« La culpabilité tous les jours » : cette mère qui avait alerté 9 mois avant la mort de Lyhanna n’a toujours aucune réponse


Une plainte déposée en août 2025. Un suspect déjà signalé. Et neuf mois plus tard, une enfant retrouvée morte dans un silo agricole du Gers. Audrey, la mère de Rosa, avait pourtant alerté la gendarmerie bien avant le drame. Ce mardi 16 juin, elle a brisé le silence sur BFMTV pour dénoncer ce qu’elle considère comme une faille béante du système judiciaire. Son témoignage fait froid dans le dos.
Affaire Lyhanna : une plainte restée sans suite pendant 9 mois
Audrey n’est pas une inconnue dans ce dossier. Elle fait partie des personnes qui ont déposé plainte contre Jérôme Barella, l’homme de 41 ans suspecté dans l’affaire de la mort de Lyhanna. Sa fille Rosa serait l’une des victimes présumées du même individu.
La plainte pour viols a été déposée en août 2025. Depuis, rien. Aucun retour, aucune convocation, aucun suivi. « Aucune nouvelle », résume Audrey face aux caméras. Neuf mois de silence de la part de la gendarmerie, pendant que le suspect restait en liberté.
Le 4 juin dernier, le corps de Lyhanna a été retrouvé dans un silo agricole de Puycasquier, dans le Gers. Une enfant de l’Aide sociale à l’enfance, confiée à un système censé la protéger. Le choc a été immense dans toute la France.
Depuis cette découverte, les langues se délient. Une nouvelle plainte a été déposée ce lundi contre Barella, après les accusations de Léa, une autre pensionnaire placée à l’ASE. Un signalement de l’ASE à la justice datant de mars dernier a également été révélé. Autant d’alertes qui, selon Audrey, auraient dû déclencher une réaction bien plus rapide.
« La justice n’a pas fait son travail » : le cri d’une mère ignorée
Les mots d’Audrey sont sans détour. « La justice n’a pas fait son travail, ça montre qu’il manquait quelque chose et ils n’ont pas été là quand on en avait besoin. » Pas de colère spectaculaire. Juste une lucidité glaçante, portée par des mois de frustration accumulée.
Ce qu’elle pointe, ce sont des « responsabilités individuelles » et des « manquements » concrets. La chaîne qui va du dépôt de plainte à l’enquête, puis à la mise en examen, a tout simplement été rompue. Ou n’a jamais fonctionné. Ce type de défaillance institutionnelle n’est malheureusement pas un cas isolé.
Au-delà de la plainte, il y a la vie quotidienne. Audrey décrit une petite fille, Rosa, « très triste », qui ne comprend pas ce qui lui est arrivé. « Elle a des questions où je n’ai pas de réponses », confie la mère. Elle tente de l’accompagner, de la faire avancer, tout en gérant sa propre douleur.
Car depuis la mort de Lyhanna, Audrey porte un poids supplémentaire. « La culpabilité tous les jours en me levant, en me couchant. » La culpabilité de celle qui avait prévenu, qui avait fait ce qu’il fallait faire, et que personne n’a écoutée à temps.

Une cagnotte « Plus jamais ça » et un combat qui ne fait que commencer
La solidarité locale s’organise autour de cette mère. Un club de taekwondo d’Auch, où se sont côtoyés Audrey, Rosa et Jérôme Barella, a lancé une cagnotte en ligne baptisée « Plus jamais ça ». L’objectif : aider Audrey à financer son combat judiciaire, car se constituer partie civile et suivre une procédure pénale a un coût que les familles modestes ne peuvent pas toujours assumer.
Audrey, elle, ne compte pas s’arrêter là. « Je continuerai à me battre pour que les lois passent et protègent nos enfants », affirme-t-elle. Derrière cette phrase, il y a une conviction simple : si sa plainte avait été traitée en août 2025, le parcours de Barella aurait peut-être été interrompu. Et Lyhanna serait peut-être encore en vie.
L’affaire met en lumière les failles de la protection de l’enfance en France. Les signalements qui s’empilent. Les plaintes qui dorment. Les enfants placés à l’ASE qui restent exposés à des dangers que le système est censé prévenir. Le dossier Lyhanna n’est pas qu’un fait divers. C’est un miroir tendu à toute une institution.
Neuf mois de silence après une plainte pour viols sur mineure. Une enfant morte. Et une mère qui porte la culpabilité d’avoir eu raison trop tôt. L’affaire Lyhanna vient rappeler que protéger les enfants ne peut pas rester un vœu pieux quand les alertes existent mais que personne ne décroche le téléphone. La vraie question, maintenant : combien d’autres plaintes dorment encore dans un tiroir ?