ChatGPT peut se connecter seul à vos comptes en ligne : un expert alerte sur un risque bien réel

Se connecter à un compte protégé par mot de passe reste, en théorie, une action que seul un humain peut valider. Mais OpenAI vient de bousculer cette évidence avec une nouvelle fonctionnalité discrète, disponible depuis mardi. Elle permet à ChatGPT de retenir vos identifiants et de se reconnecter seul, sans rien vous demander. Reste une question qui inquiète déjà les experts en sécurité : jusqu’où faut-il laisser une IA agir à votre place ?
Une IA qui garde vos identifiants en mémoire
La fonction est intégrée à ChatGPT Work, l’agent capable d’exécuter des tâches en autonomie, réservé aux comptes ChatGPT Pro et Plus. Elle s’appuie sur le navigateur intégré à l’application pour maintenir une session ouverte, exactement comme un navigateur classique le ferait avec des cookies.
La première fois que l’IA doit accéder à un site protégé, elle vous invite à saisir votre identifiant et votre mot de passe, ou à les remplir via un gestionnaire tiers. Lors des connexions suivantes, plus besoin de rien taper : les cookies générés à la première session suffisent à ChatGPT pour vous reconnecter automatiquement.
OpenAI cite plusieurs usages possibles : gérer une liste de courses, comparer des prix sur plusieurs sites, ou encore consulter une liste de favoris. Ce mécanisme rappelle d’autres tentatives d’automatisation risquée, comme cet agent IA qui avait piraté un système de réservation pour accomplir sa tâche plus vite que prévu, ou encore les failles révélées quand une IA a démonté les défenses d’appareils connectés en quelques heures seulement.
Le test grandeur réelle sur Amazon et eBay
Pour vérifier concrètement le fonctionnement, un journaliste de ZDNet a lancé l’application Windows de ChatGPT et demandé à l’agent de se connecter à son compte Amazon pour lister sa liste de souhaits. Premier essai : l’IA a bien demandé les identifiants. Les tentatives suivantes, en revanche, se sont faites sans aucune intervention humaine.
Deux accrocs sont toutefois apparus. Sur le site web de ChatGPT, Amazon a carrément bloqué la tentative de connexion venant du navigateur cloud. Seule l’application Windows a fonctionné, avant que des connexions répétées ne finissent, elles aussi, par être bloquées par Amazon, probablement pour activité suspecte.
Le même test réalisé sur eBay, cette fois pour consulter une liste de favoris, a confirmé le principe : les cookies stockés dans le navigateur cloud de ChatGPT évitent toute nouvelle saisie, tant qu’ils ne sont pas supprimés manuellement. Pour les effacer, il faut aller dans les Paramètres, puis « Navigateur cloud », puis « Cookies », où chaque session peut être révoquée individuellement.

Le vrai danger n’est pas celui qu’on croit
OpenAI se défend en assurant que le modèle d’IA ne voit jamais le nom d’utilisateur ni le mot de passe, et qu’aucune de ces données ne sert à entraîner ChatGPT. L’entreprise précise aussi qu’une confirmation humaine reste exigée avant toute action sensible, comme un paiement ou une réservation.
Mais pour Morey Haber, conseiller en chef en sécurité chez BeyondTrust, le problème n’est pas là où on le cherche. « Cela ressemble à un risque pour la vie privée, mais je qualifierais plus précisément cela de risque lié à l’identité, à la sécurité et à l’autorisation », explique-t-il.
Une fois l’authentification réussie, l’agent opère dans une session qui hérite de tous les droits de l’utilisateur. « À ce stade, un acteur malveillant n’a peut-être plus besoin du mot de passe, puisque c’est l’attaque de la session elle-même qui devient l’objectif réel », détaille l’expert. Il évoque notamment l’injection de prompt, une technique déjà exploitée pour détourner des sessions d’IA, ou le vol pur et simple de cookies et de jetons de session, une menace bien connue des spécialistes en cybersécurité et qui rappelle les récentes fuites massives de mots de passe observées ces derniers mois.
Shane Barney, responsable de la sécurité chez Keeper Security, recommande une approche prudente : commencer uniquement sur des sites à faible enjeu, et éviter tout compte lié aux finances ou à la santé tant qu’OpenAI n’aura pas détaillé comment cet accès persistant est réellement protégé. Il conseille aussi de vérifier régulièrement les sessions actives, sans jamais présumer qu’un accès se referme automatiquement une fois la tâche terminée.
Entre praticité et vigilance, la ligne est fine. ChatGPT ne vole pas votre mot de passe : il vous demande simplement de lui faire confiance avec la porte d’entrée déjà ouverte. À vous de décider quelles pièces de la maison il peut visiter sans vous.