« Le père a appris au fils à me violer » : l’enfer de Nelty, abusée 480 fois entre ses 7 et 13 ans, longtemps négligé par la police

Pendant six ans, entre ses 7 et ses 13 ans, une petite fille a subi l’indicible dans la maison de ses voisins. Son bourreau présumé avait été formé à la violence par son propre père. Aujourd’hui, Nelty Couty raconte un calvaire que ni sa famille ni la police n’ont voulu voir — et la justice commence enfin à l’entendre.
Saint-Michel, près d’Angoulême : quand l’amitié entre deux fillettes servait de piège
L’histoire commence dans un quartier tranquille de Saint-Michel, près d’Angoulême, en Charente. Nelty est une gamine comme les autres. Elle traîne avec Nadia, la sœur cadette de Cyrille H., son voisin. Des mercredis et des samedis passés à jouer ensemble, des goûters ordinaires. Sauf que rien, dans cette maison, n’était ordinaire.
Le patriarche, Jean-Jacques H., cadre dans l’industrie, orchestre tout. « Il me disait de venir jouer avec sa fille, elle servait d’appât », confie Nelty des décennies plus tard. La fillette ne se doute de rien. Elle revient, encore et encore, dans ce foyer où les signaux d’alerte s’accumulent sans que personne ne réagisse.
Ce que Nelty décrit, c’est un système. Un père qui initie son fils aux abus, un cadre familial verrouillé, une victime isolée par la confiance de son propre entourage. Et un silence qui va durer quarante ans. L’ampleur des violences alléguées donne le vertige : 480 viols entre ses 7 et ses 13 ans, selon ses déclarations. Un chiffre qui traduit une routine de l’horreur, pas un accident.
Car Cyrille H. n’aurait pas agi seul ni par hasard. Selon l’enquête, c’est bien son père qui lui aurait transmis ce comportement prédateur. Un héritage de la violence sexuelle, un schéma que la justice française met parfois des décennies à identifier et à briser.
Cyrille H., 54 ans : mis en examen après 40 ans d’abus présumés sur son entourage
Mis en examen en 2024, Cyrille H. est aujourd’hui âgé de 54 ans. Nelty n’est pas sa seule accusatrice, mais elle est de loin la plus ancienne. Les faits qu’elle dénonce remontent à l’enfance, à une époque où la parole des victimes mineures pesait encore moins qu’aujourd’hui.
Le dossier judiciaire est massif. Cyrille H. aurait commis des abus sexuels sur sa jeune voisine et sur d’autres personnes de son entourage pendant quatre décennies. Quarante ans durant lesquels la police n’a pas donné suite aux éléments dont elle disposait, selon le récit de Nelty.
Ce mardi, la cour d’appel de Bordeaux a refusé de le libérer dans l’attente de son procès. Une décision qui a soulagé celles et ceux qui suivent cette affaire depuis des mois.
Nelty n’en dormait plus depuis des jours avant cette audience. Le risque de voir son agresseur présumé remis en liberté la hantait. « Le père a appris au fils à me violer », résume-t-elle dans une phrase glaçante qui condense à elle seule l’horreur d’un système familial. La mère de Cyrille H. est quant à elle poursuivie pour non-dénonciation. Un volet du dossier qui interroge sur la complicité passive au sein du foyer.
L’ombre de Jean-Jacques H. plane toujours sur l’affaire. Même si les poursuites visent principalement son fils, c’est bien le père qui aurait installé les fondations de cette mécanique de prédation. Un homme respectable en apparence, comme tant d’agresseurs dont le profil ne correspond jamais au cliché du monstre visible.

Quand la police ignore les victimes : le combat de Nelty pour être enfin entendue
Les témoignages qui émergent dans ce type d’affaires révèlent toujours le même schéma : des années de silence imposé, puis une parole qui se libère et se heurte à l’incrédulité des institutions. Nelty a longtemps été confrontée à l’inaction de la police.
Son calvaire, ignoré pendant des décennies, illustre une faille systémique dans le traitement des violences sexuelles sur mineurs en France. Combien de signalements classés sans suite ? Combien de victimes découragées par l’indifférence des autorités ? La réponse est difficile à chiffrer, mais le parcours de Nelty en est une illustration douloureuse.
Aujourd’hui, la justice avance. Le maintien en détention de Cyrille H. est un premier pas. Le procès à venir devra démêler quatre décennies de violences présumées, identifier toutes les victimes et déterminer le rôle exact de chaque membre de la famille. La mère, poursuivie pour non-dénonciation, devra répondre de ce qu’elle savait — ou refusait de voir.
Nelty, elle, a choisi de témoigner à visage découvert. Un acte de courage rare dans un pays où la honte pèse encore trop souvent sur les épaules des victimes plutôt que sur celles des agresseurs. Son combat dépasse désormais son propre dossier : il pose la question de la transmission intergénérationnelle de la violence et de la responsabilité collective face au silence.
« Le père a appris au fils. » Cette phrase résume à elle seule l’horreur d’un système où la prédation se transmet comme un héritage. Il aura fallu quarante ans pour que la justice s’en empare. Quarante ans, c’est une vie entière volée. La question qui reste : combien d’autres Nelty attendent encore qu’on les croie ?