels de son oncle, et ce qu’il y lit le glace.

L’homme s’y décrit lui-même comme un « gentleman boy lover », un terme qu’il justifie en invoquant la Grèce antique et ses « éphèbes ». Il cite même les écrivains André Gide et Henry de Montherlant pour appuyer sa vision du monde.

Ces documents, transmis aux autorités, deviennent le point de départ d’une enquête d’une ampleur rare. Mis en examen et placé en détention provisoire en février 2024, Leveugle est soupçonné de viols aggravés et d’agressions sexuelles sur 89 mineurs entre 1967 et 2022.

Cinquante-cinq ans à sillonner le monde sans jamais être repéré

Ce qui frappe les enquêteurs, c’est la durée et l’étendue géographique des faits reprochés. Né à Annecy en 1946, Leveugle avait fait des études de lettres et suivi des formations d’éducateur et d’infirmier, jamais terminées.

Il a ensuite occupé des postes d’enseignant, d’éducateur sportif ou de soutien scolaire pendant près de six décennies. Un profil qui lui donnait un accès direct et répété à des enfants, souvent issus de milieux défavorisés.

Outre la France métropolitaine et la Nouvelle-Calédonie, l’enquête a établi qu’il avait circulé dans neuf autres pays : Algérie, Suisse, Allemagne, Maroc, Niger, Colombie, Philippines, Portugal et Inde. Selon les enquêteurs, il exerçait une « séduction intellectuelle » sur des jeunes vulnérables, loin des regards.

Cette dispersion géographique explique en partie pourquoi il a pu échapper aux radars aussi longtemps. Mais elle n’explique pas tout : deux autres drames restaient enfouis dans son passé familial.

Mémoires et lettres manuscrites sur un bureau

Deux meurtres dans la famille, vingt ans d’écart

Au-delà des agressions sexuelles, Jacques Leveugle était aussi soupçonné du meurtre de sa mère en 1974, puis de celui de sa tante en 1992. Deux affaires familiales restées longtemps sans suite, avant de refaire surface avec l’enquête sur les violences sexuelles.

Ce type de dossier n’est pas isolé : d’autres cold cases français ont mis des décennies avant d’être résolus, parfois grâce à un simple test ADN ou à un témoignage tardif.

Face à l’ampleur du dossier Leveugle, les enquêteurs ont fini par lancer un appel à témoins public le 10 février dernier. Une démarche destinée à accélérer l’identification des victimes potentielles, encore nombreuses et dispersées sur plusieurs continents.

79 victimes potentielles identifiées, un procès qui n’aura jamais lieu

Le travail des enquêteurs avait permis d’identifier 79 mineurs susceptibles d’avoir subi des attouchements ou des viols. Parmi eux, 55 personnes avaient été entendues et 24 avaient formellement déposé plainte.

Le parquet espérait un procès en 2027, malgré un obstacle juridique majeur : la quasi-totalité des faits reprochés étaient déjà prescrits. Seule une partie très limitée du dossier pouvait donc réellement aboutir devant un tribunal.

La mort de Leveugle samedi ferme définitivement cette perspective. Comme dans d’autres affaires où le principal suspect meurt avant son procès, les victimes se retrouvent privées de toute réponse judiciaire officielle.

Ce type de dénouement rappelle d’autres dossiers sensibles où la justice n’a jamais pu clore le chapitre, à l’image de l’affaire Dupont de Ligonnès, toujours en suspens des années après les faits.

Carte du monde avec marqueurs sur plusieurs pays

Une affaire qui relance le débat sur les prédateurs invisibles

Le cas Leveugle illustre un problème structurel : comment un homme peut-il agir pendant 55 ans, dans onze pays différents, sans jamais être arrêté plus tôt ? La réponse tient en partie à son statut professionnel, qui lui offrait une légitimité immédiate auprès des familles.

Des affaires similaires ont récemment secoué le milieu scolaire et périscolaire en France, comme celle de l’école Saint-Dominique à Paris, où seize personnes avaient été interpellées. Des propositions politiques émergent d’ailleurs régulièrement pour mieux encadrer ces professions, à l’image du fichier public des délinquants sexuels réclamé par certains élus.

Pour les 24 victimes qui avaient porté plainte, la mort de Jacques Leveugle laisse un goût amer. Aucune audience, aucun jugement, aucune condamnation ne viendra jamais nommer officiellement ce qu’elles ont vécu.

Vous pouvez partager cette affaire pour qu’elle continue d’être connue, malgré l’absence de procès.

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