Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Faits divers

Avion de flydubai détourné : l’équipage s’est opposé aux passagers israéliens, qui ont fait preuve de courage, et a exigé la libération du pilote terroriste ligoté

Publié par Cassandre le 03 Oct 2026 à 22:10
« Détachez-le » : à bord du vol flydubai, l'équipage exige la libération du copilote ligoté par des passagers

Un copilote armé d’une hache d’urgence, un commandant gravement blessé, un avion en piqué. Puis, une fois le suspect maîtrisé, une dispute que personne n’attendait. Selon deux passagers israéliens interrogés par le New York Post, des membres d’équipage du vol flydubai auraient réclamé qu’on détache l’homme. Ce que les passagers ont répondu, et pourquoi ils ont soudain douté de tout le monde, c’est la suite.

Une hache, un cockpit et trois pères de famille lancés dans l’allée

Tout commence à bord d’un appareil de flydubai, au retour d’un voyage au Japon. Tzvika Manes, 40 ans, banquier d’affaires, est installé avec sa femme et ses trois filles de 11, 7 et 6 ans. Rien ne laisse présager ce qui va suivre.

Selon le récit rapporté par le New York Post, le copilote, identifié par le Wall Street Journal comme l’Omanais Hamam al-Hammami, aurait frappé le commandant, l’Indien Smit Machchhar, avec une hache d’urgence. L’homme est soupçonné d’avoir voulu mener une action djihadiste. L’enquête est toujours en cours et il n’a, à ce stade, fait l’objet d’aucun jugement.

Gravement blessé, le commandant parvient malgré tout à ouvrir la porte du cockpit. C’est le signal. Manes, le plombier Yaniv Hayoun et Asaf Rajuan se précipitent vers l’agresseur et finissent par le maîtriser.

Pourquoi courir vers le danger plutôt que de rester assis ? Manes le dit sans détour : c’est en entendant ses filles pleurer « Papa, je ne veux pas mourir » qu’il a basculé. « Je ne pensais à rien, c’était combattre ou fuir », résume-t-il.

Les incidents en vol, on en a déjà vu, comme ce vol Paris-Toronto qui a fait demi-tour au milieu de l’Atlantique. Mais ici, la menace se trouvait à l’intérieur de la cabine. Et l’agression n’était que le premier acte.

Zip ties, fils d’écouteurs et piqué de 17 000 pieds : la minute la plus longue

La bagarre, elle, n’a rien d’un film propre. « Les coups volaient, on le frappait, on ne savait pas s’il avait encore son couteau, on ne le voyait pas », raconte Manes. Lui qui se décrit comme un « simple type de la finance » parle de bleus sur tout le corps.

Pendant ce temps, l’avion plonge. Selon Daniel Schlichter, agent immobilier de 59 ans assis au deuxième rang, l’appareil a perdu 17 000 pieds en quelques instants. « C’était la minute la plus longue de ma vie », dit-il. Il se souvient avoir pensé au 11 septembre, puis à ses enfants et à ses petits-enfants.

Hayoun, le plombier, parvient alors à stabiliser l’appareil. Son secret : des techniques retenues en regardant l’émission Air Disasters, rapporte le quotidien. Difficile à croire, et pourtant c’est ce que les deux témoins affirment.

Reste à neutraliser l’homme. Il est d’abord plaqué face contre le sol, les mains attachées dans le dos avec des serre-câbles, puis avec des fils d’écouteurs que Schlichter a récoltés auprès des passagers. Hayoun l’entend crier « Tuez-moi, tuez-moi », ce que Manes interprète comme l’échec d’une mission.

On pense alors la menace écartée, un peu comme dans ce cas d’un Boeing 737 qui percute un drone à 900 mètres d’altitude et s’en sort de justesse. Sauf que dans l’avion flydubai, un nouveau problème surgit. Des membres d’équipage se mettent à exiger que l’homme soit libéré.

« Ils nous demandaient de détacher le terroriste, on n’avait aucune idée pourquoi », affirme Manes. Schlichter, lui, dit avoir tout de suite été méfiant envers eux.

Porte de cockpit fermée, fils d'écouteurs au sol

« Vous n’êtes pas Dieu » : le bras de fer entre l’équipage et les passagers

Un équipage qui se retrouve au cœur de soupçons, c’est rare, comme dans l’affaire de ces deux pilotes d’A320 endormis pendant 28 minutes. Ici, le face-à-face est d’un autre ordre. Les trois Israéliens refusent catégoriquement de libérer le suspect.

« Ils ont dit : vous n’êtes pas Dieu, vous n’allez pas le tuer », se souvient Manes. Sa réponse : « Nous ne voulions pas le tuer, nous voulions juste qu’il ne nous tue pas. » Les passagers lui ont même donné un masque à oxygène. « On voulait qu’il vive pour qu’il soit interrogé », explique Schlichter.

Une lutte de pouvoir s’engage. Les membres d’équipage affirment être aux commandes et devoir rester seuls dans la zone devant le cockpit. Les Israéliens, qui craignent que certains soient complices du plan, leur ordonnent de quitter les lieux.

« On leur a dit : maintenant, c’est nous qui commandons, et vous faites ce qu’on dit », rapporte Manes. Un groupe de passagers, dont Schlichter, escorte les stewards vers les rangs 5 ou 6, loin du cockpit. « On leur a crié de s’asseoir. » Les trois hommes placent ensuite un « grand costaud » devant la porte pour interdire l’accès.

Entre-temps, des pilotes de réserve installés à l’arrière sont déjà entrés dans le cockpit et ont pris le contrôle de l’appareil. Peu à peu, les membres d’équipage comprennent qu’il s’agit d’un cas exceptionnel, selon Schlichter. Ils se mettent alors à s’occuper des passagers choqués, avec couvertures et eau.

Le New York Post précise que l’équipage n’est pas accusé d’avoir conspiré avec le copilote. À la question du journal, flydubai a répondu ne pas pouvoir commenter une affaire en cours d’enquête.

Ce que l’enquête devra encore éclaircir

L’avion a fini par se poser à Tabuk, en Arabie saoudite. Manes dit être resté auprès du suspect jusqu’à l’atterrissage. Ensuite, il a serré ses filles dans ses bras en leur disant qu’elles étaient des héroïnes.

Quand l’adrénaline est retombée, les corps ont lâché. Certains passagers ont fait des crises d’angoisse, d’autres ont fondu en larmes. Beaucoup refusaient de repartir vers Israël sur un autre vol flydubai, et plusieurs n’auraient accepté de monter qu’après avoir été informés par le Mossad que les pilotes avaient été blanchis, selon Manes.

Ce genre de récit rappelle d’autres survivants, comme ce rescapé aspiré hors d’un avion Ryanair, qui n’arrive plus à oublier le bruit. Ici aussi, le traumatisme dépasse l’événement lui-même.

Les deux hommes, eux, parlent d’un miracle. « Statistiquement, ce genre de miracle ne peut pas arriver », dit Schlichter, frappé par le nombre de choses qui ont dû bien se passer. Manes évoque une « protection divine » : « Quelqu’un là-haut veille sur nous. »

Reste une zone d’ombre : tout ce qui concerne le comportement de l’équipage repose sur la parole de ces deux témoins. flydubai se dit pleinement engagée auprès des autorités et des régulateurs. Avec un piqué de 17 000 pieds en tête, on a envie de comprendre pourquoi les avions volent toujours à la même altitude.

Un copilote soupçonné, un équipage méfiant, trois pères de famille qui ont refusé de baisser la garde : à 10 000 mètres, la confiance a failli tenir à un fil d’écouteurs.

Et si vous croyez avoir tout entendu sur les petits détails d’un avion, le minuscule trou de chaque hublot pourrait bien vous faire lever les yeux. Quant à la météo, celle de Roissy aurait été trafiquée avec un sèche-cheveux par un parieur, et l’histoire est presque plus folle.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *