À 15 ans, cet ado transforme la pression de ses pas en électricité avec ses chaussures

Vous pestez contre votre batterie qui lâche en pleine randonnée, loin de toute prise secteur. Un lycéen philippin de 15 ans a eu une idée qui ressemble à un fantasme de geek : câbler ses baskets à un port USB. Son prototype, présenté à un concours scientifique international, révèle un potentiel énergétique insoupçonné dans nos milliers de pas quotidiens.
Un constat banal, une idée qui ne l’est pas
Angelo Casimiro, étudiant aux Philippines, se heurte au même problème que tout le monde : les smartphones à plat et les coupures de courant. Un humain marche en moyenne environ 7 000 pas par jour, une énergie mécanique presque intégralement perdue dans le vide.
Pour le Google Science Fair 2014, il a conçu un système baptisé Electricity Harvesting Footwear. L’objectif : capter cette énergie directement dans la semelle, sans transformer la chaussure en bloc inconfortable. Un défi qui rappelle d’ailleurs les méthodes déjà testées ailleurs pour charger un téléphone sans électricité en situation d’urgence.
Reste que l’ado n’a rien inventé de magique : il a simplement appliqué un principe physique connu, la piézoélectricité, à un usage du quotidien que personne n’exploitait vraiment. Une trouvaille qui interroge sur tout ce que nos gestes ordinaires pourraient produire, un peu comme cette sphère en béton immergée dans l’océan pensée pour stocker de l’énergie autrement.
La piézoélectricité, cœur du système
Sous la semelle, là où le pied frappe le plus fort, Angelo Casimiro a disséminé des disques piézoélectriques. Certains matériaux, comme des céramiques spéciales, produisent une tension électrique lorsqu’on les comprime.
À chaque pas, ces disques génèrent un courant alternatif. Un petit circuit de diodes le redresse en courant continu, qui vient charger une batterie lithium-ion de 400 mAh ou une powerbank USB fixée sur la chaussure ou la cheville.
Selon ses propres tests, huit heures de jogging suffisent à remplir complètement cette batterie. De quoi récupérer environ 20 % de charge sur un smartphone de 2 000 mAh d’époque, mais seulement quelques pourcents sur un modèle récent autour de 5 000 mAh. Un rendement qui rappelle les limites déjà observées sur certaines habitudes de recharge quotidiennes qui alourdissent la facture sans vraiment optimiser l’autonomie.
En pratique, ce type de semelle reste surtout pertinent pour des appareils basse consommation : lampe LED, petite radio, tracker GPS, ou téléphone basique en zone isolée. Le prototype se bricole à la maison avec une batterie externe générique, des transducteurs piézoélectriques, quelques diodes et une vieille paire de chaussures. Mais la fiabilité et le confort deviennent vite un vrai défi d’ingénierie.

Une idée qui inspire déjà des industriels
Le projet de ce jeune inventeur n’est pas un produit commercial, mais il s’inscrit dans une vague plus large baptisée energy harvesting. La startup SolePower a conçu une semelle avec mini-rotor magnétique et pack lithium-ion, censée recharger un téléphone après quelques kilomètres de marche.
De son côté, le Vibram Hero Project associé à InStep NanoPower a testé une semelle à liquide conducteur capable de fournir jusqu’à 1 watt et environ 8 Wh stockés. Pavegen, pour sa part, installe des pavés urbains qui produisent quelques joules par pas pour alimenter éclairage public et bornes de recharge, un peu comme ces rails suisses producteurs d’électricité solaire qui intriguent déjà la SNCF.
Toutes ces approches butent sur la même réalité physique : un pas ne contient qu’une infime quantité d’énergie. Suffisante pour prolonger une autonomie, pas encore pour remplacer un chargeur secteur. C’est pour les randonneurs, les festivaliers ou les habitants de zones sans électricité fiable que ces quelques dizaines de pourcents de batterie récupérée peuvent vraiment changer la donne.
Angelo Casimiro n’a pas révolutionné l’industrie de l’énergie à 15 ans. Mais il a prouvé qu’une paire de baskets, quelques céramiques et de la marche ordinaire pouvaient produire un courant réel. La prochaine étape, elle, appartient peut-être aux industriels qui sauront rendre ce principe confortable et fiable au quotidien.