« On aurait pu l’éviter » : à 90 ans, il aurait tué ses voisins octogénaires en Béarn

À Lagor, petite commune du bassin de Lacq en Béarn, la soirée du mardi 22 septembre a viré au cauchemar. Quatre coups de feu ont retenti dans un quartier tranquille, entre voisins qui se connaissaient depuis des décennies. Un couple d’octogénaires a perdu la vie, et un homme de 90 ans a été interpellé. Derrière ce drame, une guerre de voisinage vieille de plusieurs années que le maire regrette de ne pas avoir su désamorcer.
Un quartier paisible, des coups de feu, un couple sans vie
Il est environ 20 heures ce mardi 22 septembre lorsque Guillaume, un habitant récemment installé à Lagor, sort fumer une cigarette devant chez lui. Il entend deux détonations rapprochées, puis une troisième une quinzaine de secondes plus tard. « Je connais le bruit du fusil de chasse, je n’ai pas imaginé que ça pouvait être un drame », confie-t-il.
Un peu plus loin, chemin du Stade, près du cimetière communal, un autre riverain alerte aussitôt les gendarmes et les pompiers. Selon La République des Pyrénées, un couple d’octogénaires vivant juste en face de chez lui vient de perdre la vie, tué à coups de fusil par un troisième voisin de 90 ans.
Ce type de violence soudaine entre voisins reste rare, mais il rappelle d’autres faits divers récents où le drame a surgi sans prévenir, comme cette fusillade dans un lycée turc qui a fait huit blessés.
Le suspect, interpellé sans opposer de résistance, aurait selon l’AFP saisi son arme après avoir reçu une pierre lancée par son voisin. Un geste isolé qui a mis fin à des années de tensions, un peu comme dans l’affaire de ce père de famille texan arrêté après une fusillade routière.
Décennies de procès pour des « choses futiles »
Les victimes, un homme de 85 ans et son épouse de 82 ans, sont décédées sur place, dans leur jardin. Le maire de Lagor, Franck Rolland, s’est rendu sur les lieux dès le mercredi matin. « On sait qu’il y a un problème de voisinage depuis des décennies », explique-t-il, encore sous le choc.
Selon l’édile, les deux couples se sont affrontés à de multiples reprises devant le tribunal, pour des motifs qu’il qualifie lui-même de « futiles » : désherbant versé sur des légumes, dégradations supposées, véhicules mal garés. Une querelle qui aurait dégénéré au fil des ans, sans jamais trouver d’issue.
Le point de rupture semble remonter au printemps dernier, quand le nonagénaire aurait cassé un mur qu’il estimait responsable de l’inondation de son cabanon. « Il l’a recassé après reconstruction », précise le maire. Ce genre de conflit qui s’enlise évoque parfois des enquêtes bien plus longues, à l’image du dossier Émile, où chaque détail compte.
Le procureur de la République de Pau, Rodolphe Jarry, a confirmé la garde à vue de l’homme de 90 ans dès 20h35 mardi, pour le meurtre de deux personnes. L’enquête, confiée à la brigade de recherches d’Orthez, doit encore établir les circonstances exactes des tirs, un travail minutieux que rappelle aussi l’affaire Dupont de Ligonnès.

« Ça va mal se finir » : une caméra installée par les enfants
Le détail le plus glaçant tient dans une confidence faite par la victime elle-même. Avant sa mort, l’homme de 85 ans aurait confié au maire : « Ça va mal se finir. » Un pressentiment qui, avec le recul, résonne comme une alerte que personne n’a su entendre, comme dans l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès, où chaque indice pris isolément semblait anodin.
Des menaces de mort auraient été proférées à plusieurs reprises. Inquiets, les enfants du couple avaient fait installer une caméra de surveillance, conscients du climat délétère qui régnait entre les deux maisons. Franck Rolland avait lui-même tenté une médiation, sans succès : « J’étais déjà intervenu, sans succès. »
Le tireur présumé, qui parle portugais, a nécessité l’intervention d’un interprète pour sa garde à vue, prolongée mercredi soir. Ce mercredi matin, il a été ramené menotté et visage caché sur les lieux du drame, entouré d’une dizaine de gendarmes.
Le maire, très affecté, envisage désormais d’annuler les fêtes du village prévues les 25, 26 et 27 septembre. Un geste symbolique pour une commune sous le choc, où l’on repense déjà à des affaires marquées par des signalements ignorés, comme celle évoquée dans le dossier Adriana Karembeu.
En Béarn, une querelle de voisinage vieille de plusieurs décennies s’est achevée dans le sang, faute d’avoir été prise au sérieux à temps. « Avec le recul, on se dit qu’on aurait pu l’éviter », résume le maire de Lagor, la voix encore tremblante. Combien d’autres conflits similaires couvent, ailleurs, sans qu’on y prête attention ?