« La Team du Château » : l’influenceur qui humiliait des sans-abri en direct placé en détention provisoire

Des centaines de milliers de vues, un manoir isolé, et des personnes vulnérables filmées en direct. Depuis plusieurs mois, un compte suivi sur TikTok, Kick et Twitch cumulait les scores en mettant en scène des humiliations. Cette fois, la justice a tranché, et la sanction est lourde.
Un manoir transformé en plateau de streaming
Tout se passait à Saint-Gervais-la-Forêt, dans le Loir-et-Cher, dans un manoir devenu le décor d’un compte baptisé « la team du château ». L’influenceur, connu sous le nom de Mounim Sabhi, y hébergeait des personnes sans abri, présentées par le parquet comme « pour la plupart » en grande vulnérabilité ou précarité.
Ce phénomène de streaming extrême n’est pas isolé : d’autres créateurs de contenus avaient déjà bâti leur audience sur des mises en scène similaires, dans un univers où la frontière entre contenu viral et exploitation humaine devient de plus en plus floue.
L’enquête, ouverte en avril 2026, a permis de documenter « de nombreux faits de violences et d’humiliations » selon le procureur de la République de Blois, Stéphane Javet. Le manoir lui-même a été saisi, considéré comme « l’instrument de plusieurs des infractions » commises.
Six chefs d’infraction, jusqu’à cinq ans de prison
Lundi, l’homme a été interpellé directement dans le manoir qu’il occupait, puis placé en garde à vue. Mercredi, le couperet est tombé : détention provisoire pour lui, contrôle judiciaire pour sa compagne. Leur jugement est fixé au 19 novembre.
Six chefs d’infraction ont été retenus contre le créateur de contenus. Parmi eux, des violences sur personne vulnérable et la diffusion d’images liées à une atteinte à l’intégrité physique d’autrui, deux qualifications qui pèseront lourd devant les juges.
Plus grave encore, l’abus frauduleux de l’état de sujétion par pressions ou procédés numériques a été retenu. Cette infraction, qui vise spécifiquement l’emprise exercée via un support numérique, est passible de cinq ans d’emprisonnement et 750 000 euros d’amende.
Ce cadre juridique fait écho à une préoccupation croissante autour des dérives numériques, où l’audience se construit parfois sur la souffrance filmée d’autrui, sans que les plateformes n’interviennent à temps.

Un passé judiciaire déjà chargé
Ce n’est pas la première fois que le nom de ce streamer apparaît dans un dossier judiciaire. Déjà condamné en avril pour refus d’obtempérer et conduite en état d’ivresse, il doit aussi répondre de violences conjugales dans une autre procédure, tandis qu’une enquête pour viol le concernant est en cours.
Depuis septembre 2025, il était déjà placé sous contrôle judiciaire dans plusieurs affaires distinctes : escroquerie en bande organisée, travail dissimulé, abus de biens sociaux et blanchiment. Un empilement de procédures qui dessine le profil d’un homme rattrapé par la justice sur plusieurs fronts à la fois.
L’affaire rappelle un autre dossier qui avait secoué la France en 2025 : celui de Jean Pormanove, ce streamer mort en direct après des mois de violences filmées. Début août, les créateurs de la chaîne concernée, Naruto et Safine, ont été condamnés à des peines de prison avec sursis pour des faits similaires, commis entre 2023 et 2025 sur Twitch puis Kick.
Ce précédent avait déjà ouvert un débat national sur les dérives du streaming en ligne et l’absence de garde-fous réels sur ces plateformes de diffusion en direct. Deux ans plus tard, la justice semble décidée à ne plus fermer les yeux.
Le manoir de Saint-Gervais-la-Forêt restera fermé jusqu’au procès. Reste à savoir si cette affaire marquera un vrai tournant dans la surveillance des contenus de streaming extrême, ou si d’autres comptes prendront simplement le relais.