Un ex-vétérinaire tué par un chien : la terrible vérité sur ce que sa colocataire a caché à la police

Un homme de 77 ans retrouvé nu, face contre terre, dans son propre jardin. Plus de 1 000 morsures et griffures sur tout le corps. Et une femme de 78 ans qui comparaît aujourd’hui devant la justice, non pas pour le meurtre, mais pour avoir tenté d’effacer les traces.
L’histoire se déroule à Meriden, dans les West Midlands en Angleterre, et elle a de quoi glacer n’importe quel amoureux des animaux. Cinq chiens de montagne bernois, une cohabitation qui tourne mal, et un procès qui pose une question dérangeante : que s’est-il vraiment passé ce jour de novembre 2023 ?
Un appel au secours à peine audible
Antony Harrington était vétérinaire à la retraite. Il vivait dans sa grande propriété, The Old Rectory, où il hébergeait depuis peu June Miles, 78 ans, et ses cinq chiens de montagne bernois.
Les deux se connaissaient depuis un quart de siècle, via le monde de l’élevage canin. Miles avait signé un bail lui donnant accès à une annexe, une cour et un abri sécurisé pour ses bêtes.
Le soir du drame, c’est elle qui appelle les secours. L’enregistrement du 999 britannique, diffusé au tribunal, est difficilement audible tant la femme est bouleversée. « Je crois qu’il est mort… qu’est-ce que je fais, qu’est-ce que je fais ? », répète-t-elle en boucle pendant quinze minutes d’appel.
Les secours arrivent, mais il est trop tard. Le corps d’Antony Harrington est découvert par sa voisine, Zoe Wild, accourue avant les ambulanciers.
Un corps « comme une statue de cire »

Le témoignage de la voisine est glaçant. Elle décrit un homme « complètement nu », les membres écartés, « blanc et bleu ». « C’était complètement évident qu’il était mort, il ressemblait à une statue de cire », a-t-elle raconté aux jurés.

Selon elle, les chiens de la propriété étaient « hors de contrôle » depuis plusieurs semaines. Elle affirme même les avoir entendus se battre entre eux dans les jours précédant le drame, un détail qui n’annonçait rien de bon.
Le pathologiste chargé de l’autopsie a confirmé la violence inouïe de l’attaque. Certaines des blessures étaient qualifiées d’« extrêmement destructrices », touchant la tête, le cou, les bras, le torse, les jambes et le dos de la victime.
Mais le plus troublant reste à venir : deux des cinq chiens n’étaient plus sur les lieux quand la police est arrivée.
Le sang qui accuse Nigel
C’est là que l’affaire bascule. Les enquêteurs retrouvent finalement Otis et Nigel, deux mâles adultes, enfermés dans une dépendance abandonnée d’une ferme où June Miles avait vécu auparavant.
Sur le museau de Nigel, une tache de sang. L’analyse ADN confirme qu’il s’agit bien du sang d’Antony Harrington. Un élément que le procureur Dan Pawson-Pounds KC qualifie de « claire inférence » impliquant l’animal dans l’attaque.
Mais impossible pour les enquêteurs d’exclure formellement les trois autres chiens présents sur la propriété ce jour-là. Le doute demeure entier sur qui, exactement, a porté les coups fatals.
La vraie question posée aux jurés n’est donc pas de savoir quel chien a tué. Elle est ailleurs : pourquoi June Miles a-t-elle déplacé précisément ces deux animaux, et Nigel en particulier, loin de la scène du drame ?
Un alibi qui ne tient pas la route
Face aux enquêteurs, June Miles affirme avoir été absente de la propriété toute la journée du drame. Un détail vérifiable, pensait-elle sans doute.
Sauf que les caméras de vidéosurveillance routières racontent une autre histoire. Elles la situent aux abords de la maison, avec largement le temps de découvrir le corps et de déplacer les chiens avant de partir voir des amis à Birmingham, comme elle l’a déclaré à la police.
Le timing est glaçant : les enquêteurs estiment qu’Antony Harrington a probablement été attaqué avant 12h17, heure à laquelle il a reçu un texto resté sans réponse. Interrogée sur la présence du sang de la victime sur le museau de Nigel, Miles a largement répondu « sans commentaire ».
La veille du drame, une autre attaque
Ce que révèle aussi le procès, c’est qu’Antony Harrington n’était pas la première victime. La veille de sa mort, sa fille Wendy Harrington, 56 ans, avait elle-même été attaquée par Phoebe, l’une des femelles bernoises de Miles.
En pénétrant dans la cour de son père par un portillon, elle s’était retrouvée « acculée » par Phoebe et les trois mâles qui « rôdaient autour ». L’attaque, qui a duré « moins d’une minute mais a semblé beaucoup, beaucoup plus longue », lui a laissé des morsures à la cuisse, aux fesses, à la jambe et une plaie perforante au pied, les crocs de l’animal ayant traversé sa botte en daim.
Wendy Harrington est restée debout tout du long. « Je savais que si je les laissais me faire tomber, ça allait faire mal et je n’allais pas me relever », a-t-elle expliqué au tribunal. L’attaque n’a cessé que lorsque June Miles est intervenue avec une gamelle métallique pour frapper les chiens.
Malgré la gravité des faits, Wendy Harrington n’a pas porté plainte. Son père le lui avait demandé, les chiens représentant « toute la vie » de June Miles à ses yeux. Un choix qui, avec le recul, prend une tournure tragique.
Ce que la justice doit encore trancher
June Miles, domiciliée à Atherstone dans le Warwickshire, a reconnu à la veille de son procès être propriétaire d’un chien ayant causé des blessures alors qu’il était dangereusement hors de contrôle, en référence à l’attaque contre Wendy Harrington.
Elle plaide en revanche non coupable de l’accusation principale : avoir entravé le cours de la justice en déplaçant deux des animaux. Le procès se poursuit devant la Crown Court de Warwick, alors que les jurés doivent statuer sur ses intentions réelles ce jour-là.
Cette affaire relance en tout cas le débat sur la responsabilité des propriétaires de chiens de grande taille, un sujet déjà abordé dans le cadre du procès Elisa Pilarski, ou encore lors du drame ayant coûté la vie à une jeune femme de 19 ans en Essex, tuée par le chien de sa propre famille.