« Je n’en peux plus » : après la fusillade de Trappes, la mère du tireur s’est présentée d’elle-même à la police

Un homme tué, cinq blessés, dont une fillette de 12 ans : la fusillade de Trappes et La Verrière a sidéré les Yvelines. Au lendemain du drame, l’enquête se tourne vers l’entourage du suspect. Une de ces gardes à vue concerne la mère de Kevin T., et un détail de son arrivée chez les policiers intrigue. Les mots que le tireur présumé aurait prononcés à son arrestation éclairent, eux, son mobile.
Trois proches en garde à vue au lendemain du périple meurtrier de Kevin T.
Samedi, le Parquet national antiterroriste (PNAT) a annoncé le placement en garde à vue de trois membres de l’entourage familial et amical du tireur présumé. Kevin T., 39 ans, avait été interpellé la veille, vendredi 23 octobre, après avoir semé la terreur dans les rues de Trappes et La Verrière.
Le bilan est lourd : un homme a perdu la vie et cinq autres personnes ont été blessées. Parmi elles figure une petite fille de 12 ans. Le PNAT est saisi, ce qui place d’emblée l’affaire dans le champ de l’attaque terroriste.
La première garde à vue d’un proche avait été annoncée dès vendredi, juste après l’arrestation. Elle a depuis été suivie de deux autres. Le parquet n’a pas détaillé, dans les éléments rapportés, le rôle exact que chacun aurait pu jouer.
Ces mesures ne valent pas culpabilité. Une garde à vue permet aux enquêteurs de vérifier ce que savaient les proches, et rien de plus à ce stade. La présomption d’innocence s’applique à chacun d’eux.
Pour mesurer l’ampleur de cette journée, il faut revenir sur le déroulé des tirs, tel que l’avait raconté notre premier récit des tirs en rafale. Et il reste une question : pourquoi la mère du suspect a-t-elle été placée en garde à vue ?
La mère de Kevin T. s’était présentée d’elle-même aux policiers
D’après une information de franceinfo, confirmée au Figaro, l’une des gardes à vue concerne la mère du suspect. Cette femme se serait manifestée d’elle-même auprès de la police, après l’interpellation de son fils.
Aucune convocation n’aurait donc précédé sa venue, selon ces médias. Ce geste ne dit rien, à lui seul, de ce qu’elle savait ou ignorait. Les enquêteurs devront le déterminer.
Le tireur présumé, lui, est resté un temps insaisissable. Son périple s’est achevé à Coignières, plusieurs dizaines de minutes après les tirs, quand des policiers ont mis fin à sa course. Pendant ce laps de temps, les habitants de deux communes ont vécu dans l’angoisse.
Sa garde à vue, elle, peut durer 96 heures. Samedi, le PNAT a annoncé qu’elle avait été prolongée. Une analyse toxicologique du suspect est toujours en cours, et ses résultats pourraient peser dans le dossier.
On connaît désormais le profil des suites judiciaires, mais pas encore ce qui a poussé cet homme à agir, comme le détaille notre portrait du suspect. Or les premières explications qu’il aurait données aux policiers sont frappantes.

« Je n’en peux plus » : le mobile que le tireur présumé aurait avancé
Les investigations se poursuivent, et le mobile se précise samedi. D’après Le Monde, confirmé par Le Figaro, Kevin T. aurait expliqué avoir agi en réaction aux scènes de pillages de commerces commises par des individus cagoulés, en marge de la manifestation du 17 octobre.
« Je n’en peux plus », aurait-il déclaré aux policiers qui l’ont arrêté à Coignières. Ces propos, rapportés par la presse, restent à confirmer par l’enquête. Ils ne constituent ni une preuve ni une excuse.
Les faits matériels, eux, sont lourds. Vendredi, le suspect a été arrêté en possession de cocaïne, de bombes lacrymogènes et d’un pistolet-mitrailleur Sten MK II. Cette arme automatique peut tirer en rafale, et sa provenance reste à établir.
À son domicile de Plaisir, dans les Yvelines, les enquêteurs ont fait une autre découverte : l’appartement avait été piégé avec des bonbonnes de gaz. L’homme, âgé de 39 ans, était déjà connu des services de police.
Reste à savoir d’où vient l’arme, et si quelqu’un l’a aidé à se la procurer. C’est précisément pour répondre à ces questions que les proches sont entendus.
Ce que l’enquête doit encore établir
Le premier chantier est la provenance du Sten MK II. Une arme de ce type ne s’achète pas en vitrine, et remonter sa trace peut révéler des complicités, ou leur absence. Les gardes à vue des proches vont aussi servir à reconstituer les semaines précédant l’attaque.
Le deuxième est le résultat de l’analyse toxicologique. Elle dira dans quel état se trouvait le suspect au moment des faits, ce qui compte pour la suite de la procédure.
Le contexte, enfin, pèse lourd. Les propos prêtés au tireur ont aussi nourri la polémique politique, comme la rectification d’Emmanuel Macron dans la nuit l’a montré, après des mots jugés effaçant certaines victimes.
D’autres menaces, d’une autre nature, sont aussi suivies par les services. Ainsi la DGSI a déjoué en juin un projet d’attaque scolaire, signe d’une vigilance permanente.
Pour les victimes et leurs familles, l’attente commence. Celle d’une réponse judiciaire, et d’explications que seule l’instruction pourra apporter.
Le dossier, lui, est loin d’être refermé : trois gardes à vue, une arme à tracer, une expertise en cours.
Derrière le fracas des tirs, c’est une enquête patiente qui commence, et elle dira si Kevin T. a agi seul.
Et si ce drame vous a fait réfléchir à la vigilance des services, les images glaçantes de l’arsenal saisi près d’une synagogue de Sarcelles montrent ce qui a été évité de justesse. Autre histoire, autre inquiétude : ce que l’enquête a révélé sur un adolescent soupçonné d’avoir préparé une tuerie au lycée ne laisse personne indifférent.