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« On aurait dit une cave de la Gestapo » : cette octogénaire a passé six jours aux urgences sans lit

Publié par Cassandre le 23 Août 2026 à 7:16

Nino-Anne Dupieux a 85 ans. Ancienne adjointe au maire d’Orléans, elle pensait connaître le système de santé français de l’intérieur. Ce qu’elle a vécu le mois dernier aux urgences de sa ville l’a laissée sans voix.

Des hémorragies internes graves, un brancard en guise de lit, et six jours d’attente avant de pouvoir enfin rentrer chez elle. Son témoignage, publié dans les médias français, décrit un enfer qu’elle n’imaginait pas possible en France.

Femme âgée allongée sur un brancard aux urgences

Un brancard pour lit, un brancard pour toilettes

Couloir d'hôpital rempli de brancards la nuit

Tout commence par des saignements qu’elle ne parvient pas à contrôler. Direction les urgences de l’hôpital d’Orléans, où elle espère être prise en charge rapidement.

Au lieu de ça, elle se retrouve littéralement garée dans un couloir. Aucun lit disponible, aucune chambre : juste un brancard, qui va devenir son unique espace pendant près d’une semaine.

Devenue incontinente à cause de ses saignements, elle ne peut même pas descendre seule pour aller aux toilettes. « Les infirmiers essuyaient constamment le sang et nettoyaient mes selles. Ce brancard était à la fois mon lit et mes toilettes », écrira-t-elle plus tard dans une lettre adressée à l’établissement.

Une scène qui rappelle d’autres attentes interminables aux urgences françaises, où le manque de lits transforme les couloirs en salles d’attente géantes.

Le refus qui change tout

Après plusieurs jours dans ce couloir, elle est transférée sur son brancard vers une salle de travail réservée aux médecins. Pas de fenêtre, toujours pas de lit médicalisé.

« Et encore, j’ai eu de la chance. D’autres devaient attendre sur des chaises parce qu’il n’y avait pas assez de brancards », confie-t-elle. Une phrase qui résume à elle seule la saturation du service.

Pendant ce temps, son état ne s’améliore pas. Le personnel manque cruellement de médecins et d’anesthésistes pour réaliser les examens dont elle a besoin.

On lui propose alors une endoscopie et une coloscopie sans anesthésie. Sa réponse est immédiate : « C’est une horreur, j’ai refusé. J’ai 85 ans. » Mais autour d’elle, d’autres patients, eux, subissent ces gestes sans anesthésie.

« On aurait dit une cave de la Gestapo »

C’est l’un des passages les plus durs de son témoignage. Allongée sur son brancard, elle entend les cris des autres patients auxquels on introduit une sonde sans anesthésie.

« Ils criaient tellement fort : on aurait dit une cave de la Gestapo. J’en ai eu des frissons », raconte-t-elle. Une comparaison brutale, mais révélatrice de ce qu’elle a traversé.

Son état continue de se dégrader. Quand le personnel réalise l’ampleur de ses pertes de sang, elle reçoit une transfusion sanguine, directement sur son brancard.

Une rectoscopie finit par être pratiquée, toujours sur ce même brancard, sous légère sédation. Mais une chambre avec un vrai lit reste introuvable. D’autres établissements ont connu des attentes tout aussi longues sur un brancard, signe d’un problème qui dépasse largement le cas d’Orléans.

Le sixième jour, elle craque

Au bout de six jours et cinq nuits, Nino-Anne Dupieux n’en peut plus. Elle appelle son mari pour qu’il vienne la chercher, quitte à partir sans réponse médicale.

« Mes saignements s’étaient arrêtés et, quoi qu’il arrive, je ne voulais pas passer une nuit de plus dans cet endroit », explique-t-elle. Elle ignore toujours la cause exacte de ses hémorragies : aucun médecin n’a pu l’examiner en profondeur.

« J’ai rencontré un jeune médecin qui m’a dit : si j’avais su cela à l’avance, je ne serais jamais devenu médecin », résume-t-elle dans sa lettre. Une phrase qui en dit long sur l’état d’esprit du personnel soignant lui-même.

Un problème loin d’être isolé

Face à ce témoignage, l’hôpital d’Orléans a présenté ses excuses et annoncé une enquête interne pour comprendre comment une telle situation a pu se produire.

Les syndicats du personnel soignant, eux, ne sont pas surpris. Ils pointent des problèmes structurels : manque de personnel, manque de lits, manque de moyens. Un constat que partagent de nombreux métiers en pénurie en France, dont ceux du secteur médical.

Selon les chiffres du gouvernement, le temps d’attente moyen aux urgences est de 3 heures et 10 minutes. Mais dès que des soins supplémentaires sont nécessaires, l’attente moyenne grimpe à plus de 17 heures.

« À peu près partout, il arrive que des patients attendent plus de 24 heures sur un brancard dans un couloir », affirme le syndicat des médecins urgentistes. Un chiffre qui donne le vertige.

En janvier dernier, deux patients sont morts à l’hôpital de Rennes alors qu’ils patientaient sur des brancards dans un couloir. L’année précédente, une Française de 20 ans est décédée après une journée entière d’attente sans prise en charge.

Octogénaire soulagée quittant enfin l'hôpital

Des drames qui rappellent que derrière chaque statistique, il y a une histoire comme celle de Nino-Anne Dupieux. Et que le système hospitalier français, malgré ses efforts, continue de craquer sous la pression.

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