« Une petite fortune sur le marché noir » : 13 singes volés dans un zoo, trois interpellés près de Tarbes

Un zoo, une nuit de fin octobre, des portes forcées au burin. Au matin, treize petits singes ont disparu. Le directeur parle d’une « petite fortune sur le marché noir ». Les gendarmes ont retrouvé la trace des voleurs en quelques jours, mais une question reste en suspens : qui étaient-ils, et que comptaient-ils faire des animaux ?
Treize singes envolés d’un zoo près de Pau, et un directeur qui chiffre le préjudice
Dans la nuit du 26 au 27 octobre 2026, des ouistitis et des tamarins disparaissent du parc Exotic Park, à Lescar, dans les Pyrénées-Atlantiques. Treize animaux au total, selon les informations relayées par France 3 Régions.
Parmi eux, des tamarins pinchés, une espèce classée en danger critique d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature. Le directeur, Guillaume Darzacq, décrit des « familles entières, avec des jeunes ».
Selon lui, c’est ce qui donne à ce vol une telle valeur : des animaux qui peuvent se reproduire, donc se revendre. D’où cette formule, « une petite fortune sur le marché noir ».
Le parc n’est pas un zoo comme les autres. Ce petit parc animalier-refuge accueille 300 animaux, dont plus de la moitié ont été recueillis après des maltraitances ou issus de trafics. Les voleurs se sont donc attaqués à un lieu qui sert précisément de refuge aux victimes de ce commerce.
Ce type de trafic n’est d’ailleurs pas isolé : des douaniers allemands ont déjà trouvé des dizaines de serpents venimeux dans une valise. Mais ici, les voleurs ne sont pas passés par un aéroport. Ils ont dû entrer par effraction, et c’est là que l’affaire a commencé à se retourner contre eux.
Burin, pied-de-biche et caméras : comment le zoo a mis les gendarmes sur la piste
Les cambrioleurs ont cassé des portes au burin et brisé des fenêtres anti-intrusion au pied-de-biche. Mais le parc dispose d’alarmes, d’un grand réseau de vidéosurveillance et de personnel présent la nuit, a rappelé le zoo sur sa page Facebook.
« C’est en se basant sur ce système que ça a pu aller si vite et remonter jusqu’aux détenteurs », a ajouté le directeur. Ces images ont servi de point de départ à l’enquête.
L’affaire est confiée à la Section de Recherches de la Gendarmerie de Pau, avec l’appui de l’Office français de la biodiversité. Très vite, les enquêteurs se tournent vers deux habitants des Hautes-Pyrénées, dont l’identité n’a pas été communiquée.
Un détail pèse lourd : ces deux hommes auraient récemment effectué des repérages sur le site du zoo. Le parquet de Bayonne, saisi en tant que Pôle régional environnemental, précise de son côté que les primates étaient déjà proposés à la vente sur les réseaux sociaux.
Autrement dit, les animaux n’ont pas eu le temps de disparaître. Pour comprendre à quel point certains trafiquants savent se montrer organisés, l’affaire des fourmis vivantes de Nairobi donne une idée du chemin que prennent parfois ces espèces. Reste ce que les gendarmes ont découvert quand ils ont frappé aux portes.
Le 29 octobre 2026, deux suspects et la compagne de l’un d’eux sont interpellés à Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées, le département voisin. Au total, onze des treize singes sont retrouvés.

Onze primates, 1 500 euros en liquide et cinq fusils : ce que les perquisitions ont révélé
Les perquisitions menées aux domiciles des suspects ont permis de retrouver onze primates en état de santé stable. Les enquêteurs y ont aussi découvert 1 500 euros en numéraire et cinq fusils de chasse illégalement détenus.
Le détail des armes change la tonalité du dossier. Il ne s’agit plus seulement d’un vol d’animaux, mais d’une affaire où des armes sont en jeu.
Sur la nature du réseau, une source proche de l’enquête est nette : les personnes interpellées n’appartiennent « pas à une filière » de trafic d’animaux déjà identifiée. Il s’agirait donc, selon cette source, d’un coup monté en dehors des circuits connus.
Autre élément : un quatorzième singe, d’abord porté disparu, avait été retrouvé caché dans le parc quelques heures après les faits. Les deux spécimens manquants faisaient, eux, toujours l’objet de recherches actives.
Les poursuites sont lourdes. Le parquet de Bayonne a ouvert une information judiciaire pour détention, transport et cession non autorisés en bande organisée d’espèces non domestiques, vol et recel de vol en bande organisée, tentative d’extorsion en bande organisée et association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime.
Les trois personnes ont été mises en examen. Deux ont été placées en détention provisoire, la troisième sous contrôle judiciaire. Elles bénéficient de la présomption d’innocence, et l’enquête se poursuit.
Deux singes toujours introuvables : ce que l’enquête doit encore éclaircir
Le premier point en suspens est évident : deux singes manquent encore à l’appel. Les recherches se poursuivent, sans qu’on sache aujourd’hui où ils se trouvent.
Le second concerne la nature exacte du réseau. La source citée parle d’absence de filière identifiée, mais la qualification d’« bande organisée » retenue par le parquet laisse penser que les investigations ne s’arrêteront pas aux trois personnes mises en examen.
Reste aussi la question de la sécurité des zoos. La mort d’un visiteur au Yorkshire a récemment relancé le débat : ce que les zoos français imposent pour protéger public et animaux. Dans le cas de Lescar, ce sont plutôt les intrusions de nuit qui sont en cause.
Pour le parc, l’épisode a au moins montré l’utilité de son dispositif. Alarmes, vidéosurveillance, présence nocturne : c’est ce système qui, selon son directeur, a permis de remonter jusqu’aux détenteurs en quelques jours.
Et ces animaux, en bonne santé, pourraient retrouver leur famille. Le trafic d’espèces menacées, lui, ne s’arrête pas : plus de 10 000 ailerons de requin saisis au Pérou rappellent l’ampleur du phénomène à l’échelle mondiale.
Onze singes sont rentrés, deux restent introuvables, et trois personnes devront s’expliquer devant la justice. Reste à savoir si les 30 tortues cachées sous les vêtements d’une voyageuse à Bangkok étaient un cas isolé, et ce que cachait vraiment cette île brésilienne interdite à tout être humain.